jeudi 19 avril 2018

Carpe Diem


Plus puissant que la beauté au sens physique, il y a le charme. Je n'ai jamais trouvé plus puissant élément que le charme. Qu'est-ce que le charme ? C'est un ensemble de qualités qui ressortent de l'attitude, de la façon d'être  d'une personne. Lorsque je parle de qualités, je sous-entend qu'elles n'existent que vis-à-vis d'une autre personne qui les perçoit. Car il n'y a de charme de la part d'une personne, que pour une autre. Ainsi, ce qui est source de charme pour une personne peut être source de répulsion pour une autre. Mais une chose reste certaine, c'est que ce qui fait le charme de chacun, est quelque chose de bien enfoui, de dissimulé au plus profond de lui. Et le charme ne se simule pas puisqu'il relève, au contraire, de ce qu'on ne peut pas cacher, même en y mettant toute sa volonté.  

Le charme, c'est la puissance qu'une personne dégage à son propre insu. Pour être plus clair : nul ne sait ce qui fait son propre charme jusqu'à ce qu'une autre personne, ne le lui fasse savoir. Et quand bien même il fût au courant, le jugement de la personne charmée reste beaucoup trop subjectif pour avoir un quelconque impact sur l'ego du charmeur. Une démarche , une façon d'appréhender une certaine situation, des attentions, une certaine timidité ou encore un caractère réservé, sont de nombreux éléments, qui, s'ils sont naturels, selon l'individu qui les appréhende, peuvent constituer une source d'admiration. Parmi tous ces éléments, rien ne relève de la beauté physique. Pourquoi ? Parce que l'influence du charme prime sur la beauté physique et influence même le jugement. C'est ce qui, dans la plupart des films à l'eau de rose, est représenté : le plus beau garçon pour toutes les filles, n'arrive jamais à séduire celle qui l'ignore car celle-ci le trouve hautain la plupart du temps. 

Chacun devrait s'efforcer de ne pas ressembler à ces groupies au cinéma qui ne s'arrêtent que sur ce que les gens dégagent physiquement et finissent déçus car un beau visage ou des muscles dessinés ne fournissent pas d'amour, d'attention. La beauté du corps, la vitalité des muscles s'estompent avec le temps. Les épreuves de la vie font périr le corps là où ce qui fait notre charme reste indissoluble. Si il est conseillé d'écouter son cœur avant ses yeux, c'est parce que le cœur ne peut voir que des qualités que la personne qu'il admire ne simule pas. De la même façon que Dieu juge l'esprit et non les actions ou les apparences seules puisqu'une bonne action peut cacher des intérêts malsains. La beauté ne fait pas le charme mais le charme contribue à embellir l'individu. Et si la beauté physique peut s'acheter, le charme lui est gratuit et naturel. 

vendredi 9 mars 2018

Suis-je ce que la société a fait de moi ?

Jean-Paul Sartre disait qu'une personne ne demande conseil que lorsqu'elle a déjà pris sa décision. Aussi inconscient que cela puisse être, on cherche parfois des réponses qu'on a déjà trouvé. Et il se pourrait peut-être même que, sans le savoir, on cherche un conseil auprès de quelqu'un simplement pour confirmer la décision qu'on a pris sans vouloir admettre qu'on l'a bel et bien pris. Aussi, sera-t-on moins enclin à intégrer un conseil qui ira à l'encontre de la voie que l'on s'est soi-même choisi.  

Si le raisonnement proposé ci-dessus est vrai, et si comme l'avance Sartre, la liberté est dans tous les cas, absolue et inaliénable, alors on n'a pas la légitimité morale de prétendre que c'est le conseil d'un autre individu qui a mené quelqu'un à une certaine chute, puisque son choix était déjà déterminé par ses soins au préalable. Il est donc responsable de sa chute ainsi que de la valeur et de la crédibilité qu'il a lui-même choisi d'accorder au conseil d'autrui. Il reste ainsi le seul à pouvoir répondre de sa chute, sans possibilité quelconque de l'imputer à la volonté d'un autre.

