jeudi 3 janvier 2019

Peut-on faire confiance aux témoignages d'amour?

La confiance désigne de façon générale, l'absence de crainte que nous inspire une chose ou quelqu'un. Faire confiance à quelqu'un, c'est être certain qu'il ne fera rien qui pourrait nous causer du tort. En d'autres termes, accorder de la crédibilité à une de ses promesses ou un de ses geste. Un témoignage, quant à lui, est un discours, ou, dans le sens qui est le notre, peut être interprété comme un ensemble d'actions mimant une réalité quelconque. En effet, "témoigner" de quelque chose, c'est donner l'air de quelque chose. Si je dis des actes de quelqu'un qu'ils témoignent de son affection pour moi, cela signifie que la façon dont il se comporte avec moi me prouve, ou du moins, me donne l'impression qu'il a de l'affection pour moi.
Seulement, comme on peut le remarquer, il y a au cœur de ces deux termes : confiance et témoignage, ce qu'on appelle de l'incertitude. Car en effet, faire confiance c'est interpréter, et témoigner c'est également interpréter, ou plutôt, jouer un rôle. Or, de façon générale, nous avons tendance à considérer que l'amour est visible au travers de "preuves d'amour", c'est-à-dire de gestes affectifs, qui nous font plaisir et nous donnent l'impression d'être aimés.
Mais si le témoignage est susceptible d'être faux, et que la confiance est susceptible d'être basée sur des mensonges, peut-on alors faire confiance aux témoignages d'amour sans se tromper ?
La nature de l'homme n'est-elle justement pas changeante au point qu'il faille supposer qu'il est absurde de se fier à quelconque témoignage d'amour humain?
L'amour ne consisterait-t-il pas alors en la faculté à accepter l'incertitude ?

Ce sujet est traité par Nietzsche dans un fabuleux texte extrait de son livre tout aussi fabuleux intitulé Humain, trop humain:

« On peut promettre des actes, mais non des sentiments ; car ceux-ci sont involontaires. Qui promet à l’autre de l’aimer toujours, ou de le haïr toujours ou de lui être toujours fidèle promet quelque chose qui n’est pas en son pouvoir ; ce qu’il peut pourtant promettre, ce sont des actes qui sont d’ordinaire, sans doute des suites de l’amour, de la haine, de la fidélité, mais peuvent aussi bien découler d’autres motifs, car les motifs et les voies sont multiples qui mènent à un même acte (1). La promesse de toujours aimer quelqu’un signifie donc : aussi longtemps que je t’aimerai, je te le témoignerai par des actes d’amour ; si je ne t’aime plus, tu n’en continueras pas moins à être de ma part l’objet des mêmes actes, quoique pour d’autres motifs. De sorte qu’il persistera dans la tête de nos semblables l’illusion que l’amour demeure inchangé et pareil à lui-même. – On promet donc la continuité des apparences de l’amour lorsque, sans s’aveugler soi-même, on jure à quelqu’un un éternel amour. »
                      Friedrich Nietzsche - Humain, trop humain
(1) Nietzsche veut dire ici qu’un même acte peut être provoqué par des raisons et des motivations humaines complètement différentes.


Nietzsche part du principe que contrairement aux actes, les sentiments sont involontaires. Autrement dit, si on peut volontairement agir de façon galante par exemple, en offrant des fleurs à sa bien-aimée, on ne peut cependant pas volontairement décider de ne plus l'aimer. Car le sentiment n'est pas une action, au sens où, du jour au lendemain, on pourrait décider d'aimer une personne ou de mettre fin aux sentiments que l'on ressent pour elle. Les sentiments sont vécus et non sollicités ou crées. C'est ainsi que l'auteur arrive à la conclusion que : « Qui promet à l’autre de l’aimer toujours ou de le haïr toujours ou de lui être toujours fidèle promet quelque chose qui n’est pas en son pouvoir ».

