mercredi 23 novembre 2016

L'esprit est-il un habitant du corps ?

L’esprit est un concept si complexe qu’on en a trouvé des définitions plus ou moins différentes à travers le temps et l’histoire de la philosophie. Sa complexité est encore existante de nos jours puisque parfois même, l’on constate que l’on utilise plusieurs mots pour parler d’une même chose. Personnellement, j’ai toujours perçu le terme « esprit » comme le mot religieux pour parler de « la conscience ». 
Religieusement, l’esprit est vu, au même titre que le corps, comme une création de Dieu. La seule différence étant qu’ils bénéficient tous deux de statuts différents face au Créateur. En effet, l’esprit est religieusement l’être qui emprunte un corps éphémère. Le corps, lui, n’est qu’accessoire : pure chaire périssable et voué à la finitude tandis que l’esprit est appelé à la vie éternelle selon l’usage fait du corps sur Terre. 
Mais cette vision de l’esprit doit nécessairement être dépassée si l’on veut définir la chose concrètement. Je disais plus haut que l’on utilisait parfois plusieurs termes différents pour parler d’une même chose, et preuve en est : au fil du temps, on est passé de l’âme à la conscience. Le terme « âme » ayant une connotation plutôt religieuse et ayant beaucoup été utilisé dans la philosophie de Descartes. De nos jours, on parle même d’ « intelligence ». Or, le terme « conscience » est à mes yeux le plus approprié pour parler de l’âme ou de l’esprit pour certains. « Conscience » est un terme issu du latin « Con scientia » qui signifie plus précisément « avec savoir ». Il en résulte qu’être esprit, c’est entretenir un rapport de connaissance avec les choses. Autrement dit, avoir un retour sur ses actes et sur ce qui se produit et existe dans l’environnement.
Si je préfère le terme conscience à celui d’âme ou d’esprit, c’est tout simplement parce que comme Jean-Paul Sartre, je pense qu’il y a un lien étroit entre l’esprit et le corps. Parler de conscience, c’est prendre en compte le besoin de ce qu’on appelle « esprit », de se développer dans un environnement. Cela revient à dire que la conscience n’habite pas simplement le corps mais le fait exister, parce qu’elle permet à l’être humain de savoir qu’il a un corps qu’il peut utiliser. La conscience est ce qui fait que les choses sont ce qu’elles sont. Aussi étrange que cela puisse paraître, il faut se demander ce que serait un arbre si l’on ne lui avait pas donné ce nom, ou encore s’il n’y avait pas d’homme pour le percevoir. Non pas que le monde n’existerait pas sans l’homme, mais que sans l’homme, il n’aurait pas même un nom. Il n’existerait pour personne, même pas lui-même car il est dénué d’esprit. 
De la même façon, on peut se demander ce que serait l’esprit en dehors de son corps : aurait-il quoique ce soit à connaître ? C’est que la fonction du corps, est d’entretenir la connexion entre le monde extérieur et l’esprit. Et c’est lorsque cette connexion est assurée que l’esprit devient effectivement « conscience ». 
C’est ainsi que je définirais donc l’esprit : une conscience dénuée de corps. Et à l'inverse, la conscience : un esprit disposant d’un corps le mettant en relation avec le monde. Il n’existe certes aucun moyen de prouver que l’esprit est caché dans le corps mais il sera toujours vrai qu’un être conscient est un être qui sait qu’il est vivant et que le monde l’entoure. De sorte qu’être mort revient à être coupé de la connexion nous reliant au monde par le corps : une mort cérébrale n’est rien d’autre que cela. 

vendredi 18 novembre 2016

Quand la mort engendre la foi.

La mort génère tant de souffrance et de surprise lorsqu’elle apparaît brusquement, que l’être humain, dans la crainte qu’il ressent vis-à-vis d’elle, met inconsciemment en place des moyens pour se donner l’impression qu’il la maîtrise. Nous perdons un proche, une connaissance, ou quelqu’un que nous côtoyions très peu mais assez souvent pour ressentir l’émotion provoquée par le choc de sa disparition, et tout de suite, notre corps tout entier se met à trembler et à nous faire penser. Nous nous disons « je pressentais qu’un drame allait se produire ».

