samedi 17 février 2018

Faut- il craindre la mort ? Le problème d'Épicure


Faut-il vraiment que je craigne la mort ? Puisque tant que je suis vivant, elle n'est pas là et quand elle sera là, c'est moi qui ne serai plus. La mort n'est-elle pas alors, quelque chose qui ne me concerne pas ? C'est la réflexion d'Épicure qui considère comme absurde la crainte humaine pour la mort puisque ces deux éléments ne se croiseront jamais selon lui. 

Les vivants ne rencontrent pas la mort du fait qu'ils sont en vie et les morts non-plus, dans la mesure où ils ne ressentent plus rien. Tout se passe, selon le philosophe grec, comme si la mort était insaisissable, ou, tout simplement, qu'elle n'existait pas. Pour lui, ce n'est donc pas la mort que nous craignons en notre for intérieur, mais le moment où elle viendra. C'est-à-dire l'instant. 

Pour être plus clair, le simple fait qu'elle doive un jour venir nous prendre, indépendamment de notre volonté est source de crainte. L'homme craint alors la mort comme un supplice qu'il devra vivre alors qu'il s'agira simplement de l'instant où il n'aura plus à en vivre puisque privé de toute sensation. 

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Walter White (Breaking Bad) avant de mourir


Mais, la question qui naît de cette pensée est la suivante : si la mort n'est rien pour nous, qu'en est-il de la mort des autres ? N'est-elle pas finalement, la seule mort que nous sommes condamnés à "vivre" à proprement parler ? Épicure pensait avoir résolu le souci de la mort de l'individu mais l'a abandonné  devant celle des autres. 

Si ma propre mort n'est rien pour moi, celle des autres quant à elle, est bel et bien problématique puisque je dois vivre avec elle sur ma conscience. Je dois accepter que ceux qui m'ont accompagné jadis, ne soient plus là. Le décès d'autrui m'oblige à me reconstruire une existence et donc, à moi-même, tuer l'être que j'étais avant qu'il ne quitte ce monde. 

Ainsi, la mort d'autrui, signe d'une certaine façon, le début de ma propre mort : celle de celui que j'ai été lorsqu'il était vivant. Et ma mort devient, si ce n'est pour moi, au moins pour quelqu'un d'autre, quelque chose d'effroyable et d'absolument redoutable.


lundi 29 janvier 2018

Suis-je condamné à être libre ?

Suis-je condamné à être libre ? Cette question contradictoire nous permettra de nous rapprocher d'un des philosophes que j'ai le plus apprécié lorsque j'ai découvert la philosophie : Jean-Paul Sartre. Le philosophe français affirmait que l'homme était "condamné à être libre". L'affirmation sonne d'autant plus paradoxale que la liberté est par excellence l'opposé absolu de la condamnation. Est libre celui qui n'est soumis à rien, dont la volonté n'est pas obstruée, éteinte ou étouffée par quelqu'un ou quelque chose d'extérieur. Ce qui, par conséquent, fait de la liberté un idéal d'accomplissement dans la mesure où être libre consiste justement en la possibilité de suivre sa volonté sans aucune contrainte. La condamnation se présente quant à elle, plutôt comme l'influence d'une force extérieure sur la volonté ; je suis condamné à partir du moment où, quoique je veuille, les choses sont décidées par une force qui me dépasse, de sorte que ma volonté n'a plus aucune autorité. Comment alors Jean-Paul Sartre, peut-il, avec autant de facilité, mêler ces deux concepts opposés sans faire un contresens ?