Toute attitude tendant à faire reposer les conséquences d'un choix sur une influence extérieure est qualifiée par Sartre comme étant de « mauvaise foi ». La mauvaise foi interprétée par le philosophe français est à distinguer de celle que l'on a l'habitude de critiquer. En général, est considéré comme étant de mauvaise foi une personne dont le tort est évident et qui refuse de le reconnaître à l'endroit même où tout le monde constate que ce tort est avéré. De sorte que la définition populaire de la mauvaise foi, la dépeint comme étant un défaut. Or, l'existentialiste qu'est Sartre dit que la mauvaise foi n'est pas un défaut, mais une erreur, en tant qu'elle consiste à se mentir à soi-même. Elle est alors à distinguer du simple mensonge, puisque le menteur ment à quelqu'un et que l'individu de mauvaise foi se ment à lui-même. Etre de mauvaise foi n'est pas forcément dissimuler la vérité aux autres, mais se la dissimuler également à soi-même. 

On peut dès lors se demander comment cela serait possible de se mentir à soi-même. A cette question, Sartre n'a qu'une seule réponse : la liberté. C'est parce qu'on est libre que l'on peut, en quelque sorte, se dédoubler. C'est-à-dire être à la fois soi-même, et quelqu'un d'autre que soi-même. Et, à force de liberté, on peut se prendre à son propre piège. De la même façon qu'un chanteur sans talent, peut se convaincre pendant des années que s'il n'obtient pas le succès qu'il recherche, c'est parce que le monde n'a pas l'oreille assez attentive et préparée pour apprécier sa « merveilleuse voix ». Cet homme peut tout à fait, au fond de lui, savoir que quelque chose cloche avec sa voix, mais il peut tout aussi librement se convaincre du contraire : comme s'il était deux personnes à la fois. 

La situation est-elle désespérée ? La mauvaise foi peut-elle se guérir ? Une seule solution existe pour Sartre : l'engagement. L'engagement est un concept qui revient très souvent dans la philosophie de l'essayiste français. Et on pourrait le définir comme le fait d'accepter, d'assumer la poids de la liberté et d'en prendre pleine conscience dans chacun de ses actes. L'homme engagé est l'homme qui, dans n'importe quelle situation de sa vie, considère qu'il est l'auteur de tout ce qui s'est produit. Aucune place alors pour un mauvais conseil donné par quelqu'un, aucune place pour le moindre : « je n'avais pas le choix », puisque ce sont justement les divers choix qu'on a fait qui ont produit la vie que l'on a à ce jour. Même si Sartre reconnaît volontiers qu'on est toujours en quelque sorte le résultat de quelques contingences extérieures. Mais ce n'est pas une excuse puisque, comme il le dit dans Saint Genet, comédien et martyr (1952) : « Nous ne sommes pas des mottes de terre glaise et l'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous ».

jeudi 8 mars 2018

Zone de Transit

Résultat de recherche d'images pour "ennui bureau"Une réflexion m'est venue l'autre soir, chez moi après une longue journée au travail, sans réellement avoir travaillé puisque trop occupé à penser au moment où je pourrais enfin quitter le bureau et rentrer chez moi pour finalement, ne rien faire de particulier. Je me suis en effet rendu compte qu'il y a des moments durant lesquels on ne vit pas, au sens où l'on ne prend pas assez conscience du temps qui est en train de s'écouler. Alors que je m'ennuyais à n'en plus tenir au bureau, après mûre réflexion, je me suis rendu compte que j'étais en réalité en train de vivre pleinement. Pourquoi ? Parce que, quoique je pouvais faire, plongé dans un ennui total, regardant sans cesse ma montre et comptant chaque minute qui passait, je ne pouvais pas échapper à la réalité du moment que j'étais en train vivre. Et oui, on pense en général que vivre consiste à faire quelque chose de passionnant pour soi, qui fait que le temps passe sans même qu'on en ait conscience, mais n'est-ce pas dans ces moments si joyeux, si exaltants que l'on cesse de vivre ? 