Cette attitude est un aveu d’impuissance face à un événement qui, justement, ne nous touche et nous affaiblit que dans la mesure où nous ne pouvons pas décider de son apparition. Nous ne luttons pas seulement contre la mort, mais contre la méconnaissance. Que quelqu’un soit mort ne signifie pas simplement que nous ne nous reverrons plus, mais aussi que nous sommes condamnés à vivre en nous demandant si cette personne existe encore quelque part : en tant qu’esprit ou présence. Dans l’ignorance totale, nous nous mettons à l’idéaliser, à dire du bien d’elle en oubliant ce qu’il y aurait à dire de plus négatif à son propos. Parce que transformer les morts en anges est un moyen efficace pour lutter contre l’absurdité de la vie.


Nous voudrions qu’ils existent encore même dans une réalité différente de la nôtre, aussi leur souhaitons-nous un éternel repos et que cette vie éphémère que nous expérimentons ne soit qu’un passage menant à notre véritable place. Parce que la mort est la seule blessure pouvant mener à une foi absolue en Dieu. 

lundi 25 janvier 2016

Les réseaux sociaux sont-ils un piège? Les artistes derrière les réseaux.

J’imagine ma vie sans ce tweet, sans ce post sur facebook, sans cette story snapchat. Aurais-je autant d’amis ? Serais-je heureux comme j’ai l’impression de l’être ? Et puis, dans le fond, suis-je réellement ? Il y a comme une distance, un déchirement entre ma vie réelle et la vie que je mène derrière mon écran. Assis là, sur mon fauteuil, face à mon ordinateur, je deviens comme le possesseur d’un monde dans lequel mon alter ego est sous mon contrôle : je me domine moi-même par l’image que je suis apte à rendre au cybermonde. Je ne suis plus cet homme que l’on croise dans la rue ; je ne suis plus que ce tweet, ce like, cette vidéo dans laquelle je me mets en scène.
J’ai, avec le temps compris quel était le réel pouvoir des réseaux : philosophes, sociologues et autres scientifiques ont élaborés théories et théories sur le pouvoir entretenu par ces entités sur nous, mais moi, j’ai découvert la vérité. Il n’y a rien à craindre des réseaux, et ils n’ont aucun pouvoir sur nous, puisque ce dont il faut se méfier  en vérité, c’est du pouvoir qu’ils nous donnent ; c’est lui qui nous encadre, qui nous englobe au point de nous noyer dans son bain. Pensiez-vous que la liberté était gratuite ? Pourquoi pensez-vous que les hommes croient au destin ? Parce que le destin est moins lourd à porter que la liberté ; il n’y a rien à craindre si tout est prévu, et si nous n’avons aucun pouvoir. Cependant, si nous sommes à l’origine de tout, si nous avons le pouvoir de choisir, alors nous somme responsable de tout ce dont nous avons le plus peur. Ce n’est pas la société qui m’oblige à poster ce tweet, ou à partager ce post ; c’est moi, après avoir jaugé la puissance qu’il octroiera à mon image chez les autres, qui le fais. Le seul défaut, est qu’un jour, j’ai découvert que je n’existais plus. 
Un jour, alors que vous fermerez le clapet de votre ordinateur portable, observez-donc si vous êtes la même personne que celle que vous venez d’interpréter sur internet, ainsi vous découvrirez que vous n’existez pas ; vous n’êtes qu’un spectre. Vous avez l’impression de ne pas être hypocrite parce que les autres croient en cette image et vous traitent comme le spectre de l’ordinateur ; et vous parvenez à rejouer ce personnage dans la réalité. Pendant ce temps, votre cœur est déchiré par les coups de votre être véritable qui se débat pour s’exprimer ; ce que vous êtes réellement, c’est ce que vous êtes face aux gens que vous aimez, ceux face à qui, pour être accepté, il n’y a nul besoin d’être un imposteur. Tellement d’artistes, de dessinateurs, de peintres, d’écrivains se cachent derrière une vie faussée par la nécessité d’être ce que le cybermonde veut pour un homme ou une femme. Je suis de ceux qui pensent qu’on ne change pas : si vous êtes obsédé par les réseaux sociaux, vous le resterez, mais il reste possible de vous en servir pour jouer le personnage que vous êtes vraiment et être accepté des autres comme tel.
Il faut vivre, mais il faut aussi mourir, et ces réseaux subsisteront au-delà de notre disparition, mais nous ne sommes pas obligés de mourir comme tout le monde. Pensez-vous vraiment que Jésus est mort ? En effet, mais il existe pour ceux qui l’aime pour sa vie et la sagesse qu’il a entretenu tout au long de sa vie. Shakespeare n’est pas mort non plus, ayant marqué le monde de son étincelante plume. Exister, c’est subsister dans le cœur des gens sans être là ; quel pouvoir… Et peut-être vous aussi êtes-vous en train de passer devant l’artiste que vous êtes.