Résultat de recherche d'images pour "condamné à être libre"Il faut, dans un premier temps connaître les piliers de la philosophie Sartrienne. Pour lui, l'homme arrive sur terre en tant que néant, c'est-à-dire sans définition, sans rien qui ne puisse, à sa naissance dire ce qu'il est ni ne sera. Cette idée est condensée dans la célèbre affirmation du philosophe qui dit que "l'existence précède l'essence". Affirmation qui suppose dans un premier temps que Dieu n'existe pas, puisque, selon l'auteur, si Dieu existe, alors l'homme a une définition, un rôle prédéfini à la naissance. Il ne peut donc pas être libre puisque Dieu lui a tracé par avance un certain destin. Or, si l'existence précède l'essence, l'homme n'a pas de destin à la naissance, il n'est ni bon ni mauvais, ni ceci, ni cela. En effet, l'essence, c'est ce qu'on ne peut pas retirer à une chose, au risque de la dénaturer, d'en faire autre chose que ce qu'elle est. Par exemple, l'essence de la télévision, ce serait son écran, car sans un écran, il ne s'agirait plus tout à fait d'une télévision. Or, explique Sartre, si je me rends à l'accouchement d'une femme, voit son bébé naître, je n'ai absolument aucun élément qui m'aiderait à dire ce qu'il sera, puisqu'il n'a pas encore été plongé dans le monde, il n'a pas encore fait de choix. 

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Jean-Paul Sartre
En s'opposant à l'idée qu'un Dieu ait "conçu" l'homme puis l'ait fait exister par la suite, afin qu'il réalise ce pour quoi il a été conçu, Jean-Paul Sartre fait reposer sur lui toute la responsabilité de sa propre existence. Ce qui est spécial cependant avec le discours de l'auteur français, c'est qu'il parvient à transformer cet idéal positif qu'est la liberté en réalité effrayante. Il est vrai qu'il paraît bien plus difficile de vivre en sachant que Dieu est là pour juger les actes humains, de s’efforcer d'agir en suivant ce que réclame sa volonté, de tout faire pour ne pas fauter, que de vivre en sachant que quoiqu'il arrive, on sera le seul à pouvoir répondre de ses propres actes. Or, répondre de ses actes, signifie aussi pouvoir être reconnu pour ces derniers en tant qu'un certain modèle de l'être humain, puisque les actes sont des façons pour l'individu d'exprimer sa vision de ce que doit être un homme. L'homme qui agit en faveur d’œuvres caritatives, considère donc en son for intérieur que tout homme devrait agir de cette façon, et ainsi définit l'homme à son image. L’assassin aussi, par conséquent, en agissant comme tel, définit l'homme en général comme un assassin. Les conséquences ne sont pas des moindres, puisque cela signifie qu'à chaque fois que l'on agit, on est responsable de ce que les actes que l'on commet disent de l'homme, de la façon dont ils le définissent. On est donc responsables à la fois de soi et des autres, de ce que ses actes disent de soi, et des autres. Quelle insoutenable responsabilité!

On peut alors se demander comment cela peut-être possible d'être libre, totalement libre, tant il y a de choses qui nous déterminent à agir d'une certaine façon plus que d'une autre. Sartre dit que nous sommes certes conditionnés par des forces extérieures, mais pas déterminés par celles-ci. L'homme est par exemple conditionné par son sexe, son salaire, sa classe etc.. Et tous ces éléments, placent son existence au cœur d'une "situation". La situation pourrait-être définie comme l'environnement dans lequel s'exprime la liberté. Pour Sartre, on est libre, peu importe la situation dans laquelle on se trouve. C'est-à-dire que même menacé avec un fusil sur la tête, obligé à dénoncer un camarade sous peine d'être tué, l'homme est libre de choisir, même si le supplice de la mort constitue une pression insupportable. Dans cette situation, si l'homme choisit de dénoncer pour rester en vie, il ne pourra pas prétendre que c'est le risque de mourir qui lui a fait faire ce choix, puisqu'il aurait tout à fait pu choisir d'être tué plutôt que de dénoncer. Au contraire, c'est même cette situation de danger qui a mis en évidence encore plus que d'habitude, la liberté de l'homme concerné.