Ce moment passé au travail dont je traite ci-dessus, m'a réellement aidé à réaliser que c'est peut-être le fait de mener et d'appréhender la vie comme un projet qui empêche l'homme de la vivre pour ce qu'elle est. Mais qu'est-ce que mener la vie comme un projet ? C'est simplement vivre un moment en étant projeté vers un autre moment qui n'est pas encore en train de se réaliser. C'est exactement ce que j'étais en train de faire lorsque je m'ennuyais au bureau. Je ne vivais pas ma journée de travail, mais avais l'esprit plongé vers la fin de cette même journée. J'étais donc "en projet" de finalisation de la journée, et non dans la production, la création de la journée que j'étais en train de vivre. Le véritable fruit de la réflexion que j'ai mené, c'est de comprendre que le temps que nous accordons à préparer l'avenir, réduit en cendres le moment présent. Exactement comme si, assis sur le siège de la Grande Roue en plein lancement, effrayé, je ne pensais qu'à ce moment où elle allait s'arrêter au lieu de profiter des sensations fortes pour lesquelles j'ai choisi ce manège. Je ne me rappellerais alors quasiment de rien et il ne resterait plus que mon corps pour me remémorer, à travers les quelques douleurs qui suivront et résulteront des mouvements brusques de l'attraction, de mon passage sur la Roue. 

L'homme moderne ne vit qu'à travers un projet, et cela s'exprime dans énormément de choses. Si l'on s'amusait à interroger les travailleurs de différentes sociétés, il ne serait pas étonnant d'entendre qu'ils ne voient le travail que comme un sacrifice nécessaire voué à la création de ressources financières solides pour aller en vacances et profiter de sa famille, où à l'achat d'une maison ou encore d'une voiture. Ainsi, on ne travaillerait qu'en vue de l'après, qu'en vue d'obtenir autre chose, et cela deviendrait même une certaine source de motivation. Mais que se passerait-il si l'on se mettait à travailler pour le travail lui-même ? C'est extrêmement difficile à dire tant cela semble infaisable. On se dit même que cela n'a aucun sens. Et c'est justement ce à quoi la modernité pousse l'homme à penser : sans projet, la vie n'a pas de sens. Alors évidemment, il faudra que l'on s'offre des vacances, une voiture pour être heureux, quitte à ne pas profiter de l'instant, et au détriment de sa santé qui est déjà en mauvais état au moment où l'on obtient enfin ce que l'on projetait d'avoir. Je crois que c'est un piège de croire que la vie ne se résume qu'au futur. 

Résultat de recherche d'images pour "Kaaris zone de transit"Dans un morceau intitulé « Zone de Transit », extrait de son album Le Bruit de mon Âme (2015), le rappeur français Kaaris dépeint justement l'absurdité de la vie considérée comme un projet. Dans son refrain, il dit "j'm'ennuie partout, et j'veux rien rater". Dans cette ligne assez simple, Kaaris montre, je trouve, assez bien à quel point l'homme peut devenir très vite esclave de son désir de découverte et de projection vers d'autres choses avant même d'avoir terminé ce qui est d'actualité. Ainsi le rappeur français dit s'ennuyer où qu'il soit, sans vouloir, contradictoirement, rater quoique ce soit. En d'autres termes, l'artiste veut profiter de tout ce dont il est possible de profiter tout en sachant qu'il ne s'épanouira nulle part, et ainsi irait donc la vie.. Ce très beau morceau constitue également, à travers son titre même, une sorte d'évaluation de la vie. Car en effet, qu'est-ce qu'une Zone de Transit sinon un espace alloué à accueillir des gens de passage avant un départ vers une autre destination ? Vivre, signifierait pour l'homme être dans cette zone, et avoir ce sentiment perpétuel de ne pas être tout à fait sa place, sans savoir ce qui l'attend après la mort. Je reprochais à l'homme de regarder trop loin, sans me demander si l'absurdité même de la vie n'était pas une invitation forcée à regarder plus loin que dans sa propre direction. Ainsi, on appréhenderait la vie comme projet simplement pour effacer de sa pensée, le fait que l'on n'ait pas été choisi pour être à l'endroit où l'on se trouve. Se projetterait-on donc pour oublier que sur Terre, chaque homme n'est qu'en transit ? 