Or, c'est justement le fait que l'on puisse agir comme on le souhaite qui semble rendre impossible une quelconque cohérence dans la promesse que l'on fait à quelqu'un de toujours l'aimer. Il est impossible de pénétrer dans l'esprit d'un être pour vérifier si ses sentiments sont toujours les mêmes qu'à une certaine époque. Il ne reste alors que les gestes pour nous donner une idée de ce que la personne ressent. Mais se pose dès lors le problème de savoir si ces gestes : des fleurs offertes, des attentions, des sacrifices, des mots et autres, sont de véritables reflets des sentiments de la personne qui agit. Nietzsche a bien saisi ce problème, et démontre ainsi dans son texte que les actes peuvent recouvrir des sentiments différents de ceux dont ils semblent témoigner, dans la mesure où l'on peut choisir délibérément, bien que n'aimant plus une personne, d'agir exactement de la même façon que lorsqu'on l'aimait autrefois.

Peut-on alors, métaphysiquement, promettre à quelqu'un de l'aimer éternellement ? Il semble que cela soit impossible. Le problème qui se pose est celui de l'intérêt d'avouer ses sentiments à quelqu'un alors que l'on ne sera pas responsable de la disparition éventuelle de ces derniers. La conséquence qu'en tire Nietzsche, c'est qu'il faut promettre l'éternité des actes amoureux et non celle de l'amour en lui-même. En d'autres termes, il s'agirait de promettre de se comporter comme un homme amoureux au-delà de nos sentiments et sans cesse agir de sorte à laisser penser à autrui que nos sentiments sont toujours les mêmes alors même qu'ils ne le sont plus. C'est ce qu'explique l'auteur lorsqu'il dit : « On promet donc la continuité des apparences de l'amour lorsque, sans s'aveugler soi-même, on jure à quelqu'un un éternel amour.» 

Il reste peut-être une dernière possibilité que Nietzsche n'a pas étudié. Cette possibilité, je pourrais la résumer en une question : peut-il y avoir de l'amour sans incertitude ? N'est-ce pas ce petit grain d'incertitude, même par-delà les actes de l'être aimé qui renforce le caractère si spécial de ce sentiment ? Je crois qu'en plus de l'intérêt de se poser cette question, il est important de saisir que l'amour d'une chose ne repose que sur une incertitude. Prenons l'exemple de la philosophie qui se décompose du grec en "philein", qui signifie "aimer" et "chercher", et en "sophia" qui désigne la connaissance, le savoir et la sagesse. En interprétant cette étymologie au sens brut, on comprend qu'avant d'être une personne qui détient la vérité ou le savoir, comme on le pense généralement, le philosophe est avant tout quelqu'un qui est à la recherche de ces éléments et qui aime cette recherche. Ce qui signifie en même temps qu'il ne serait plus tout à fait philosophe si il détenait déjà l'objet de sa recherche. Ainsi, la forme d'amour que représente la philosophie, ne trouverait-elle entière satisfaction que dans la possibilité de recherche.  

L'enseignement qu'il faut tirer de cette analyse, c'est qu'il est possible qu'en réalité, l'amour ne puisse être sincère que dans la mesure où la certitude de sa longévité reste inaccessible. Serions-nous réellement amoureux si nous avions la possibilité d'être certains qu'autrui nous aimera éternellement ? Je crois que pour que le sentiment soit pur et que le désir puisse subsister, il est essentiel que nous ayons conscience qu'un jour, notre partenaire peut nous abandonner, ne plus ressentir ce qu'il ressent actuellement et nous mentir, car c'est le risque que nous choisissons de prendre en nous engageant. Et par conséquent, il est possible de conclure en disant qu'il faut faire confiance aux témoignages d'amour lorsqu'on accepte de prendre le risque d'être un jour trompé et blessé. Car l'amour est justement la confiance que l'on donne à l'incertitude.

dimanche 13 mai 2018

La souffrance étouffée des hommes de la classe moyenne

Le sujet de cet article me tient à cœur car j'en rumine le contenu et les idées depuis assez longtemps. Cette réflexion parle de moi et de mes semblables de la classe moyenne qui vivent la même chose.

Lorsque l'on est issu de la classe moyenne, tout se passe comme si l'avenir était incertain. On est ni trop pauvre ni trop riche. On se situe simplement au cœur de la lutte pour la survie sociale avec une propension à l'échec bien plus élevée et forte que les perspectives de réussite. Dans toute cette agitation, c'est du sort des hommes et non des femmes dont je voudrais parler. Il y a, je crois, une réalité pour l'individu masculin de la classe moyenne dont on ne rend pas assez compte. Je veux parler de ce qui repose sur les épaules de cet individu sous prétexte qu'il est un homme et que ces derniers ont les épaules censées supporter n'importe quelle charge et à n'importe quel prix. 