En observant attentivement, on voit que la définition préalable que l'on donnait à la liberté n'est plus ce qu'elle était. Du moins, on comprend rapidement que la liberté n'est pas positive au sens où elle ouvre la porte des possibles, mais qu'elle fait plutôt peser sur l'homme, la responsabilité de ses actes, qu'il le veuille ou non, situation difficile ou non. C'est pourquoi Sartre nous dit qu'il s'agit d'une condamnation et non d'un choix. En fait, dit Sartre, je suis une liberté qui choisit, mais je ne choisis pas d'être libre : je suis condamné à la liberté. Et ce, aussi longtemps que je serai vivant, en prison ou pas, dépassé par mes passions, par les situations ou pas, mes actes définiront toujours l'homme que je suis. Mais la condamnation ne repose pas seulement sur le fait que je ne puisse pas échapper à ma liberté, mais également sur le fait que, dès le départ, je ne choisisse pas d'exister et que je ne me fasse pas exister moi-même. Par conséquent, non-seulement je n'ai pas choisi de venir au monde, mais en outre, je suis condamné à m'y définir par mes choix, condamné à choisir quel homme je serai dans cette vie que je n'ai pourtant pas choisi de vivre. Seul un Dieu transcendant, venant donner un sens à ma venue sur Terre pourrait supprimer cette absurdité absolue, mais pour Sartre, ce compromis n'est pas discutable.

Ainsi, pour l'auteur l'homme existe d'abord et se définit ensuite, c'est-à-dire à sa mort, car tant qu'il est vivant, il est susceptible de devenir autre que ce qu'il est, grâce à la liberté à laquelle il est condamné.


mardi 23 janvier 2018

La femme noire, un amour perdu en reconquête

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Lupita Nyong'o
Le temps qu'il m'a fallu pour apprendre à apprécier la beauté de la femme noire n'a d'égal que le travail qui est entretenu depuis notre tendre enfance et qui a pour effet de la rabaisser non seulement elle, mais aussi l'homme noir de façon générale. Les plaisanteries discriminantes, les comparaisons aux singes, les moqueries sur la taille et la forme du nez . Tous ces éléments ne font partie que de la discrimination active qui a été exercée sur nous. C'est-à-dire le racisme brut, sans volonté quelconque de dissimulation. 

La discrimination passive quant à elle, consistait en la mise en valeur perpétuelle, dans la publicité, d'un certain idéal blanc au sens épidermique et capillaire. Les cheveux lisses comme idéal capillaire, puisque les meilleurs produits n'étaient conçus que pour ceux-là, et la peau blanche comme idéal épidermique, pour la même raison. Je ne dis pas que ces publicités étaient, par essence, diffusées pour faire passer un message discriminant, mais plutôt qu'elles diffusaient ce message de façon subliminale, et sans forcément que cela ne soit voulu. 

Sans jamais affirmer quoique ce soit, elles formataient les esprits. Et les séries également, en mettant en valeur un certain mode de vie, un idéal de romance en valeur plus qu'un autre, faisaient le même travail. À tel point que certaines personnes de couleur, pas nécessairement par volonté d'imiter cette tendance, mais plutôt parce que leur vision du réel avait été modifiée, sont devenues comme insensibles à la beauté de leurs semblables. Ainsi il ne m'est pas rare d'entendre : "les femmes noires me dégoûtent", "ce sont des hommes", "elles ont mauvais caractère", ou encore "les cheveux crépus ont un aspect sauvage, animal". Ces mots, ce sont ceux que les publicités et les séries diffusées à longueur de journée n'avaient pas prononcé. C'est pourquoi je qualifie leur discrimination de passive et non d'active. 

Lorsque que j'ai pris conscience de la valeur que portait notre différence, je suis progressivement retombé amoureux de la femme noire. Ses cheveux crépus, ses lèvres exagérément pulpeuses, son caractère bien souvent trempé, et son amour inconditionnel, lorsqu'il existe, pour son être, ses enfants et ses autres semblables. 

Beaucoup ne comprendront qu'à moitié ce que j'écris, en se disant que j'exagère et que mon discours est paranoïaque, mais sachez qu'en ce moment même aux États-Unis, beaucoup de producteurs noirs notamment, rencontrent des difficultés à faire diffuser leurs films pour la seule raison que leur casting n'intègre pas assez de diversité. Ou, pour être plus clair : parce qu'il n'y a pas assez de blancs dans leurs films. Si les gens sont capables de penser que l'absence de diversité est une chose négative pour un simple film, comment ont-ils pu fermer les yeux pendant des années pour des publicités ?