vendredi 18 décembre 2015

Observateur existentiel - L'amitié

 « L'amitié est un sentiment de respect et de loyauté. Dire de quelqu'un qu'il est notre ami, signifie qu'il n'a pas la même valeur que les autres hommes. C'est que si un homme est notre ami, nous lui retirons le statut d'humain. Il n'est plus un être plongé dans le monde que nous pourrions croiser en marchant, et dont nous pourrions embrasser le regard tout en l'oubliant la minute suivante. Il a une valeur morale à nos yeux. 
   L'amitié, c'est l'amour moral. Il est différent du devoir moral que nous impose l'humanité en général. Il nous plaît d'être loyal envers notre ami car celui-ci nous est également loyal. Nous ne pouvons pas nous imaginer qu'il nous fasse du mal car nous partageons quelques valeurs morales et avons signé un pacte idéal avec lui : l'interdiction de se trahir.
   Ce pacte donne un sens à nos vies. Lorsque nous allons mal et que nous sommes sur le point de tomber, l'ami doit pouvoir nous rattraper en plein vol, et nous devons pouvoir en faire de même pour lui. Si bien qu'il observe notre existence et que nous observons la sienne en retour.
   Il ne s'agit pas forcément pour nous de partager des valeurs communes, mais tout simplement de nous soutenir mutuellement. Notre ami a le droit à sa manière d'exister et nous avons le droit à la notre. Ainsi, nous ne pouvons pas nous l'imposer mutuellement. C'est en ceci que même la noirceur de  l'âme de notre ami, ne peut pas altérer ce sentiment qu'est l'amour moral ; elle ne peut au contraire que l'augmenter. Il nous apprécie comme nous sommes et nous en faisons de même. 
  Seulement, ce pacte que nous avons signé ne se limite pas simplement à tout ça. Il est vrai que, dans la mesure où nous sommes sensés nous soutenir, nous devons nous protéger également. Nous ne pouvons en aucun cas laisser notre ami mourir car il devient une part du sens de notre vie. Le laisser mourir reviendrait donc à laisser mourir une part de nous-même. 
   Aussi notre ami est le gardien de notre vie. Nous échangeons notre vie contre la sienne. Nous sommes le gardien de sa vie et lui, celui de la notre. Nous accordons à sa vie, une valeur supérieure
ou égale à la notre. Le sens de notre vie, c'est d'agir en sorte qu'il ne nous quitte pas. »

Observateur existentiel

Johan Banzouzi

mercredi 14 octobre 2015

Pourquoi est-ce qu'on déteste toujours ce qu'on était avant ?