Ce sont les mœurs qui ont apporté cette tradition cruelle qui veut que les hommes ne servent qu'à rapporter de l'argent au foyer et qui les bannissent et les excluent aussitôt qu'ils ne représentent plus aucune ressource financière. « Tu es un homme et tu dois nourrir ta famille », voilà ce que nous apprennent les traditions de la classe moyenne. Et ce n'est pas tant le fait de placer les hommes au cœur des responsabilités que je dénonce mais ce refus d'accorder au genre masculin le droit d'avoir des sentiments et des souffrances, qui en découle. Car en effet, je crois que l'inconscient collectif vis-à-vis de la charge qui pèse sur l'individu masculin s'est installée en ce dernier même. Les hommes sont devenus froids, non pas par nature mais parce que leur éducation est telle qu'ils ont fini par croire qu'il était « normal » pour eux d'ignorer ce qui leur fait mal, de ne rien dire lorsqu'ils n'en peuvent plus. Et cette réalité, beaucoup de femmes l'occultent. 

Aussitôt qu'un homme dit être à bout de souffle, on lui reproche sa faiblesse, son manque de courage et on remet en question sa masculinité. Tout se passe comme si le destin des hommes était par avance tracé et qu'ils n'avaient pas le droit, eux aussi, de prendre le risque de suivre leurs rêves. Lorsque j'ai voulu poursuivre des études de philosophie et que mon rêve de devenir écrivain était à son comble, je ne compte pas le nombre de personnes qui me rétorquaient que les livres n'apportaient rien et ne « remplissaient pas le frigo », exactement comme si ma vie ne devait servir qu'à cela : remplir le frigo, faire des gosses, les nourrir puis mourir. Les hommes doivent très vite produire de l'argent au détriment de ce qu'ils ressentent. Certaines femmes tournent le dos aux hommes qui ont des projets sans argent mais sont présentes lorsque ces projets finissent par payer. Les pères de famille favorisent bien souvent celui de leurs fils qui rapporte le plus d'argent à la maison. Mais quelle est donc la place de celui qui rêve et qui a le courage de s'imaginer un autre destin ?

Les généralités du monde nous laissent croire qu'il n'y a que les femmes qui mènent la vie la plus complexe entre harcèlement, maternité, sexisme et inégalités mais les hommes aussi ont le droit à leur combat. On n'aime simplement pas en parler car la société nous a habitué à garder le silence et à trouver la souffrance masculine répugnante. Si les femmes sont injustement jugées à la taille de leurs attributs sexuels, les hommes eux sont jugées à la quantité d'argent qu'ils rapportent. J'en veux à la société de tourner le dos et de refuser de soutenir ces hommes qui veulent également penser à eux : ne pas se lever tous les matins pour faire ce boulot destructeur physiquement et mentalement simplement parce qu'ils ont une famille à fonder puis à nourrir. J'en veux à cette société de croire que les artistes masculins sont nés avec la richesse que produit leur talent, alors qu'ils ont bien souvent soufferts du mépris des autres lorsqu'ils ne leur apportaient rien. Les hommes ont eux aussi le droit aux rêves, aux larmes et à la joie. 


samedi 12 mai 2018

Etre ou ne pas être

Le désir, de quelque nature fusse-t-il, me rapproche d'autrui mais m'éloigne de moi-même. Chaque pas que je fais pour aller vers l'altérité en général, m'éloigne de ce qui me définit. Parce que pour accepter la différence, je dois nécessairement faire taire en moi ce qui pourrait constituer une barrière et m'empêcher de nouer des liens, de découvrir et me rapprocher. 
Aussitôt que je me rapproche de ce qui est différent, je m'éloigne subrepticement de mes valeurs, de ce qui constitue cette chimère que l'on appelle "personnalité". Si bien qu'en réalité, l'altérité représente le seul chemin possible vers une autre version de moi-même, au prix de l'oubli de ce que j'ai été. Chaque habitude et chaque mécanisme qui régissaient jadis, mon être, une fois estompés, me font renaître comme quelqu'un de nouveau. De sorte qu'en m'éloignant de ce j'ai pu être par le passé, je me rapproche d'une version encore inconnue de moi-même. C'est là même le principe de la religion : se rapprocher d'une autre version de soi-même au sacrifice de ce qui fut, jadis, sa propre identité. 
Maurice Merleau-Ponty
Le secret de cette dialectique, si on la prend au sens brut, c'est d'échanger sa vie avec ce qui est étranger à soi. Ou encore, laisser ce qui est autre, prendre possession de soi. Pour que le professeur puisse me transmettre le savoir, je dois m'abandonner à son enseignement, lui prêter mon attention et ainsi, pendant toute la durée du cours : cesser d'être. Maurice Merleau-Ponty, dans Sens et Non Sens, écrivait justement : "chaque chose n'affirme son être qu'en me dépossédant du mien". Aussi, pour faire un peu de place à l'existence de l'autre, je dois faire un tant soit peu, abstraction de la mienne.