La communauté noire doit agir en soutenant les films de ces producteurs, en allant les voir. Non pas pour renforcer la discrimination mais pour montrer que d'autres idéaux, que d'autres mondes encore inconnus et possibles existent sous notre peau d'ébène.

samedi 13 janvier 2018

Les dérives de l'anti-racisme en France

On entend de plus en plus ces derniers temps, en regardant les informations, les débats, les opinions populaires, que la France souffre d'un repli communautaire important. Autrement dit, certaines des nombreuses communautés étrangères qui composent le pays cosmopolite qu'est la France, ne se reconnaissent plus, ou du moins, semblent se marginaliser par rapport à ce que nous devrions appeler notre Nation. Psychanalystes, psychologues, philosophes et autres intellectuels s'interrogent en direct ou dans des livres plus ou moins partiaux sur les causes et les fondements de ce phénomène. 

Résultat de recherche d'images pour "griezmann blackface"J'ai beaucoup de mal ces derniers temps avec les intellectuels, les personnages publics ou encore les sportifs qui jugent certaines affaires, pour la raison qu'ils ne vivent pas la réalité du problème qu'ils traitent sur le terrain. Surtout lorsqu'il s'agit de racisme, c'est très compliqué d'accepter que quelqu’un d’une autre communauté dicte l'attitude que la communauté affectée doit ou devrait avoir face à un fait indignant. C'est ce qui, je pense a crée une division sur les réseaux sociaux et dans les médias pour les personnes à qui on a demandé l'avis sur l'affaire Antoine Griezmann notamment. En effet, il y a trois semaines, le footballeur partageait sur le réseau social Instagram, une photo de lui déguisé à l’occasion d'une soirée à thème, en joueur des Harlem Globe Trotters, une équipe d’athlètes acrobates noirs, connue pour ses spectacles et ses acrobaties spectaculaires en Basketball. Aucun problème ne se serait présenté si le joueur s'était contenté de porter la tenue officielle de l'équipe. Seulement, l'international Français a choisi d'aller jusqu'au bout de son déguisement en se grimant la peau en noir, de la tête aux pieds. Or, cette pratique est rattachée à un mouvement du XXe siècle (qui a débuté bien avant) aux Etats-Unis : le BlackFace, qui consistait en ce qu'un individu blanc se peigne la peau en noir pour imiter de façon humiliante les hommes noirs. Les caricatures faites déguisé de la sorte étaient à portée raciste, en adéquation avec la mentalité de l'époque. Même si cette pratique n'est plus répandue de nos jours, il est arrivé plusieurs fois que des personnalités populaires se griment la peau en noir, de la France aux Etats-Unis. Et il est important de noter que le geste a toujours été accueillit négativement. 

En France, suite au BlackFace de Griezmann, trois "écoles" se sont opposées : d'un premier côté, les personnes de la communauté noire française considérant que l'acte de Griezmann était raciste, mais pas l'individu et pour qui la suppression de la photo était nécessaire puisque déplacée. D'un second côté, on avait les personnes qui considéraient que parce que Griezmann avait agit de la sorte, il était raciste sans discussion possible. Enfin, on avait les personnes qui considéraient la réaction de la communauté noire était exagérée, du fait qu'il était évident que le joueur voulait simplement rendre un hommage en tant que fan, et qu'il avait des "amis noirs". 

De ces trois écoles, deux proposent des visions dérangeantes. La première étant celle qui juge que Griezmann est raciste par son acte. En effet, il n'est pas besoin d'être un ami proche du joueur pour savoir qu'il n'est pas raciste. Un acte, et surtout dans la situation que nous traitons n'est pas suffisant pour juger de la nature définitive d'un homme. Ce n'est pas parce qu'on tue qu'on est un assassin tout comme ce n'est pas parce qu'on joue au football qu'on est footballeur. L'international Français s'est excusé pour son geste, et a reconnu avoir été maladroit. C'est déjà assez noble pour le signaler. Un manque de connaissance de l'aspect historique oui, mais du racisme non. Ainsi par l'histoire qui est rattachée à la pratique du grimage, l'acte de Griezmann est raciste sans que ce dernier ne le soit. 