Il y a des moments, où, lorsque nous avons le temps pour le faire, nous nous amusons à revoir nos  photos datant de sept ans auparavant, ou même nos statuts Facebook d'il y a quelques années. Puis, nous nous demandons comment nous avons pu oser porter ces vêtements que nous portions bel et bien sur une photo, ou, comment nous avons pu partager cette opinion sur ce statut Facebook, que nous avons pourtant  bel et bien partagé ce jour-là. Nous nous retrouvons alors face à une espèce de dilemme, un dilemme dans lequel nous sommes obligés de reconnaître que c'est bien nous sur cette photo et pas quelqu'un d'autre, et que c'est bien le statut que nous avons partagé et pas celui d'un autre. Mais pourquoi est-ce que, à l'heure d'aujourd'hui, nous sommes incapable de nous habiller de la même façon qu'avant ? Pourquoi est-ce qu'une idée dont nous étions si persuadé qu'elle était bonne, paraît être ridicule pour nous aujourd'hui ? Ces idées, ou l'apparence que nous avions avant, nous les critiquons aujourd'hui, et pourtant, il y a certainement quelqu'un aujourd'hui, qui continue à penser comme cela, ou à s'habiller comme nous le faisions sur cette photo répugnante. La question qui se pose, c'est donc celle de savoir dans un premier temps, pourquoi est-ce que nous rejetons toujours ce qui relève du passé. Ensuite, il s'agit de se demander si nous avons le droit, comme nous le faisons, de nier ce qui, auparavant, semblait être si bon pour nous. Cette réflexion a des enjeux importants, puisqu'en effet, nous pourrions alors nous demander si des idées telles que celle de vérité et d'erreur, et de « moi », peuvent exister. 
Un auteur du XIXe siècle propose une réponse originale. Il s'agit de Friedrich Nietzsche, et pour cette réflexion, on étudiera un extrait de texte tiré de son livre Le Gai Savoir :

Friedrich Nietzsche
« Tu vois maintenant une erreur dans cette chose que tu aimais autrefois comme vraie ou comme probable : tu la rejettes loin de toi et tu te figures que ta raison vient de remporter une victoire. Mais peut-être cette erreur, jadis, alors que tu étais un autre – on ne cesse jamais d'être un autre – t'était-elle aussi nécessaire que tes "vérités" d'aujourd'hui ; c'était une sorte de peau qui te cachait, te voilait bien des choses que tu n'avais pas encore le droit de voir – c'est ta nouvelle vie, ce n'est pas ta raison qui t'a tué cette idée : tu n'as plus besoin d'elle, elle s'effondre sur toi, et sa déraison vient au jour, elle sort en rampant comme un ver. Quand nous exerçons notre critique ce n'est pas arbitrairement, ce n'est pas impersonnellement, c'est, souvent au moins, parce qu'il y a en nous une poussée de forces vivantes en train de dépouiller leur écorce. Nous nions et nous sommes obligés de le faire parce qu'il y a quelque chose en nous qui VEUT vivre et qui VEUT s'affirmer, quelque chose que nous ne connaissons, que nous ne voyons peut-être pas encore !… Donnons ce bon point à la critique. »

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir (1883 et 1887), trad. P. Klossowski / Club Français du livre, 1990



Il ne faut pas s'inquiéter si on ne comprend pas tout de suite le texte, c'est normal car Nietzsche est un auteur qui, dans ses livres, utilise une forme d'écriture inhabituelle : les aphorismes, c'est à dire bien souvent, des exclamations, et des discours souvent courts, et dans lesquels, comme celui-ci, il s'adresse directement à son lecteur. Passons maintenant à l'analyse du texte : 