mercredi 9 mai 2018

La conscience par Descartes - Introduction au thème du « moi »

René Descartes
Introduction à la problématique : 
   
Etre conscient signifie pour l'homme pouvoir se penser lui-même, avoir un certain regard sur lui-même. Grâce à cette faculté, on ne peut plus considérer l'homme comme un «objet», c'est à dire quelque chose qui n'a pas conscience d'être. Puisque l'homme, grâce à sa conscience, devient justement l'être qui, par excellence, va pouvoir s'interroger sur les objets, s'interroger sur le monde qui l'entoure. On peut donc définir la conscience comme une distance, un creux qui sépare l'homme du monde, tout en le mettant en relation avec ce dernier. Le premier réflexe en philosophie, c'est de s'interroger sur la valeur de la conscience, c'est-à-dire sur ce qu'elle implique et ce qu'il faut en tirer, mais aussi sur ce qu'elle est tout simplement : un fait, une substance ? Etre conscient ne signifie pas seulement avoir conscience de soi-même et du monde, mais aussi avoir conscience de l'impact de ses propres agissements sur le monde. Or, dès lors qu'on est conscient de ses propres actes, on en devient «responsable», c'est-à-dire qu'on en est l'auteur et qu'il devient possible d'en être jugé ou condamné. 

Ce que pense Descartes : 

  On ne peut pas douter de la conscience que l'on a d'exister. Descartes nous apprend que la conscience de soi est une certitude absolue. Dans sa démarche du doute méthodique, il parvient en effet à la certitude de l'existence de la conscience qu'il appelle : «cogito». Selon lui, on peut douter de tout, jusqu'à l'existence de son propre corps, mais on ne peut pas douter de cette chose qui fait justement que l'on doute. Autrement dit, on peut douter de tout, mais on ne peut pas douter du fait que l'on doute, car ce doute est une pensée. Pour qu'une chose soit réelle ou fausse, il faut donc présupposer que son point de départ soit quant à lui absolument vrai. On ne peut donc pas douter du fait que l'on existe. 

Ouverture sur une autre problématique : 

   Mais l'important dans la réflexion sur la conscience, c'est de ne pas confondre conscience de soi et connaissance de soi. En effet, avoir conscience de soi, c'est savoir que l'on existe et savoir que le monde est, sans pour autant pouvoir se connaître dans l'absolu. Malgré sa conscience, on peut se tromper sur la nature de son propre être. Ce n'est pas parce qu'on est certain d'exister qu'on peut pour autant être certain de savoir qui on est. Descartes définissait la conscience comme une «substance», c'est-à-dire une chose dans le corps totalement distincte de la matière. La matière est une substance matérielle pour Descartes tandis que la conscience est une substance immatérielle. Toute l'interrogation qui aura suivi la théorie de Descartes consistera justement à se demander si en définissant la conscience comme une «chose» indépendante du monde, le philosophe français ne faisait pas une erreur, en oubliant l'impact du monde sur elle.




samedi 5 mai 2018

2000 - La fin d'une ère

Lauryn Hill
Comment ne pas être nostalgique du début des années 2000, lorsque l'on parle de musique ? J'aurais voulu que les générations actuelles puissent connaître cette époque si riche en termes de variété musicale. Ce fut clairement une époque durant laquelle les goûts musicaux n'existaient pas. Chacun était apte à apprécier et pouvait écouter des musiques de tout genre. 

On se contentait simplement de laisser tourner MCM ou TRACE TV en boucle tout l'été. Quelle époque formidable. Y repenser me rend nostalgique et me déçoit de l'univers musical d'aujourd'hui. Non pas parce que la musique serait moins bonne aujourd'hui mais parce qu'elle porte en elle, une sorte de snobisme, d'esprit de clan : une musique communautaire et sexualisée écrite pour un groupe social déterminé. 