samedi 17 février 2018

Faut- il craindre la mort ? Le problème d'Épicure


Faut-il vraiment que je craigne la mort ? Puisque tant que je suis vivant, elle n'est pas là et quand elle sera là, c'est moi qui ne serai plus. La mort n'est-elle pas alors, quelque chose qui ne me concerne pas ? C'est la réflexion d'Épicure qui considère comme absurde la crainte humaine pour la mort puisque ces deux éléments ne se croiseront jamais selon lui. 

Les vivants ne rencontrent pas la mort du fait qu'ils sont en vie et les morts non-plus, dans la mesure où ils ne ressentent plus rien. Tout se passe, selon le philosophe grec, comme si la mort était insaisissable, ou, tout simplement, qu'elle n'existait pas. Pour lui, ce n'est donc pas la mort que nous craignons en notre for intérieur, mais le moment où elle viendra. C'est-à-dire l'instant. 

Pour être plus clair, le simple fait qu'elle doive un jour venir nous prendre, indépendamment de notre volonté est source de crainte. L'homme craint alors la mort comme un supplice qu'il devra vivre alors qu'il s'agira simplement de l'instant où il n'aura plus à en vivre puisque privé de toute sensation. 

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Walter White (Breaking Bad) avant de mourir


Mais, la question qui naît de cette pensée est la suivante : si la mort n'est rien pour nous, qu'en est-il de la mort des autres ? N'est-elle pas finalement, la seule mort que nous sommes condamnés à "vivre" à proprement parler ? Épicure pensait avoir résolu le souci de la mort de l'individu mais l'a abandonné  devant celle des autres. 

Si ma propre mort n'est rien pour moi, celle des autres quant à elle, est bel et bien problématique puisque je dois vivre avec elle sur ma conscience. Je dois accepter que ceux qui m'ont accompagné jadis, ne soient plus là. Le décès d'autrui m'oblige à me reconstruire une existence et donc, à moi-même, tuer l'être que j'étais avant qu'il ne quitte ce monde. 

Ainsi, la mort d'autrui, signe d'une certaine façon, le début de ma propre mort : celle de celui que j'ai été lorsqu'il était vivant. Et ma mort devient, si ce n'est pour moi, au moins pour quelqu'un d'autre, quelque chose d'effroyable et d'absolument redoutable.


lundi 29 janvier 2018

Suis-je condamné à être libre ?

Suis-je condamné à être libre ? Cette question contradictoire nous permettra de nous rapprocher d'un des philosophes que j'ai le plus apprécié lorsque j'ai découvert la philosophie : Jean-Paul Sartre. Le philosophe français affirmait que l'homme était "condamné à être libre". L'affirmation sonne d'autant plus paradoxale que la liberté est par excellence l'opposé absolu de la condamnation. Est libre celui qui n'est soumis à rien, dont la volonté n'est pas obstruée, éteinte ou étouffée par quelqu'un ou quelque chose d'extérieur. Ce qui, par conséquent, fait de la liberté un idéal d'accomplissement dans la mesure où être libre consiste justement en la possibilité de suivre sa volonté sans aucune contrainte. La condamnation se présente quant à elle, plutôt comme l'influence d'une force extérieure sur la volonté ; je suis condamné à partir du moment où, quoique je veuille, les choses sont décidées par une force qui me dépasse, de sorte que ma volonté n'a plus aucune autorité. Comment alors Jean-Paul Sartre, peut-il, avec autant de facilité, mêler ces deux concepts opposés sans faire un contresens ?