Rien n'est vrai ni faux 

       L'idée principale du texte est évidente : rien n'est vrai ni faux. Pour Nietzsche, en effet, il n'est pas bon, c'est même un acte arrogant que de considérer le présent comme étant la vérité, c'est-à-dire la seule chose qui soit bonne, puisque, nos idées, ou bien notre style du passé, au moment où nous en avions conscience,  étaient pour nous aussi de bonnes choses, nous étions convaincus qu'il s'agissait de la vérité. 
        Ce passé que nous considérons, à travers cette photo ou ce statut Facebook, comme des « erreurs », Nietzsche considère qu'elles sont nécessaires, parce que ces erreurs étaient, comme le dit l'auteur « un voile » ou une « peau » pour nous cacher ce que, à un moment donné, nous n'avons pas le droit de voir. Par exemple, notre style vestimentaire de la photo passée, qui nous plaisait sur le moment, n'était là que parce que nous n'étions pas prêts à assumer notre style d'aujourd'hui. C'est pourquoi selon Nietzsche, nous n'avons pas le droit de rejeter le style de la photo, car il nous a été essentiel. 
      Le présent, ce que nous sommes aujourd'hui, n'est donc pas non-plus la vérité, il n'est en fait, ni vrai ni faux, il est simplement ce que nous sommes à ce moment précis, et lorsque nous serons différents, et que ce que nous sommes aujourd’hui, deviendra le passé, ce sera simplement une idée de ce que nous avons été à un moment donné. 

Cette force qui nous fait changer, c'est la volonté de puissance 

      Si nous sommes choqués devant cette photo ou ce statut Facebook, c'est parce que pour Nietzsche, il y a quelque chose en nous qui n'a plus besoin de ces idées ou de ce style, qui « VEUT » comme l'auteur le signale bien en majuscule, vivre. En effet, Nietzsche, au-delà de considérer que rien n'est vrai, et que rien n'est faux, pense toutefois que l'idée de vrai et l'idée de faux, sont importantes pour notre vie. En fait, il fallait que ce style vestimentaire que nous avions dans le passé, nous semble être bon, pour que nous osions l'assumer. Nous ne l'assumons plus aujourd'hui, car il nous semble être faux, il est répugnant pour nous, car il ne nous est plus utile. 
        Cette chose en nous qui VEUT, c'est cette même chose qui supprime ce qui ne nous sert plus à rien, ce qui n'augmente pas notre vie. Exactement comme le phénomène d'éternuement : si nous éternuons, c'est parce que notre corps détecte un microbe dans notre nez, et rejette ce microbe grâce à l'éternuement. Pourquoi ? Parce que ce microbe, nous empêcherais de vivre pleinement. Il en est de même pour nos idées ou pour notre style, quelque chose en nous leur donne une valeur qui nous permet de mieux vivre, et si nous ne les aimons plus, c'est parce que si nous y étions encore attachés, nous nous sentirions mal dans notre peau. Cette chose en nous qui VEUT, Nietzsche ne lui a donné aucun nom dans son texte, mais elle est essentielle dans toute son œuvre ; c'est la volonté de puissance. Selon lui, il s'agit d'une force qui anime l'homme et tous les êtres vivants, cette force, c'est elle qui détruit ce qui ne renforce pas notre vie. J'écrirais un article qui y sera consacré afin que l'on puisse comprendre de quoi il s'agit réellement. 
          Bref, cette force est en nous, mais elle est plus forte que nous, nous n'en décidons pas. En effet, nous ne décidons pas de changer, nous changeons sans le vouloir. Ce n'est donc pas parce que nous sommes plus intelligent aujourd'hui que nous ne pensons plus la même chose qu'avant, mais simplement parce que ce que nous pensions avant, ne nous est plus utile pour être bien dans notre peau, en un mot : pour VIVRE. Nous adhérons à nos idées, simplement parce qu'elles nous permettent de mieux accepter le caractère compliqué de la vie, et plus nous grandissons, plus nos idées et notre style vestimentaire changent parce que nous nous tournons toujours vers des idées et des styles qui nous permettent de nous sentir plus forts, d'avoir plus de puissance, c'est ce qu'est la volonté de puissance. 