L'un des plus grands exemples qui témoignent de ce changement réside dans le fait que, par le passé, il n'était pas aussi compliqué qu'aujourd'hui pour une femme noire au teint foncé voire très foncé (darkskin) de se faire un nom dans la musique. Et toutes celles qui étaient célèbres jadis sont entrées dans le registre de l'oubli (Lil Mama, Mary J. Blige, Missy Eliot). De la même façon, des artistes de tout horizon parvenaient à se faire un nom, même durant un laps de temps très court. Mais aujourd'hui, les mêmes parviennent à régner ou à avoir de l'audience simplement grâce à ce que dégage leur physique. Et surtout lorsque l'on parle d'artistes féminines noires en R'n'B, Rap ou Pop en général, il se fait de plus en plus dur de se faire un nom sans avoir la peau claire (lightskin). Et c'est ce qui, je crois, témoigne de l'altération de nos goûts et notre faculté à juger.  

J'ai connu cette belle époque où les hommes écoutaient Beyoncé aussi bien que La fouine mais tout est en train de disparaître au profit de l'image. Aujourd'hui, on est ce qu'on écoute car la musique est devenue communautaire et identitaire. Cette variété et cette indifférence qui m'ont permis d'apprécier Beyoncé, Kelly Rowland, Monica, Cassie, Mariah Carey, Lauryn Hill et j'en passe, sans être considéré comme un homme étrange n'est plus, et l'esprit musical également.



jeudi 19 avril 2018

Carpe Diem


Plus puissant que la beauté au sens physique, il y a le charme. Je n'ai jamais trouvé plus puissant élément que le charme. Qu'est-ce que le charme ? C'est un ensemble de qualités qui ressortent de l'attitude, de la façon d'être  d'une personne. Lorsque je parle de qualités, je sous-entend qu'elles n'existent que vis-à-vis d'une autre personne qui les perçoit. Car il n'y a de charme de la part d'une personne, que pour une autre. Ainsi, ce qui est source de charme pour une personne peut être source de répulsion pour une autre. Mais une chose reste certaine, c'est que ce qui fait le charme de chacun, est quelque chose de bien enfoui, de dissimulé au plus profond de lui. Et le charme ne se simule pas puisqu'il relève, au contraire, de ce qu'on ne peut pas cacher, même en y mettant toute sa volonté.  

Le charme, c'est la puissance qu'une personne dégage à son propre insu. Pour être plus clair : nul ne sait ce qui fait son propre charme jusqu'à ce qu'une autre personne, ne le lui fasse savoir. Et quand bien même il fût au courant, le jugement de la personne charmée reste beaucoup trop subjectif pour avoir un quelconque impact sur l'ego du charmeur. Une démarche , une façon d'appréhender une certaine situation, des attentions, une certaine timidité ou encore un caractère réservé, sont de nombreux éléments, qui, s'ils sont naturels, selon l'individu qui les appréhende, peuvent constituer une source d'admiration. Parmi tous ces éléments, rien ne relève de la beauté physique. Pourquoi ? Parce que l'influence du charme prime sur la beauté physique et influence même le jugement. C'est ce qui, dans la plupart des films à l'eau de rose, est représenté : le plus beau garçon pour toutes les filles, n'arrive jamais à séduire celle qui l'ignore car celle-ci le trouve hautain la plupart du temps. 

Chacun devrait s'efforcer de ne pas ressembler à ces groupies au cinéma qui ne s'arrêtent que sur ce que les gens dégagent physiquement et finissent déçus car un beau visage ou des muscles dessinés ne fournissent pas d'amour, d'attention. La beauté du corps, la vitalité des muscles s'estompent avec le temps. Les épreuves de la vie font périr le corps là où ce qui fait notre charme reste indissoluble. Si il est conseillé d'écouter son cœur avant ses yeux, c'est parce que le cœur ne peut voir que des qualités que la personne qu'il admire ne simule pas. De la même façon que Dieu juge l'esprit et non les actions ou les apparences seules puisqu'une bonne action peut cacher des intérêts malsains. La beauté ne fait pas le charme mais le charme contribue à embellir l'individu. Et si la beauté physique peut s'acheter, le charme lui est gratuit et naturel. 

vendredi 9 mars 2018

Suis-je ce que la société a fait de moi ?

