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Au sommet des idées

«Vivre mon rêve, réaliser mon rêve. Je sonde mon esprit tous les soirs afin d'essayer de me saisir, mais je n'y parvient pas. Quand je cherche à me saisir moi-même, mon esprit ne me présente qu'un flux permanent de pensées, insensés et sans rapports les unes aux autres. La misère de cette situation est pénible, désolante. Si je ne suis même pas capable de me saisir moi-même, puis-je être certain de devenir ce que je projette de devenir ? Puis-je avoir un projet si mon esprit est instable ? Certaines de ces pensées me détruisent, me broient, m'éjectent hors de cette cabane spirituelle que je me suis moi-même construite pour m'isoler d'une réalité insoutenable. Je ne suis qu'un rien, qu'un océan de pensées instables, sans destin précis ou visée précise.  Où trouver de l'aide ? Où trouver refuge ? Dieu ? Grand Dieu, toi qui sais pourtant tous ce que les gens pensent, et toi qui, soit disant, sais et leur dis ce qu'il faut qu'ils fassent, donne moi donc une réponse. Je t'ai cherché sur Terre, je ne t'ai pas trouvé, je t'ai cherché en mon esprit, je n'y ai rien trouvé non plus, si ce n'est la nécessité de ton existence. Comment expliquer ce sentiment si paradoxal ? Même en essayant de m'enfoncer au plus profond de mon athéisme, en reniant du plus fort que je peux ton existence, j’aperçois toujours à la surface, l'infime lueur de sa possibilité. C'est alors que je me dis " Il est insensé qu'il existe", puis qu'un autre compartiment de mon esprit me répond : "Mais d'où viens-tu alors ? pourquoi existes-tu ? pourquoi le monde existe-t-il ? Je ne m'en sors plus, ce sentiment de contingente nécessité d'existence divine me brûle ,me hante et me détruit de l'intérieur. Ma raison m'invite à ne croire qu'en ce qui est explicable mais ne me dit pas si je dois adhérer à ce qui est évident. Ça y est, ma raison aussi est surmenée, je ne sais plus. Tu ne me répond toujours pas, mais toujours aussi paradoxalement, je sais que si tu me répondais, une explication rationnelle viendrait remettre en doute tout le prestige que te procure le mystère qui enveloppe ton existence. Je le comprend et je pense que tout homme l'a compris, ta grandeur réside dans le mystère. Dieu, tu es à la fois notre solitude et notre seule compagnie. Cette absence que l'on ne peut que ressentir en te cherchant, rend encore plus forte la nécessité de ta présence. Mais où es-tu donc ? Que devons nous faire de nos existences si pénibles ? Suis-je responsable de moi-même ? Cet effrayant sentiment de liberté me démolit, je me sens comme aliéné, mais par moi-même. C'est douloureux, affreux, absurde. Je m’efforce de croire en mon projet mais la seule conscience du fait que je puisse y parvenir, tout comme ne pas y parvenir, le rend absurde. C'est triste, mais un homme peut en arriver à avoir peur de lui-même, j'ai peur de ce que je suis, et de ce que je ne suis pas encore, puisque ma mort est également un mystère. Mais que crains-je vraiment ? L'instant douloureux qu'est la mort ? Le fait de n'être pas? Ou plutôt le fait de ne plus être ? Ces questions n'ont de cesse de m'envahir alors que je sais très bien qu'elles n'ont pas plus de réponses que tu n'as de conversation. Bientôt vingts ans d'existence, et je n'ai toujours aucun signe de toi. Dieu, finalement, j'ai compris. Je m’interroge sur le sens de mon