Nous n'avons pas de moi

    Jusque-là, c'est la vérité et l'erreur qui n'existaient plus, mais, avec Nietzsche, nous pouvons également tirer un trait sur cette chose que nous appelons « moi ». Le moi, c'est ce que nous affirmons face aux autres, ce qui nous désigne nous-mêmes. Quand nous disons « moi », nous parlons de nos idées, de notre personne, en bref ; de ce que nous sommes sur l'instant où nous parlons. Or, nous l'avons dit tout à l'heure, ce que nous sommes à un moment donné, n'est jamais ce que nous serons plus tard, et Nietzsche le confirme dans le texte : « on ne cesse jamais d'être autre ». Nous nous attachons à une identité actuelle, justement parce qu'elle nous apporte une certaine puissance. Mais lorsqu'elle ne sera plus bénéfique, nous deviendrons un autre. L'analyse de Nietzsche sur le moi, réclamerait un article tout entier pour être étudié avec une vraie précision, mais nous nous contenterons de ce texte pour conclure ; rien n'est à exclure en soi, ni dans le passé ni maintenant, car tout ce que nous avons aimé, ou que nous aimons maintenant, est essentiel pour nous car nous permet de mieux vivre. Si l'on devait conclure, nous devrions donc dire que nous n'avons pas le droit de rejeter ni même de critiquer ce que nous étions, parce que toute chose a une valeur au moment où elle existe.

mardi 11 août 2015

Un nombre infini de fois... L'éternel retour

Souvent, nous nous interrogeons sur le sens de nos vies, sur la question de savoir si tout ce que nous faisons a un intérêt, ou même, plus simplement, si nos choix d'hier, auraient pu, s'ils étaient différents, changer notre demain.. En bref, tout se passe comme si, nous nous posions la question du sens de l'existence avant même de l'avoir vécu ! Ainsi, nos regrets, nos peines, nos questionnements s'entassent comme le travail que nous avons à faire alors que nous passons notre temps à nous demander s'il vaut la peine d'être fait. Mais n'est-il pas absurde finalement, de s'interroger sur une chose non terminée, non aboutie? Un peu comme, s'interroger sur la beauté finale d'un tableau, alors que nous sommes encore en train de le peindre? 
C'est ainsi que Nietzsche a compris qu'en réalité, nul (encore moins l'homme), ne peut juger de la valeur de vie, tout en en faisant partie. Tant que nous vivons, nous ne sommes pas aptes à déterminer si cette vie, aussi stupide que nous la concevons, vaut le coup ou non d'être vécue. Toutefois, Nietzsche n'efface pas tout jugement de valeur personnel sur nos propres actes. Ce n'est donc pas parce que nous ne savons rien sur la valeur de la vie, que nous ne pouvons pas créer nos propres valeurs individuelles. Et si c'est possible, alors nous pouvons envisager de juger de la valeur de la vie que nous avons mené. Mais de quelle façon?
C'est qu'en réalité, la question du sens de l'existence, ne doit se poser qu'à la fin ; ce moment où nous pouvons enfin observer notre oeuvre. Le défi de Nietzsche est le suivant ; il s'agit à ce moment, de se demander ce que nous ferions si le choix nous était donné de revivre la même vie, à l'exactitude près, et ce, «un nombre infini de fois»! La même vie, c'est à dire, avec ses hauts et ses bas, son bonheur et ses malheurs, la souffrance qu'elle contient et même ses pertes. C'est presque effrayant, mais il ne semble pas y avoir de meilleur barème de jugement de réussite pour la vie. Comment pourrions-nous, en effet, accepter cette vie, qui déjà en pleine expérimentation, nous semblait si pénible et compliquée. De même, tous ces moments douloureux, peut-être même parfois, la perte d'êtres chers dont nous n'arrivons parfois jamais à nous remettre. Comment pourrions-nous accepter de revivre tout ça?
Nietzsche n'y voit q'une seule solution, et elle se nomme Amor Fati, ou l'amour de son sort. Toute l'idée de ce concept repose dans une phrase condensée : «vis comme si, dans tout ce que tu veux faire, tu voulais le faire un nombre infini de fois.» Il s'agit donc, de tout vouloir au cours de sa vie ; souffrance, plaisir, perte, gain. Puisqu'en effet, qu'aurions-nous à éviter dans le fait de revivre la même vie, si nous y avons tout voulu et accepté ? C'est qu'Amor fati, signifie surtout, amour du destin, et le destin est par excellence, ce sur quoi nous n'avons aucun contrôle. Accepter de revivre cette vie est donc accepter le fait qu'il y ait parfois des choses qui nous dépassent et  malgré tout, garder notre amour de la vie intact. Par l'amour de notre destin, nous effaçons dans nos vies, toute crainte et tout regret final ; et y sommes préparé, c'est la définition même de la sagesse. 

mardi 4 août 2015

Est-ce raisonnable d'aimer ?