Résultat de recherche d'images pour "condamné à être libre"Il faut, dans un premier temps connaître les piliers de la philosophie Sartrienne. Pour lui, l'homme arrive sur terre en tant que néant, c'est-à-dire sans définition, sans rien qui ne puisse, à sa naissance dire ce qu'il est ni ne sera. Cette idée est condensée dans la célèbre affirmation du philosophe qui dit que "l'existence précède l'essence". Affirmation qui suppose dans un premier temps que Dieu n'existe pas, puisque, selon l'auteur, si Dieu existe, alors l'homme a une définition, un rôle prédéfini à la naissance. Il ne peut donc pas être libre puisque Dieu lui a tracé par avance un certain destin. Or, si l'existence précède l'essence, l'homme n'a pas de destin à la naissance, il n'est ni bon ni mauvais, ni ceci, ni cela. En effet, l'essence, c'est ce qu'on ne peut pas retirer à une chose, au risque de la dénaturer, d'en faire autre chose que ce qu'elle est. Par exemple, l'essence de la télévision, ce serait son écran, car sans un écran, il ne s'agirait plus tout à fait d'une télévision. Or, explique Sartre, si je me rends à l'accouchement d'une femme, voit son bébé naître, je n'ai absolument aucun élément qui m'aiderait à dire ce qu'il sera, puisqu'il n'a pas encore été plongé dans le monde, il n'a pas encore fait de choix. 

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Jean-Paul Sartre
En s'opposant à l'idée qu'un Dieu ait "conçu" l'homme puis l'ait fait exister par la suite, afin qu'il réalise ce pour quoi il a été conçu, Jean-Paul Sartre fait reposer sur lui toute la responsabilité de sa propre existence. Ce qui est spécial cependant avec le discours de l'auteur français, c'est qu'il parvient à transformer cet idéal positif qu'est la liberté en réalité effrayante. Il est vrai qu'il paraît bien plus difficile de vivre en sachant que Dieu est là pour juger les actes humains, de s’efforcer d'agir en suivant ce que réclame sa volonté, de tout faire pour ne pas fauter, que de vivre en sachant que quoiqu'il arrive, on sera le seul à pouvoir répondre de ses propres actes. Or, répondre de ses actes, signifie aussi pouvoir être reconnu pour ces derniers en tant qu'un certain modèle de l'être humain, puisque les actes sont des façons pour l'individu d'exprimer sa vision de ce que doit être un homme. L'homme qui agit en faveur d’œuvres caritatives, considère donc en son for intérieur que tout homme devrait agir de cette façon, et ainsi définit l'homme à son image. L’assassin aussi, par conséquent, en agissant comme tel, définit l'homme en général comme un assassin. Les conséquences ne sont pas des moindres, puisque cela signifie qu'à chaque fois que l'on agit, on est responsable de ce que les actes que l'on commet disent de l'homme, de la façon dont ils le définissent. On est donc responsables à la fois de soi et des autres, de ce que ses actes disent de soi, et des autres. Quelle insoutenable responsabilité!

On peut alors se demander comment cela peut-être possible d'être libre, totalement libre, tant il y a de choses qui nous déterminent à agir d'une certaine façon plus que d'une autre. Sartre dit que nous sommes certes conditionnés par des forces extérieures, mais pas déterminés par celles-ci. L'homme est par exemple conditionné par son sexe, son salaire, sa classe etc.. Et tous ces éléments, placent son existence au cœur d'une "situation". La situation pourrait-être définie comme l'environnement dans lequel s'exprime la liberté. Pour Sartre, on est libre, peu importe la situation dans laquelle on se trouve. C'est-à-dire que même menacé avec un fusil sur la tête, obligé à dénoncer un camarade sous peine d'être tué, l'homme est libre de choisir, même si le supplice de la mort constitue une pression insupportable. Dans cette situation, si l'homme choisit de dénoncer pour rester en vie, il ne pourra pas prétendre que c'est le risque de mourir qui lui a fait faire ce choix, puisqu'il aurait tout à fait pu choisir d'être tué plutôt que de dénoncer. Au contraire, c'est même cette situation de danger qui a mis en évidence encore plus que d'habitude, la liberté de l'homme concerné.

