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L'homosexualité peut-elle faire l'objet d'un reproche ?

Introduction :

Nous devons désormais nous attaquer à l'un des plus gros débats contemporains ; l'homosexualité. Être homosexuel, c'est être attiré par une personne de sexe similaire au sien. En ce sens, au premier abord, l'homosexualité semble s'opposer à la nature humaine, qui, parce qu'elle sépare l'homme et la femme par le sexe, suppose que les opposés (le sexe masculin et le sexe féminin ), se croisent. Par conséquent, en observant les choses ainsi, l'homosexualité peut faire l'objet d'un reproche puisqu'elle est présentée comme une contradiction avec les lois de la nature. Mais pourtant, si l'homosexualité est bel et bien une désobéissance aux lois de la nature, c'est qu'elle est la preuve d'une liberté, puisque être apte à choisir de ne pas faire ce qu'on est censé faire, c'est être libre. Or, l'existence de la liberté suppose qu'il n'y ait rien qui détermine un homme a faire ceci ou cela, à se comporter comme ci ou comme ça, et donc et aimer de telle sorte ou de telle sorte. Ainsi, si l'humanité est libre, elle n'a de compte à rendre à personne, donc, nul ne serait en droit de reprocher à qui que ce soit d'être homosexuel, chacun choisissant la voie qu'il veut suivre. Ainsi, nous pourrons concevoir l'homosexualité, non seulement comme la preuve de la liberté, mais aussi comme la preuve que l'amour se passe de critères.


I. L'homosexualité comme détournement de la nature humaine 


1.L'humanité est conditionnée en vue d'une fin : la procréation

Si l'on définit l'humain d'un point de vue purement biologique, c'est à dire comme un animal, on peut constater que ses attributs physiques, sont en place pour donner la vie. Ainsi, dans une logique naturelle, l'organisme de la femme, et celui de l'homme, sont constitués de telles sorte à pouvoir se reproduire, donner vie à un enfant. Ainsi, conformément à la nature, l'homosexualité ne peut pas être tolérée puisqu'un homme et un homme, ou une femme et une femme, ne peuvent pas donner la vie en se croisant, et si tout le monde était homosexuel, ce serait la survie de l'espèce humaine qui serait engagée. La relation homme-femme n'est donc pas simplement une exigence culturelle, mais également une nécessité naturelle, un besoin pour l'espèce.

2. Le discours religieux interdit l'homosexualité

D'autre part, dans une logique similaire à celle que nous venons de mettre en évidence, la religion, le christianisme notamment, interdit l'homosexualité, qui constitue également une enfreinte aux lois divines cette fois, puisque la Bible suppose l'union entre l'homme et la femme. De plus, dans la Genèse, Dieu crée Adam et Ève, qui, au-delà de leurs prénoms, c'est à dire dans l'apparence qui leur est attribuée, se présentent comme un homme et une femme. En outre, après le pêché originel,  Dieu condamne Adam à travailler la terre et à manger à la sueur de son front, et condamne la femme à donner la vie dans la souffrance. Ainsi, le discours chrétien, suppose une certaine « nature humaine », l'homme serait prédestiné par la volonté divine, à vivre d'une certaine manière et pas une autre afin d'expier le pêché qu'il a commis. L'homosexualité constitue donc, aux yeux de la religion, un pêché et rend impossible l'obtention du pardon divin, c’est également une désobéissance à la destinée.

3. L'homosexualité est donc un défaut

Par conséquent, il semble légitime de reprocher l'homosexualité. Si l'on considère avec justesse qu'elle rend impossible le développement de la vie humaine, et qu'elle représente un risque de punition divine, puisque, rappelons-le, la désobéissance est punie de la condamnation à l'enfer pour l'éternité, on ne commet dès lors, aucun crime en interdisant l'homosexualité, bien au contraire, on « sauve » l'humanité dans tous les sens du terme. Ce serait même une attitude morale que de reprocher l'homosexualité, et d'éduquer les autres de telles sorte qu'ils ne le deviennent pas.


Transition : 

Comme nous venons de le voir, l'homosexualité, comme elle représente une double désobéissance ; à la nature humaine, et à la religion, peut et doit faire l'objet d'un reproche, puisqu'elle met en danger l'humanité. Cependant, voir les choses ainsi, c'est considérer qu'il y a des valeurs fondamentales qui précèdent l'existence des hommes, et que, arrivé dans le monde, l'homme aurait à les respecter. Cependant, un problème se pose qu'est celui de la désobéissance, en effet, si de telles valeurs étaient « absolues », c'est à dire, absolument nécessaires et ne dépendant de rien, alors la possibilité même d'y désobéir n'existerait pas. Or, le simple fait que l'on puisse ne pas respecter ces valeurs, constitue la preuve que l'homme n'est peut-être prédestiné à rien.