La seconde école à la vision dérangeante est celle qui considère la réaction de la communauté noire exagérée. Et, encore plus problématique est de constater que c'est une majeure partie de la communauté blanche qui s'y est opposée. Dans le monde, beaucoup de peuples ont subis des choses qui ont été classifiées ou non, ou encore plus ou moins, comme des crimes contre l'humanité. L'esclavage et la ségrégation font partie des sévices historiques que les personnes noires portent en elles. De la même façon que l'extermination des Juifs, Tziganes et autres peuples visés à l'époque par les Nazis restera à jamais marquée dans les esprits des générations à suivre. Ce qui est dérangeant lorsque des individus hors de ces communautés ayant subis l'oppression interfèrent dans une contestation, c'est leur illégitimité à juger du fait. Puis-je par exemple, en tant qu'homme noir, me permettre d'évaluer la réaction d'un petit-fils de déporté torturé et tué, comme exagérée face à une blague de mauvais goût sur la déportation ? Il est évident que non puisque jamais je ne pourrai ressentir ce qu'il ressent. Agir ainsi, serait déplacé voire audacieux.

Ce que je reproche actuellement en France, c'est le racisme dissimulé des personnes qui, au travers l'idée que la communauté noire abuse dans sa réactivité, diffusent en vérité une haine profonde pour elle. J'ai lu des choses et en ai vu, qui m'ont prouvé que des personnes souhaiteraient que la communauté noire se taise, non-pas pour éviter les divisions et le communautarisme, mais parce qu'elles ne considèrent pas que cette communauté a le droit à la parole puisqu'elle n'est déjà pas tout à fait à sa place en France. De l'anti-racisme et l'anti-communautarisme, nous passons à des attaques racistes dissimulées. Exactement comme ceux qui disent n'avoir aucun grief avec la communauté musulmane mais luttent secrètement pour que le voile disparaisse. Et, par ce genre d'articles et dans quelques commentaires sur les réseaux, c'est contre cette forme qui figure parmi les plus fourbes qui soient, que je voudrais lutter. Un individu ne sachant pas ce que cela signifie de nos jours, à notre époque, d'être noir en France et dans d'autres parties du monde, ne peut pas juger les réactions de l'individu qui se sent insulté par des pratiques comme le BlackFace. Et ce principe devrait être intégré d'office sans nulle possibilité de remise en question.

On essaiera peut-être dans un article futur, de traiter encore plus en profondeur de ce courant de pensées racistes tenues secrètes et révélées par des actes ou messages subliminaux en France. En attendant, il est peut-être utile de rappeler que l'on est en train de vivre une véritable révolution des mentalités dans le pays. La faute à la crise ? Qui sait ? La progression des votes pour le Front National lors des précédentes élections marque, je crois, l'entrée de la France dans une ère où les pensées vont tendre de plus en plus vers les extrêmes, et j'ajouterai même que l’extrémisme islamique n'est pas encore la plus inquiétante pour les jeunes français puisque ce n'est pas la radicalisation religieuse à l'heure actuelle, qui crée les divisions communautaires mais bien le racisme grandissant dans pays.   

samedi 4 novembre 2017

Arrière-monde(s)..

Je ne saurais expliquer ce sentiment qui me poursuit depuis tout petit. Ce sentiment qu’il manque encore quelque chose à cette vie pour que je sois totalement accompli. Comme si je savais que quelque part en ce monde, quelque chose pouvait satisfaire ce manque, mais sans que je ne me donne les moyens de l’atteindre. Et cette routine, cette vie que j’ai mené jusqu’à présent n’apparaît aujourd’hui à mes yeux plus que comme une remise au lendemain perpétuelle de mes propres rêves. 

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En effet, en y repensant, je ne vois toujours aucune logique au fait d’avoir poursuivi l’école tout en détestant y aller au-delà de l’idée de trouver un métier peu contraignant et un salaire attractif et subvenant à mes besoins puérils. Pourtant, j’ai toujours l’intime certitude que plus tard, même dans une situation économique convenable, cette cruelle impression de m’être trompé de voie continuera à me poursuivre. Et même durant les fous-rires les plus sincères, lorsque tout est terminé et que je me calme, cette pensée revient : « Que fais-tu encore là, Johan ? ».