En observant attentivement, on voit que la définition préalable que l'on donnait à la liberté n'est plus ce qu'elle était. Du moins, on comprend rapidement que la liberté n'est pas positive au sens où elle ouvre la porte des possibles, mais qu'elle fait plutôt peser sur l'homme, la responsabilité de ses actes, qu'il le veuille ou non, situation difficile ou non. C'est pourquoi Sartre nous dit qu'il s'agit d'une condamnation et non d'un choix. En fait, dit Sartre, je suis une liberté qui choisit, mais je ne choisis pas d'être libre : je suis condamné à la liberté. Et ce, aussi longtemps que je serai vivant, en prison ou pas, dépassé par mes passions, par les situations ou pas, mes actes définiront toujours l'homme que je suis. Mais la condamnation ne repose pas seulement sur le fait que je ne puisse pas échapper à ma liberté, mais également sur le fait que, dès le départ, je ne choisisse pas d'exister et que je ne me fasse pas exister moi-même. Par conséquent, non-seulement je n'ai pas choisi de venir au monde, mais en outre, je suis condamné à m'y définir par mes choix, condamné à choisir quel homme je serai dans cette vie que je n'ai pourtant pas choisi de vivre. Seul un Dieu transcendant, venant donner un sens à ma venue sur Terre pourrait supprimer cette absurdité absolue, mais pour Sartre, ce compromis n'est pas discutable.

Ainsi, pour l'auteur l'homme existe d'abord et se définit ensuite, c'est-à-dire à sa mort, car tant qu'il est vivant, il est susceptible de devenir autre que ce qu'il est, grâce à la liberté à laquelle il est condamné.


mardi 23 janvier 2018

La femme noire, un amour perdu en reconquête

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Lupita Nyong'o
Le temps qu'il m'a fallu pour apprendre à apprécier la beauté de la femme noire n'a d'égal que le travail qui est entretenu depuis notre tendre enfance et qui a pour effet de la rabaisser non seulement elle, mais aussi l'homme noir de façon générale. Les plaisanteries discriminantes, les comparaisons aux singes, les moqueries sur la taille et la forme du nez . Tous ces éléments ne font partie que de la discrimination active qui a été exercée sur nous. C'est-à-dire le racisme brut, sans volonté quelconque de dissimulation. 

La discrimination passive quant à elle, consistait en la mise en valeur perpétuelle, dans la publicité, d'un certain idéal blanc au sens épidermique et capillaire. Les cheveux lisses comme idéal capillaire, puisque les meilleurs produits n'étaient conçus que pour ceux-là, et la peau blanche comme idéal épidermique, pour la même raison. Je ne dis pas que ces publicités étaient, par essence, diffusées pour faire passer un message discriminant, mais plutôt qu'elles diffusaient ce message de façon subliminale, et sans forcément que cela ne soit voulu. 

Sans jamais affirmer quoique ce soit, elles formataient les esprits. Et les séries également, en mettant en valeur un certain mode de vie, un idéal de romance en valeur plus qu'un autre, faisaient le même travail. À tel point que certaines personnes de couleur, pas nécessairement par volonté d'imiter cette tendance, mais plutôt parce que leur vision du réel avait été modifiée, sont devenues comme insensibles à la beauté de leurs semblables. Ainsi il ne m'est pas rare d'entendre : "les femmes noires me dégoûtent", "ce sont des hommes", "elles ont mauvais caractère", ou encore "les cheveux crépus ont un aspect sauvage, animal". Ces mots, ce sont ceux que les publicités et les séries diffusées à longueur de journée n'avaient pas prononcé. C'est pourquoi je qualifie leur discrimination de passive et non d'active. 

Lorsque que j'ai pris conscience de la valeur que portait notre différence, je suis progressivement retombé amoureux de la femme noire. Ses cheveux crépus, ses lèvres exagérément pulpeuses, son caractère bien souvent trempé, et son amour inconditionnel, lorsqu'il existe, pour son être, ses enfants et ses autres semblables. 