II. L'homosexualité comme preuve de la liberté humaine

1. L’existence de valeurs pré-existentielles est indémontrable

Les valeurs que prônent les religions reposent sur ce qu'on appelle des « dogmes ». Un dogme est un discours que l'on définit comme vrai, indépendamment de toute démonstration. Ainsi, pour toute religion, Dieu existe, et il est impossible de prétendre le contraire. Pour que les règles d'une religion puissent être validées, il faut partir du postulat selon lequel Dieu existerait. Mais si les règles de la religion reposent sur des « postulats », et non sur des « preuves », nous sommes en droit de ne pas y croire, donc d'y désobéir. Agir au nom de valeurs indémontrables, constitue même une attitude injuste et déraisonnable. En ce sens, reprocher à quiconque d'être homosexuel, au nom de valeurs religieuses, est impossible. En somme, puisque l'existence d'un Dieu créateur est indémontrable, la nécessité pour l'homme de s'accoupler avec un être de sexe opposé au sien est également indémontrable, ainsi, il dépend du choix de chacun, d'être avec celui ou celle de son choix.

2. La possibilité de désobéissance, constitue la preuve que nul n'est déterminé à rien

La liberté est le terme opposé à la nécessité, puisqu'elle désigne l'absence de nécessité. Est nécessaire, ce qui ne peut pas ne pas être, c'est à dire, ce qui doit être.  La liberté, elle, se rapproche plus du terme « contingence ». Est contingent ce qui peut être, comme ne pas être. Ainsi, dans la mesure où, il est prouvé par l'expérience, qu'un homme est apte à aimer un être du même sexe, comme un être de sexe opposé, nous sommes en droit de penser que l'homme est un être libre. Tout simplement parce qu'il est capable d'agir de manière « contingente ». De plus, être libre, c'est n'être pas déterminé à agir d'une manière plus qu'une autre. Et puisque l'homme, semble déterminé sexuellement par la nature à n'être attiré que par l'être du sexe opposé, mais semble néanmoins attiré dans certains cas, par l'être du même sexe, alors la théorie selon laquelle il y aurait une nature humaine ne peut pas être acceptée. La liberté est en ce sens, le mouvement par lequel l'homme dépasse la nature humaine. Mais cela peut aller encore plus loin, puisqu'en définissant l'homme comme on définit un animal, c'est à dire comme un être crée simplement pour se reproduire, les partisans de la nature humaine, font disparaître tout ce qui permet de distinguer l'homme du simple animal, à savoir, la possibilité de choisir. Par sa capacité à choisir, l'homme dépasse le statut d'animal, et par conséquent, peut-être que l'homosexualité est la plus grande preuve d'humanité que l'on puisse trouver pour l'homme.

3.Sans valeurs fondamentales à suivre, aucune définition préalable de l'humanité n'est possible

Ainsi, si l'on reproche aux homosexuels d'être homosexuels, c'est que l'on se fait une définition et une image toute faite d'un homme, mais maintenant que nous avons démontré l'impossibilité de prouver l'existence de ces valeurs, nous sommes en droit d'affirmer comme le fait Jean-Paul Sartre dans l'existentialisme est un humanisme , que l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait, qu'il n'y a avant l'existence d'un homme, aucune route déjà tracé et qu'il lui faudrait suivre, aucun destin devant lequel son homosexualité constituerait une désobéissance. Dans un monde frappé par la contingence, l'homme est « condamné à être libre » et à « inventer l'homme chaque jour ». Dès lors, l'homosexualité n'est rien d'autre qu'une face possible de l'humanité, tout est possible et l'humain est condamné à choisir comment un humain doit être, car il est non seulement tel qu'il se conçoit mais tel qu'il se veut, et tel qu'il se veut après cet élan vers l'existence. On ne peut donc reprocher à personne une attitude quelle qu'elle soit, car aucune loi absolue ne présente la route à suivre. L'homosexuel est donc tout aussi humain que l'hétérosexuel, tout deux représentants des choix absolus de l'homme, un choix possible de l'humanité.

Transition :

Ainsi, l'humanité n'est jamais donnée, mais sans cesse à acquérir. Les valeurs pré-existentielles étant écartées, chacun est libre d'être comme il le désire. Mais la réflexion ne se limite pas à une simple étude anthropologique, il y a également à l'intérieur, une réflexion sur l'amour. Puisqu'en effet, affirmer qu'un homme doit aimer nécessairement une femme, et qu'une femme doit aimer nécessairement un homme, c'est aussi se tromper sur ce qu'est l'amour au sens propre, puisque l'amour véritable, comme la liberté, se passe de règles et de valeurs préalables.