   Le mot raisonnable a plusieurs sens. Lorsque l'on dit de quelqu'un qu'il est raisonnable, on entend exprimer le fait qu'il agit de façon sage, que ses décisions sont les bonnes. Ainsi, si l'on prend le mot raisonnable dans ce sens, on peut dire que le fait d'aimer, est raisonnable, étant donné que l'amour est un sentiment jugé positif. Seulement, on aurait à faire face à un problème qu'est le suivant : si l'amour est un sentiment, et si l'attitude raisonnable relève d'une décision, cela voudrait dire qu'un sentiment est l'objet d'un choix, ce qui est irrationnel. En effet, lorsque l'on ressent une douleur au bras, on ne choisit pas d'avoir mal au bras, le bras est touché, et on le ressent. Un sentiment n'est donc jamais volontaire. Donc, si l'amour est un sentiment, il doit être gratuit, comme une douleur. On ne choisirait alors pas d'aimer, mais on aimerait, contre son gré, tout simplement. L'enjeu de la question, est donc de comprendre qu'un sentiment n'est jamais volontaire, mais tout simplement vécu.
   L'amour n'est pas le respect. Le respect est affaire d'habitude et d'éducation, voir même d'effort : effort d'accepter l'autre. L'amour lui, est tout autre. Aimer l'autre, c'est vouloir se l'approprier, et ce, parfois même, au-delà de toute morale. Aussi, si le respect peut-être inculqué, ou simulé, l'amour lui, est aveugle et en quelque sorte : naturel. Respecter son prochain, c'est l'accepter dans sa différence, sans nécessairement l'aimer. Un esclave respecte son maître car on lui a appris que c'est son devoir, il accepte donc son maître sans l'aimer nécessairement. Il pourrait d'ailleurs,tout aussi bien cesser de le respecter et se révolter. De même un élève peut respecter son professeur sans forcément l'aimer, il peut même, au plus profond de lui, le haïr, tout en s'efforçant de le respecter. S'efforcer de respecter quelqu'un que l'on n'aime pas, c'est un acte raisonnable au premier sens du terme. Il est positif de s'efforcer à respecter celui que l'on n'aime pas car cela évite les situations conflictuelles. 
   Si donc, le sentiment n'est pas la volonté, que se passe-t-il si l'on aime de façon raisonnable? Aimer de façon raisonnable, reviendrait donc à aimer par intérêt, or, on ne parlerait dès lors plus d'amour, mais d'action intéressée. Ou si l'on veut, on ferait mine d'aimer quelqu'un car l'image de l'amour qu'on lui donne, provoque chez lui une attitude satisfaisante pour soi. Aimer n'invite en aucun cas à réfléchir car dans ce sentiment, on est dépassé. L'amour se présente alors comme au-delà de la raison : comme transcendance. Un homme n'aime une femme au sens pure et en même temps paradoxal, que parce qu'il ne peut s'expliquer ce sentiment par sa raison. S'il le pouvait, on noterait un paradoxe qu'est le suivant : si l'homme dit qu'il aime la femme pour ce qu'elle est, peu importe, ses qualités ou ses défauts, cela signifierait qu'en cas de changement de la femme, il ne l'aimerait plus. Autrement dit, il n'aimerait la femme que pour la satisfaction que lui procure son être, et non pour elle-même. On ne distinguera donc un homme amoureux d'un autre opportuniste que par l'absurdité de l'un et la rationalité de l'autre.