existence depuis que je suis tout petit, j'ai eu le temps de mûrir cette réflexion, et je suis désormais prêt, j'ai compris ce que tu es. Puisqu'en t'écrivant cette lettre, je sais que tu ne me répondras pas, mais je le fais quand même en espérant que tu la lises, alors tu n'es rien d'autre que l'espoir que je met en écrivant, c'est à dire un espoir vain et vide de sens destiné à me faire oublier la misère de ma situation. Et puisqu'en interrogeant ce vaste univers, en interrogeant la Nature elle-même, je n'ai pas de réponse non plus car la matière ne répond pas, alors tu n'es rien d'autre que l'univers. Et puisqu'en écrivant cette lettre, je sais qu'au fond, je ne parle qu'à moi-même, c'est à dire un être qui n'a pas de réponse, alors, tu n'es rien d'autre que moi-même. Et oui, Dieu, c'est moi. En y réfléchissant, j'ai compris que tout ce que je possédais déjà, je te l’accordait aussi, c'est à dire des attributs humains, comme une raison pour comprendre, des oreilles pour entendre, des yeux pour voir. J'ai même compris, mon Dieu, que la capacité à créer, c'est moi qui te l'ai accordé. Non mon Dieu, tu ne m'a pas crée, je suis ton créateur. Tu proviens de mon esprit, et tu n'existes qu'à la condition que je décides que tu existes. Pourquoi ? Parce que tu n'es rien d'autre que moi-même. Finalement, je n'ai jamais quitté l'enfance, période durant laquelle je m'inventais des amis imaginaires qui, finalement, étaient exactement comme je voulais qu'ils soient. Je n'ai jamais quitté  l'enfance car j'ai fini par inventer un ami dont personne, même pas moi-même n'aurait pu remettre en doute l'existence, et ce, car tu n'es pas un dessin, ou une peluche, tu es une réalité à la fois matérielle, car je suis un corps, et transcendante car spirituelle puisque je suis également esprit. Il m'aura fallut du temps pour te trouver mais je t'ai trouvé. Dieu n'est rien d'autre que ma peur, mon effroi, ma liberté, mes craintes, mon avenir, mon projet et l'humanité toute entière. Dieu n'est rien d'autre que ma responsabilité face à ma propre existence, il est ce qui m'aide à agir quand le choix est difficile. Il est cette force qui me fait croire que ma liberté est aliénée. Ce Dieu qui semblait ne pas se soucier de moi, m'esquiver et me transcender, c'est moi qui le fais être. En somme, Dieu n'est rien d'autre que ce que j'en fais. Non, je ne suis plus athée, mais croyant, et non, mon existence n'est pas vaine, car je suis le seul à pouvoir lui donner sens.
Non, je ne suis pas aliéné mais je suis libre et responsable de mon projet. Et oui, peut-être que l'univers n'a aucun sens, mais je suis le seul à pouvoir lui en trouver un, ou lui en inventer un. Et oui, la mort m'effraie, mais il est vain d'en avoir peur puisque pendant que j'en ai peur, elle n'est pas là car je suis en vie. Non, je ne crains pas Dieu, ou plutôt, je ne me crains plus moi-même, puisque je crois en moi, c'est pourquoi je suis croyant. J'ai désormais conscience de ma liberté et de mon délaissement. Je l'ai enfin trouvé, je le rejoins et je crois en lui, j'ai retrouvé le Dieu tant recherché. Je vais désormais pouvoir jouir d'une liberté que j'essayais moi-même de fuir, la plus grande et belle de toutes les libertés qui soient, celle d'exister. En d'autres termes, je me suis retrouvé moi-même et je me suis compris. Je ne suis finalement pas autre chose qu'un Dieu parmi les Dieux. »