III. L'amour et la morale sont universels

1. Parce que l'amour s'impose de lui-même, l'homosexualité n'est pas un choix

Reprocher, c'est, sur la base d'un préjugé ou d'une règle, critiquer une attitude que l'on juge anormale. Or, on ne peut reprocher à quelqu'un, qu'une attitude dont cette personne est responsable. Mais dès lors un problème se pose, puisque l'amour véritable, c'est à dire la tendance « involontaire » du sujet vers un objet, suppose qu'il y ait dans l'acte d'aimer, une certaine irresponsabilité, quelque chose de l'ordre de la contingence. Kant, dans sa Critique de la raison pure, à travers la définition du Beau, met en évidence une caractéristique de l'amour ; il est  « universel et sans concept », c'est  à dire qu'il se passe de préjugés, et n'est en ce sens, pas bloqué sur un objet particulier.  Ainsi, aimer vraiment, ce n'est pas choisir d'aimer, mais « être poussé » à aimer. Il faut parvenir à concevoir l'amour comme un flash, un choc. Tomber amoureux, c'est donc constater chez l'objet aimé qu'il est tel qu'il devait être, tout en ne correspondant pas aux critères subjectifs que nous possédions jusque là. Il y a de ce fait, quelque chose de l'ordre de la création dans l'amour. Mais si l'amour se passe de règles, cela signifie qu'il se passe de choix de sexe. On peut donc aimer un homme ou une femme sans le choisir, c'est plus fort que soi. Il en résulte que nul ne peut reprocher à qui que ce soit d'aimer qui que ce soit, chacun étant apte à être frappé par l'amour.


2. Si l'homosexualité était un choix, il suffirait d'une décision pour ne plus aimer

De plus, on constate d'autant plus que ce qui anime l'homosexualité est l'amour, quand, malgré tous les clichés et l'image si négative que l'on se fait de cette union des sexes opposés, les homosexuels continuent à s'aimer. Et s'ils continuent, c'est qu'ils ne choisissent pas, ils sont poussés contre leur gré. Dans Roméo et Juliette, il y a une réflexion du même ordre. Roméo et Juliette, aiment tous deux, les dernières personnes qui leur seraient permises d'aimer, leurs familles étant opposées, mais leur passion est si grande, que plus ce qui les sépare se renforce, plus leur désir s’accroît. C'est pourquoi, il y a non seulement une absence de responsabilité dans l'homosexualité, mais aussi de la liberté, car est libre ce qui dépasse et désobéit aux règles. Ainsi donc, en étant une remise en question des valeurs communes, l'homosexualité constitue une révélation toujours plus poussée de la liberté humaine.

3. La morale suppose la tolérance 

Mais d'après les démonstrations qui précèdent, il y a au moins, une chose qui soit universelle pour tous, c'est bien l'amour. En effet, si l'amour est universel, c'est que chacun se trouve être capable d'aimer. Et si chacun se trouve être capable d'aimer, alors chacun pourrait devenir homosexuel. L'homosexualité n'est donc pas une maladie, mais l'expression d'une part de notre propre humanité, on ne peut pas concevoir qu'un animal puisse aimer, dans la mesure où ce sentiment est une spécificité humaine. L'universalité de l'amour a une conséquence ; reprocher à autrui d'être homosexuel, c'est reprocher à l'humanité tout entière, donc à soi-même également, de l'être. Or, et on pense tout de suite à la morale de Kant, la morale universelle suppose que l'on « traite l'humanité en sa personne, comme en celle de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen ». Pour Kant, toutes les personnes humaines possèdent une dignité leur étant propre, et de ce fait, rien ne doit pouvoir empêcher un être humain d'exercer ses facultés. On ne peut donc pas, sur la base de l'homosexualité, limiter l'intégration sociale d'un homme ou d'une femme. 

Conclusion :

En somme, au premier abord, l'homosexualité semble bel et bien pouvoir faire l'objet d'un reproche dans la mesure où elle s'oppose aux lois naturelles et métaphysiques, déterminant l'homme à agir selon des bases nécessaires. Mais, en élargissant la réflexion, nous sommes parvenus à montrer qu'en l'absence de démonstration de ces lois pré-existentielles, l'homme n'était déterminé à rien de particuliers, et dès lors, qu'il ne pouvait pas lui être reproché d'être homosexuel. Amenant la réflexion vers sa dimension sentimentale, nous sommes parvenu à la conclusion que, parce que l'amour ne se base pas sur des critères, donc pas sur un choix, il est absolument impossible de faire de l'homosexualité est un objet de reproche, puisqu'on ne choisit dès lors pas d'être homosexuel. Et puisque la morale suppose le respect  d'autrui dans sa différence, nous sommes dans l'obligation de valider la possibilité pour l'homme d'être homosexuel.


Commentaires

Anonyme a dit…
Vous en appelez à Kant pour accepter les homosexuels, mais le problème est que Kant considérait que l'acte sexuel entre personnes du même sexe est un "attentat à l’hu­manité résidant en notre personne, qu’aucune restric­tion ou aucune exception ne peut sauver d’une répro­bation absolue." (Doctrine du droit, § 24)

Les principes moraux de Kant ne peuvent pas nous guider, parce qu'il sont trop généraux : il les utilisait pour justifier la morale de son époque, vous pour celle de notre époque. C'est sans doute cette flexibilité qui fait leur succès !
Johan Banzouzi a dit…
Merci de votre commentaire cher anonyme.
Dans cette réflexion philosophique, je ne tiens pas compte de l'époque et encore moins des spécificités de la pensée de Kant. Je l'utilise dans le sens de mon propos sans chercher ce qu'il en pensais personnellement. C'est peut-être ce qui vous a brusqué. Je pense que malgré ça, il reste possible d'utiliser cette pensée dans ce sens là.

Merci beaucoup.

Au plaisir.

Johan Banzouzi

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