La mort approche à grands pas, et j’ai comme l’impression de continuer à fuir ce monde dont je suis certain de l’existence mais qu’au fond, je refuse de trouver en préférant la routine à la prise de risque et à l’aventure. Le sens de ma vie est en train de s’écrire dans un monde où tout se répète, où le soleil se lève et se couche sur un planning bien déterminé, où l’on se lève tous les matins pour gagner son pain. Dans un monde dans lequel être en retard est signe de pénalités, où un être humain fait signer un contrat à un autre pour que sa vie lui soit dédiée cinq à sept jours dans la semaine, de huit heures du matin à dix-huit heures du soir.

Au fond de moi, je savais que ce n’était pas la liberté dont j’avais rêvé, mais je m’y suis tout de même jeté. De même, demain encore je me plaindrai d’entendre le réveil sonner et je méditerai cinq minutes dans mon lit pour finalement me dire « tu n’as pas le choix, il faut y aller ». Et cette phrase, je crois, au même titre que les contrats, est l’arme que nous pointons sur nous-mêmes pour nous efforcer de vivre une vie que nous souhaiterons, comme nos parents, que nos enfants n’aient pas à vivre, comme dans un cycle éternel de répétition.

Quelque part au milieu de ce cycle, se dissimule la mort, prête à m’emporter et à me transformer en un simple souvenir pour les vivants. Lorsque j’y pense, je n’ai de cesse de me demander à quoi bon vivre cette vie si pénible, juste pour ne pas mourir en étant souffrant. Comme si on se levait chaque matin pour « mourir décemment ». J’aimerais simplement qu’il y ait un autre monde, qui fasse que la vie vaille la peine d’être vécue. Et dans tous les moments de tristesse, je suis persuadé qu’il existe.

Est-ce à chaque homme de se démener, de cesser de faire tout ce qu’il fait pour atteindre cette réalité idéale ? Ou alors, faut-il au contraire, trouver un moyen pour l’inventer ? N’est-ce pas là finalement toute la problématique de l’existence que nous exposons, là, sur une table ? Le monde auquel nous aspirons est-il donné, dissimulé quelque part dans l’Etre, ou est-il à créer à partir de ce que nous avons déjà ? 

J’aime l’idée qu’il faille le construire soi-même, mais je la déteste également en ce que la mort devient un obstacle, une incertitude pour l’accomplissement de ce projet. J’aime également l’idée qu’il faille le chercher, mais je la déteste du fait que la mort puisse mettre fin à cette quête sans que l’on puisse obtenir de réponse. A force d’y réfléchir, et voyant que la mort était sans cesse celle qui revenait au centre du problème, j’ai fini par me demander si finalement, ce n’était pas elle la clé de l’énigme depuis le début. 

mercredi 23 novembre 2016

L'esprit est-il un habitant du corps ?