Beaucoup ne comprendront qu'à moitié ce que j'écris, en se disant que j'exagère et que mon discours est paranoïaque, mais sachez qu'en ce moment même aux États-Unis, beaucoup de producteurs noirs notamment, rencontrent des difficultés à faire diffuser leurs films pour la seule raison que leur casting n'intègre pas assez de diversité. Ou, pour être plus clair : parce qu'il n'y a pas assez de blancs dans leurs films. Si les gens sont capables de penser que l'absence de diversité est une chose négative pour un simple film, comment ont-ils pu fermer les yeux pendant des années pour des publicités ?

La communauté noire doit agir en soutenant les films de ces producteurs, en allant les voir. Non pas pour renforcer la discrimination mais pour montrer que d'autres idéaux, que d'autres mondes encore inconnus et possibles existent sous notre peau d'ébène.

samedi 13 janvier 2018

Les dérives de l'anti-racisme en France

On entend de plus en plus ces derniers temps, en regardant les informations, les débats, les opinions populaires, que la France souffre d'un repli communautaire important. Autrement dit, certaines des nombreuses communautés étrangères qui composent le pays cosmopolite qu'est la France, ne se reconnaissent plus, ou du moins, semblent se marginaliser par rapport à ce que nous devrions appeler notre Nation. Psychanalystes, psychologues, philosophes et autres intellectuels s'interrogent en direct ou dans des livres plus ou moins partiaux sur les causes et les fondements de ce phénomène. 

Résultat de recherche d'images pour "griezmann blackface"J'ai beaucoup de mal ces derniers temps avec les intellectuels, les personnages publics ou encore les sportifs qui jugent certaines affaires, pour la raison qu'ils ne vivent pas la réalité du problème qu'ils traitent sur le terrain. Surtout lorsqu'il s'agit de racisme, c'est très compliqué d'accepter que quelqu’un d’une autre communauté dicte l'attitude que la communauté affectée doit ou devrait avoir face à un fait indignant. C'est ce qui, je pense a crée une division sur les réseaux sociaux et dans les médias pour les personnes à qui on a demandé l'avis sur l'affaire Antoine Griezmann notamment. En effet, il y a trois semaines, le footballeur partageait sur le réseau social Instagram, une photo de lui déguisé à l’occasion d'une soirée à thème, en joueur des Harlem Globe Trotters, une équipe d’athlètes acrobates noirs, connue pour ses spectacles et ses acrobaties spectaculaires en Basketball. Aucun problème ne se serait présenté si le joueur s'était contenté de porter la tenue officielle de l'équipe. Seulement, l'international Français a choisi d'aller jusqu'au bout de son déguisement en se grimant la peau en noir, de la tête aux pieds. Or, cette pratique est rattachée à un mouvement du XXe siècle (qui a débuté bien avant) aux Etats-Unis : le BlackFace, qui consistait en ce qu'un individu blanc se peigne la peau en noir pour imiter de façon humiliante les hommes noirs. Les caricatures faites déguisé de la sorte étaient à portée raciste, en adéquation avec la mentalité de l'époque. Même si cette pratique n'est plus répandue de nos jours, il est arrivé plusieurs fois que des personnalités populaires se griment la peau en noir, de la France aux Etats-Unis. Et il est important de noter que le geste a toujours été accueillit négativement. 

En France, suite au BlackFace de Griezmann, trois "écoles" se sont opposées : d'un premier côté, les personnes de la communauté noire française considérant que l'acte de Griezmann était raciste, mais pas l'individu et pour qui la suppression de la photo était nécessaire puisque déplacée. D'un second côté, on avait les personnes qui considéraient que parce que Griezmann avait agit de la sorte, il était raciste sans discussion possible. Enfin, on avait les personnes qui considéraient la réaction de la communauté noire était exagérée, du fait qu'il était évident que le joueur voulait simplement rendre un hommage en tant que fan, et qu'il avait des "amis noirs". 