Jean-Paul Sartre disait qu'une personne ne demande conseil que lorsqu'elle a déjà pris sa décision. Aussi inconscient que cela puisse être, on cherche parfois des réponses qu'on a déjà trouvé. Et il se pourrait peut-être même que, sans le savoir, on cherche un conseil auprès de quelqu'un simplement pour confirmer la décision qu'on a pris sans vouloir admettre qu'on l'a bel et bien pris. Aussi, sera-t-on moins enclin à intégrer un conseil qui ira à l'encontre de la voie que l'on s'est soi-même choisi.  

Si le raisonnement proposé ci-dessus est vrai, et si comme l'avance Sartre, la liberté est dans tous les cas, absolue et inaliénable, alors on n'a pas la légitimité morale de prétendre que c'est le conseil d'un autre individu qui a mené quelqu'un à une certaine chute, puisque son choix était déjà déterminé par ses soins au préalable. Il est donc responsable de sa chute ainsi que de la valeur et de la crédibilité qu'il a lui-même choisi d'accorder au conseil d'autrui. Il reste ainsi le seul à pouvoir répondre de sa chute, sans possibilité quelconque de l'imputer à la volonté d'un autre.

Toute attitude tendant à faire reposer les conséquences d'un choix sur une influence extérieure est qualifiée par Sartre comme étant de « mauvaise foi ». La mauvaise foi interprétée par le philosophe français est à distinguer de celle que l'on a l'habitude de critiquer. En général, est considéré comme étant de mauvaise foi une personne dont le tort est évident et qui refuse de le reconnaître à l'endroit même où tout le monde constate que ce tort est avéré. De sorte que la définition populaire de la mauvaise foi, la dépeint comme étant un défaut. Or, l'existentialiste qu'est Sartre dit que la mauvaise foi n'est pas un défaut, mais une erreur, en tant qu'elle consiste à se mentir à soi-même. Elle est alors à distinguer du simple mensonge, puisque le menteur ment à quelqu'un et que l'individu de mauvaise foi se ment à lui-même. Etre de mauvaise foi n'est pas forcément dissimuler la vérité aux autres, mais se la dissimuler également à soi-même. 

On peut dès lors se demander comment cela serait possible de se mentir à soi-même. A cette question, Sartre n'a qu'une seule réponse : la liberté. C'est parce qu'on est libre que l'on peut, en quelque sorte, se dédoubler. C'est-à-dire être à la fois soi-même, et quelqu'un d'autre que soi-même. Et, à force de liberté, on peut se prendre à son propre piège. De la même façon qu'un chanteur sans talent, peut se convaincre pendant des années que s'il n'obtient pas le succès qu'il recherche, c'est parce que le monde n'a pas l'oreille assez attentive et préparée pour apprécier sa « merveilleuse voix ». Cet homme peut tout à fait, au fond de lui, savoir que quelque chose cloche avec sa voix, mais il peut tout aussi librement se convaincre du contraire : comme s'il était deux personnes à la fois. 

La situation est-elle désespérée ? La mauvaise foi peut-elle se guérir ? Une seule solution existe pour Sartre : l'engagement. L'engagement est un concept qui revient très souvent dans la philosophie de l'essayiste français. Et on pourrait le définir comme le fait d'accepter, d'assumer la poids de la liberté et d'en prendre pleine conscience dans chacun de ses actes. L'homme engagé est l'homme qui, dans n'importe quelle situation de sa vie, considère qu'il est l'auteur de tout ce qui s'est produit. Aucune place alors pour un mauvais conseil donné par quelqu'un, aucune place pour le moindre : « je n'avais pas le choix », puisque ce sont justement les divers choix qu'on a fait qui ont produit la vie que l'on a à ce jour. Même si Sartre reconnaît volontiers qu'on est toujours en quelque sorte le résultat de quelques contingences extérieures. Mais ce n'est pas une excuse puisque, comme il le dit dans Saint Genet, comédien et martyr (1952) : « Nous ne sommes pas des mottes de terre glaise et l'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous ».

Peut-on faire confiance aux témoignages d'amour?

La confiance désigne de façon générale, l'absence de crainte que nous inspire une chose ou quelqu'un. Faire confiance à quelqu...