L’esprit est un concept si complexe qu’on en a trouvé des définitions plus ou moins différentes à travers le temps et l’histoire de la philosophie. Sa complexité est encore existante de nos jours puisque parfois même, l’on constate que l’on utilise plusieurs mots pour parler d’une même chose. Personnellement, j’ai toujours perçu le terme « esprit » comme le mot religieux pour parler de « la conscience ». 
Religieusement, l’esprit est vu, au même titre que le corps, comme une création de Dieu. La seule différence étant qu’ils bénéficient tous deux de statuts différents face au Créateur. En effet, l’esprit est religieusement l’être qui emprunte un corps éphémère. Le corps, lui, n’est qu’accessoire : pure chaire périssable et voué à la finitude tandis que l’esprit est appelé à la vie éternelle selon l’usage fait du corps sur Terre. 
Mais cette vision de l’esprit doit nécessairement être dépassée si l’on veut définir la chose concrètement. Je disais plus haut que l’on utilisait parfois plusieurs termes différents pour parler d’une même chose, et preuve en est : au fil du temps, on est passé de l’âme à la conscience. Le terme « âme » ayant une connotation plutôt religieuse et ayant beaucoup été utilisé dans la philosophie de Descartes. De nos jours, on parle même d’ « intelligence ». Or, le terme « conscience » est à mes yeux le plus approprié pour parler de l’âme ou de l’esprit pour certains. « Conscience » est un terme issu du latin « Con scientia » qui signifie plus précisément « avec savoir ». Il en résulte qu’être esprit, c’est entretenir un rapport de connaissance avec les choses. Autrement dit, avoir un retour sur ses actes et sur ce qui se produit et existe dans l’environnement.
Si je préfère le terme conscience à celui d’âme ou d’esprit, c’est tout simplement parce que comme Jean-Paul Sartre, je pense qu’il y a un lien étroit entre l’esprit et le corps. Parler de conscience, c’est prendre en compte le besoin de ce qu’on appelle « esprit », de se développer dans un environnement. Cela revient à dire que la conscience n’habite pas simplement le corps mais le fait exister, parce qu’elle permet à l’être humain de savoir qu’il a un corps qu’il peut utiliser. La conscience est ce qui fait que les choses sont ce qu’elles sont. Aussi étrange que cela puisse paraître, il faut se demander ce que serait un arbre si l’on ne lui avait pas donné ce nom, ou encore s’il n’y avait pas d’homme pour le percevoir. Non pas que le monde n’existerait pas sans l’homme, mais que sans l’homme, il n’aurait pas même un nom. Il n’existerait pour personne, même pas lui-même car il est dénué d’esprit. 
De la même façon, on peut se demander ce que serait l’esprit en dehors de son corps : aurait-il quoique ce soit à connaître ? C’est que la fonction du corps, est d’entretenir la connexion entre le monde extérieur et l’esprit. Et c’est lorsque cette connexion est assurée que l’esprit devient effectivement « conscience ». 
C’est ainsi que je définirais donc l’esprit : une conscience dénuée de corps. Et à l'inverse, la conscience : un esprit disposant d’un corps le mettant en relation avec le monde. Il n’existe certes aucun moyen de prouver que l’esprit est caché dans le corps mais il sera toujours vrai qu’un être conscient est un être qui sait qu’il est vivant et que le monde l’entoure. De sorte qu’être mort revient à être coupé de la connexion nous reliant au monde par le corps : une mort cérébrale n’est rien d’autre que cela. 

vendredi 18 novembre 2016

Quand la mort engendre la foi.

La mort génère tant de souffrance et de surprise lorsqu’elle apparaît brusquement, que l’être humain, dans la crainte qu’il ressent vis-à-vis d’elle, met inconsciemment en place des moyens pour se donner l’impression qu’il la maîtrise. Nous perdons un proche, une connaissance, ou quelqu’un que nous côtoyions très peu mais assez souvent pour ressentir l’émotion provoquée par le choc de sa disparition, et tout de suite, notre corps tout entier se met à trembler et à nous faire penser. Nous nous disons « je pressentais qu’un drame allait se produire ».

Cette attitude est un aveu d’impuissance face à un événement qui, justement, ne nous touche et nous affaiblit que dans la mesure où nous ne pouvons pas décider de son apparition. Nous ne luttons pas seulement contre la mort, mais contre la méconnaissance. Que quelqu’un soit mort ne signifie pas simplement que nous ne nous reverrons plus, mais aussi que nous sommes condamnés à vivre en nous demandant si cette personne existe encore quelque part : en tant qu’esprit ou présence. Dans l’ignorance totale, nous nous mettons à l’idéaliser, à dire du bien d’elle en oubliant ce qu’il y aurait à dire de plus négatif à son propos. Parce que transformer les morts en anges est un moyen efficace pour lutter contre l’absurdité de la vie.

Nous voudrions qu’ils existent encore même dans une réalité différente de la nôtre, aussi leur souhaitons-nous un éternel repos et que cette vie éphémère que nous expérimentons ne soit qu’un passage menant à notre véritable place. Parce que la mort est la seule blessure pouvant mener à une foi absolue en Dieu.