De ces trois écoles, deux proposent des visions dérangeantes. La première étant celle qui juge que Griezmann est raciste par son acte. En effet, il n'est pas besoin d'être un ami proche du joueur pour savoir qu'il n'est pas raciste. Un acte, et surtout dans la situation que nous traitons n'est pas suffisant pour juger de la nature définitive d'un homme. Ce n'est pas parce qu'on tue qu'on est un assassin tout comme ce n'est pas parce qu'on joue au football qu'on est footballeur. L'international Français s'est excusé pour son geste, et a reconnu avoir été maladroit. C'est déjà assez noble pour le signaler. Un manque de connaissance de l'aspect historique oui, mais du racisme non. Ainsi par l'histoire qui est rattachée à la pratique du grimage, l'acte de Griezmann est raciste sans que ce dernier ne le soit. 

La seconde école à la vision dérangeante est celle qui considère la réaction de la communauté noire exagérée. Et, encore plus problématique est de constater que c'est une majeure partie de la communauté blanche qui s'y est opposée. Dans le monde, beaucoup de peuples ont subis des choses qui ont été classifiées ou non, ou encore plus ou moins, comme des crimes contre l'humanité. L'esclavage et la ségrégation font partie des sévices historiques que les personnes noires portent en elles. De la même façon que l'extermination des Juifs, Tziganes et autres peuples visés à l'époque par les Nazis restera à jamais marquée dans les esprits des générations à suivre. Ce qui est dérangeant lorsque des individus hors de ces communautés ayant subis l'oppression interfèrent dans une contestation, c'est leur illégitimité à juger du fait. Puis-je par exemple, en tant qu'homme noir, me permettre d'évaluer la réaction d'un petit-fils de déporté torturé et tué, comme exagérée face à une blague de mauvais goût sur la déportation ? Il est évident que non puisque jamais je ne pourrai ressentir ce qu'il ressent. Agir ainsi, serait déplacé voire audacieux.

Ce que je reproche actuellement en France, c'est le racisme dissimulé des personnes qui, au travers l'idée que la communauté noire abuse dans sa réactivité, diffusent en vérité une haine profonde pour elle. J'ai lu des choses et en ai vu, qui m'ont prouvé que des personnes souhaiteraient que la communauté noire se taise, non-pas pour éviter les divisions et le communautarisme, mais parce qu'elles ne considèrent pas que cette communauté a le droit à la parole puisqu'elle n'est déjà pas tout à fait à sa place en France. De l'anti-racisme et l'anti-communautarisme, nous passons à des attaques racistes dissimulées. Exactement comme ceux qui disent n'avoir aucun grief avec la communauté musulmane mais luttent secrètement pour que le voile disparaisse. Et, par ce genre d'articles et dans quelques commentaires sur les réseaux, c'est contre cette forme qui figure parmi les plus fourbes qui soient, que je voudrais lutter. Un individu ne sachant pas ce que cela signifie de nos jours, à notre époque, d'être noir en France et dans d'autres parties du monde, ne peut pas juger les réactions de l'individu qui se sent insulté par des pratiques comme le BlackFace. Et ce principe devrait être intégré d'office sans nulle possibilité de remise en question.

On essaiera peut-être dans un article futur, de traiter encore plus en profondeur de ce courant de pensées racistes tenues secrètes et révélées par des actes ou messages subliminaux en France. En attendant, il est peut-être utile de rappeler que l'on est en train de vivre une véritable révolution des mentalités dans le pays. La faute à la crise ? Qui sait ? La progression des votes pour le Front National lors des précédentes élections marque, je crois, l'entrée de la France dans une ère où les pensées vont tendre de plus en plus vers les extrêmes, et j'ajouterai même que l’extrémisme islamique n'est pas encore la plus inquiétante pour les jeunes français puisque ce n'est pas la radicalisation religieuse à l'heure actuelle, qui crée les divisions communautaires mais bien le racisme grandissant dans pays.