mardi 30 septembre 2014

Se Transcender ( Rencontre entre Sartre et Nietzsche ) Qu'est-ce qu'une vie réussie ?

« Dans la vie, on peut parfois avoir l'impression d'être fini, d'être arrivé au bout à travers notre réussite par exemple, ou même, dans le cas contraire, après un nombre incalculable d'échecs, on peut penser qu'il n'y a plus d'espoir pour nous, que nous resterons les mêmes jusqu'au bout puisque quoi que l'on fasse, rien ne fonctionnerait. A voir les choses ainsi, peu de perspectives s'ouvrent à nous dans la mesure où, comme le dit le proverbe « on ne se refait pas », ou « on est ce que qu'on est ».

Pourtant, une grande question se pose derrière cette conception de l'existence, car elle suppose que l'existence est un cercle clos dans lequel il y a deux possibilités ; la réussite ou l’échec, et que nul ne peut, en allant contre la force des choses, lutter contre l'atteinte de l'une de ces deux possibilités. Concevoir l'existence ainsi, c'est donc se placer du côté de la destinée, c'est à dire, de l'idée selon laquelle, un homme serait fait pour ceci ou pour cela. C'est également définir ce qu'est une vie réussie. Il est vrai que, pour certains, une vie réussie, est une vie ponctuée de réussites en tout genre ; économique etc.. Mais peut-on vraiment définir ce qu'est une vie réussie ? Un homme n'ayant jamais atteint des sommets en matière d'économie ou en terme de relations sociales, mais ayant accompli dans sa vie, tout ce qu'il aimait faire, ne peut-il pas prétendre avoir réussi sa vie ?

Pour parler de réussite, il faut toujours en premier lieu poser une définition de la réussite. Or, on le sait, trop nombreux sont les points de vue à ce propos. Une vie, au sens simple est avant tout une existence. Vivre, en ce sens, c'est d'abord avoir une expérience dans le monde. On le sait, pour la religion notamment, l'existence de chacun est déterminée par Dieu, qui choisit ses élus et les teste par la mise à l'épreuve dans le monde. Ainsi, pour la religion, relativement à la morale qu'elle impose, une vie réussie, est une vie droite dans laquelle le respect de la morale est privilégié. Aimer, aider son prochain et croire en Dieu.

Jean-Paul Sartre
Mais  il y a d'autre part, le discours athée, mais encore faudrait-t-il s'entendre sur quel type d'athéisme, et, quitte à choisir un athéisme, autant en choisir un qui se passe de préjugés. On parle bien sûr ici, de l'athéisme de l'existentialisme de Jean-Paul Sartre. Selon ce discours, l'homme est une liberté pure, pas dans le sens où il peut faire ce qu'il veut, puisqu'on le sait, l'homme est conditionné par son milieu social, par son corps, son sexe et tout ce qui s'en suit, mais libre parce qu'il n'est prédestiné à rien, livré à lui-même « seul et sans excuse » valable, jeté dans un monde frappé par la contingence, l'absence de justification. Que l'homme soit livré à lui même signifie deux choses ; la première, c'est que le monde n'a pas besoin de lui, et qu'il n'est l'élu de personne. Et la seconde, plus positive ;  parce qu'il n'est prédestiné à rien, il peut devenir absolument tout. L'existentialisme de Sartre a ceci de spécial qu'il ne se soucie guère de savoir si Dieu existe ou s'il n'existe pas, il dit, je cite que ; « même si Dieu existait cela ne changerait rien » . Le problème pour Sartre, n'est pas celui de l'existence de Dieu, mais plutôt de la responsabilité de l'homme face à sa propre existence. Aucune valeur, aucune loi spécifique ne précède l'existence de l'homme, aucun sens prédéfini, aucun mode d'emploi, aucun chemin déjà tracé à suivre, c'est à l'homme d'inventer tout cela, l'homme est à inventer chaque jour, l'existence précède l'essence.

Il y a cependant une conséquence importante à ce discours. C'est que, parce que rien n'est définit avant l'homme, chacun peut choisir et définir ce qu'est ceci ou cela, en ce sens, c'est à chacun de choisir ce qu'est une vie réussi. L'existentialisme, voit en chaque personne, un choix absolu de l'homme, c'est à dire que si un homme pense qu'une vie réussie est une vie de débauche, il définit en même temps « l'homme », comme cet être qui vie de manière débauchée. Ainsi, réussir sa vie, n'est pas seulement considérer qu'on l'a réussie, mais considérer également que tout homme faisant de même a aussi réussi la sienne.

La doctrine de Sartre, n'est pas la première à renier toute forme de valeurs pré-existentielle. Nietzsche, au XIXe siècle, considérait déjà ce qu'il appelait les « idoles » ( l'Etat, la religion ou la morale en général ), comme un frein à la liberté, qui n'est autre selon lui, que l'obéissance, pour l'homme à sa propre volonté. Les idoles pour Nietzsche, sont toutes les choses mises en place pour pour empêcher « les plus forts » ( ceux qui ont le courage d'obéir à leur propre volonté ), de n'obéir qu'à eux-mêmes. Selon Nietzsche, l'homme présent est constamment à dépasser, doit tendre vers le surhomme. Cette idée est reprise et condensé dans une citation culte de son oeuvre, Ainsi parlait Zarathoustra, « Deviens ce que tu es ». En somme pour Nietzsche, ce que nous sommes maintenant, ne constitue jamais le sommet de ce que l'on pourrait être si l'on s'en donne les moyens. L'homme doit sans cesse se transcender lui-même, dépasser ce qu'il est. Ce mouvement, et cette force qui pousse les hommes à se dépasser, Nietzsche lui a donné un nom ; « la volonté de puissance », et Sartre, en fait, lui a donné un nom aussi, c'est  « la liberté ». Accepter d'obéir à sa volonté de puissance, en prendre conscience, ou assumer sa liberté pour se réaliser, l'homme est à dépasser en permanence. 
Friedrich Nietzsche

Il y a en ce sens un petit lien entre Sartre et Nietzsche, qui renient tous deux les valeurs fondamentales de la métaphysique, et pensent qu'un homme ne reste jamais ce qu'il est, qu'il est sans cesse en mouvement et se dépasse en existant. En conclusion, il n'y a pas de vie réussie sinon celle que l'on choisit. »

Johan 

Se Transcender

«  L’homme est non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, comme il se veut après cet élan vers l’existence, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme. [...] »

Jean-Paul Sartre

L’existentialisme est un humanisme (1946)


« Tu dois devenir l'homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même. »

Friedrich Nietzsche 

Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885)

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