Johan Banzouzi, Confession Divine

*D'une inspiration de la philosophie de Jean-Paul Sartre, cette lettre est bien écrite par moi, mais est totalement fictive. Il s'agit seulement de la forme que j'ai choisi pour la mise en perspective de ma conception de l'idée de Dieu. Il s'agissait de la meilleure forme selon moi pour expliquer la paradoxale relation entre l'homme et le Dieu, et donc finalement, l'homme et lui-même. Il sera difficile je pense dans certains passages de ne pas se reconnaître à un moment donné de son existence, car je pense que même le plus engagé des croyants n'a pas pu ne pas se trouver un jour où l'autre dans un dilemme similaire. Peut-être qu'en faisant de l'homme son propre Dieu, je commets un blasphème, mais mon véritable but n'est pas là. Mon but véritable est de montrer que l'autre terme que l'homme a inventé pour remplacer ceux de "responsabilité", "volonté", "liberté" et "choix", c'est Dieu. Voyez donc comme certains placent en Dieu la responsabilité d'échec ou de réussite de leurs projets les plus importants en disant : "si Dieu le veut", ou bien : " Dieu l'a voulu ainsi". Or, si comme je le montre, on remplace "Dieu" par, "Je", la liberté devient dès lors possible, mais, comme l'a montré Sartre, c'est une liberté empoisonnée car elle s'accompagne de responsabilité. Car dès lors que je remplace "Dieu par "je", la responsabilité n'est plus extérieure à moi, mais elle est mienne.C'est donc pour ces raisons que je remplace l'homme par Dieu, car ce qu'il refuse d'accepter, c'est que tous les attributs qu'il donne à Dieu, sont les siens comme l'a montré Ludwig Feuerbach dans l'essence du christianisme, donc, l'homme cède à Dieu, sa responsabilité et sa liberté, or si la liberté est une condition comme le pensait Sartre, alors l'homme, peu importe les manœuvres qu'il utilisera, ne pourra pas échapper à lui même. Et de toutes les manières, sa relation à Dieu le ramène toujours à lui-même. Et s'il n'y a pas de réponse de Dieu à nos appels, alors on fera de son mutisme sa principale qualité, en somme, on inventera Dieu. Et qui d'autre qu'un Dieu lui-même peut inventer un autre Dieu ? C'est ainsi que j'en arrive à la conclusion que Dieu ne crée ni le monde, ni l'homme, mais que c'est d'abord l'homme qui crée son propre monde grâce à son intelligence, sa technique etc.. Après la création de son monde, l'homme se rend compte qu'il n'y avait peut-être aucun sens à faire ce qu'il a fait, alors il s'en remet à un être transcendant, comme Blaise Pascal pour tout justifier et le rassurer. Mais ce qu'il oubli, c'est que cette décision, c'est à dire celle d'adhérer à un être supérieur, constitue déjà un choix libre et non-nécessaire. Ainsi, je peux dire que Dieu ne transcende pas l'homme, mais que l'homme transcende Dieu par sa pensée. Car elle seule rend possible la conception du Dieu. Ainsi, l'homme existe d'abord, avant l'idée même de Dieu. Ainsi pourra-t-on dire, que la dialectique du maître et de l'esclave
de Hegel, ne fonctionne pas qu'entre les hommes, mais fonctionne également entre Dieu et l'homme, car leur relation est animée par le désir de reconnaissance. Dieu, crée l'homme pour pouvoir être reconnu par quelqu'un d'autre en tant qu'être suprême, et l'homme a besoin de Dieu, pour être guidé et avoir une raison d'exister, et par son existence basée sur la foi et la morale religieuse, il vise à être reconnu par Dieu, comme élu. En somme, à prendre l'existence de Dieu au sérieux, on revient toujours au point de départ, l'homme reste toujours au centre de l'action, il est la base qui rend possible toutes les autres. L'homme n'est donc plus une simple goutte dans l'univers, mais plutôt l'être qui fait qu'univers, il y a. L'homme est en ce sens, Dieu.


"L'humanité ne sait pas assez que son avenir dépend d'elle. A elle de voir d'abord si elle veut continuer à vivre. A elle de se demander ensuite si elle veut vivre seulement, ou fournir en outre l'effort nécessaire pour que s'accomplisse, jusque sur notre planète réfractaire, la fonction essentielle de l'univers, qui est une machine à faire des dieux". 

Henri Bergson

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