mercredi 26 février 2014

Exister


« Tu vis certains jours avec la certitude que quelque chose te manque sans savoir précisément de quoi il s'agit. Tu te réfugies dans la musique ou dans autre chose pour masquer la réalité et sublimer la douleur. La routine est aussi un masque, oui, faire tous les jours la même chose, aller au lycée, au collège ou au boulot te permets d'oublier un peu. Mais la réalité retombe quand tu n'as plus rien pour occuper tes pensées. Tu en a marre de cogiter alors tu dors, mais quand tu te réveilles ça reviens. Tu ne sais plus depuis combien de temps ça dure, peut-être un an, deux ans, allez trois ans que tu t'enfermes dans un solipsisme sans t'en rendre compte, les autres ne te comprennent plus et tes amis disparaissent peu à peu car tu ne penses plus comme eux. Tu continues à croire au bonheur, tu te dis que tu trouveras un jour ce qui te manque, alors que la base de ce manque et ce qui le fait vivre, c'est cet espoir absurde. La vie est décevante par moments. Tu te dis dès lors que si les autres ne te comprennent pas, c'est parce que tu es différent d'eux, que tu es un être à part. Or, ce qu'il faut que tu saisisses, c'est que ce mal que tu ressens est justement dû aux autres. La souffrance et le désir sont les fruits de constats. En effet les autres ont l'air si heureux, si comblés, en somme, ils ont l'air mieux que toi. Non, ce n'est pas un problème de richesse, même l'homme le plus riche peut souffrir de ce mal là, tant qu'il est un homme. 

Au bout de cinq années de solipsisme même ton ami le plus fidèle n'est plus là, ta famille ne fait plus attention à toi. " Il est comme ça, c'est son caractère, ça lui passera" disent-t-ils ces cinq années durant. De ton côté, tu t'interroge toujours sur le sens et la valeur de ton existence minable et te demande si le monde a besoin de toi. Oui, tu te demande finalement s'il ne s'agit pas en fait d'un complot monté contre toi afin de te faire comprendre que tu n'es qu'un petit être insignifiant. Tu as une folle envie de sauter en dehors de ta conscience pour pénétrer cet énorme océan qu'est le monde qui t'entoure et qui  t'englobe afin de connaître son rapport et son jugement sur toi. Ce n'est qu'un rêve, une idée, une absurdité, tu es condamné à avoir ta propre conscience sans en pénétrer une autre. Tu ne sauras jamais ce que les autres pensent de toi. Il se peut que ton existence ait une finalité bien qu'elle soit inutile. Mais si elle a une finalité, comment expliquer le fait que tu sois libre d'y mettre fin quand bon te semble ? C'est l'arrivée des questions existentielles. Pourquoi être quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi j'existe ? Suis-je un hasard de l'univers ? Suis-je la création d'un Dieu qui me transcende à mon insu ? Ne suis-je qu'une petite goutte de ce vaste océan qu'est ce monde constitué de sujets conscients ? Il te faut des réponses, tu as le choix entre deux choses, continuer à vivre cette vie absurde en te mettant en tête que tu n'es qu'un instant, un passage, un hasard au monde qui n'a pas réussi à s'y intégrer, ou que tu es une créature de Dieu qui est là pour une raison bien précise. 


Un troisième choix s'impose à toi, tu peux mettre fin à ta vie, éteindre ta conscience en voyant bien ce qui se passera
après. Le choix est dur et absurde. Tu comprend qu'en fait tu es libre, totalement libre, tellement libre que tu en devient prisonnier, oui, tu es prisonnier de ta liberté en prison libre. Mais ce que tu comprend maintenant, c'est que raison ou non, tu es responsable de toi même et de tes actes, et que puisque ton existence n'a aucun sens, c'est à toi de la faire signifier et de te projeter vers ceux qui te repoussent, de plonger au plus profond de cette océan qu'est le monde, afin de forcer tous les autres sujets à reconnaitre ton existence. Tu dois leur faire avaler ton moi, car exister c'est ça, c'est se propulser hors de soi pour impacter sur les choses et se les approprier. Après tout, c'est ce qu'ils t'ont fait, ils ont écrasé ton existence en allant jusqu'à la faire passer pour inutile en l'écrasant avec la leur. Il est temps pour toi de riposter et d'imposer la tienne. C'est ainsi que tu deviendras un homme, c'est ainsi que tu gagneras ton humanité, en t'imposant dans cette océan sauvage où règne la loi du plus fort. Te suicider serait renoncer et être faible, alors exploses, fais se répandre ton existence, prouves toi à toi même que tu existes. L'Homme n'est qu'un simple animal tant que la conscience n'est pas là pour le définir comme Homme, alors fabriques toi, définis toi, conçois toi comme un homme, construis ton existence, mais n'oublies pas que tu es responsable de tes propres actes, il n'y aucun déterminisme qui t’utilise à ton insu si ce n'est celui de ta conscience, c'est à dire le tien. Ta conscience est fondamentalement, une ouverture sur le monde, tu as le pouvoir de te faire reconnaître. Le monde ne tourne qu'autour de toi bien que tu ais l'impression qu'il t'échappe constamment. Quand tu dors, le monde n'est plus, quand tu te réveille il se réveille aussi et redevient le monde, il a besoin de toi pour être reconnu comme tel. Tourne le dos au monde, ou suicide toi et tu le détruit, essayes de te connaître toi-même, de n'être tourné que vers toi-même et tu te détruis toi même. Ta conscience doit rester plongée dans le monde, et toujours être branchée vers les choses afin que ton existence puisse être alimentée par l’électricité que provoquera ta projection visée, ou plutôt comme dirait Husserl, ton « intentionnalité ».

Johan Banzouzi

Exister


"Le monde sans l'Homme n'est point encore le monde: non que le monde attende l'Homme pour être réel, mais il l'attend pour recevoir son sens de monde" 
 Dufrenne   

"Exister, c'est oser se jeter dans le monde"
 Johann Wolfgang von Goethe

samedi 15 février 2014

Peut-on concevoir un monde sans l'Homme ?

Peut-on concevoir un monde sans l'Homme ?

Ce sujet, pour le moins palpitant et intéressant, nous a été donné afin d'en rédiger l'introduction, mon intérêt pour lui a été tel, que je me suis décidé en rédiger la dissertation entièrement, bonne lecture !

Introduction :


La première chose qu'on note à la question de savoir si l'on peut concevoir un monde sans l'Homme, est un paradoxe qui n'est pas évident à distinguer. En effet, en voulant répondre spontanément à cette question, on coure droit vers le contresens et on risque de produire une dissertation de biologie. Tout l'enjeu de ce sujet se trouve dans la bonne déduction du sens des termes du sujet. Il ne faut pas comprendre ici le terme "concevoir" au sens de construction ou de formation, mais au sens de représentation par l'esprit et d'imagination. Il ne faut pas non plus prendre le "monde" au sens premier du terme, c'est à dire au sens physique d'ensemble des réalités matérielles car le monde dont il est question ici, c'est le monde au sens de monde humain, c'est à dire l'ensemble des relations entre les Hommes. Enfin pour l'Homme, il ne faut pas voir simplement l'Homme au sens physique, donc du sexe masculin ou carrément au sens de l'espèce, mais l'Homme au sens d'humanité, donc, l'ensemble des sujets conscients qui forment le monde. Les termes du sujet étant clairs, il est désormais plus simple de soulever le paradoxe du sujet. Le problème que pose cette question, c'est celui de la conception. Effectivement, concevoir, c'est imaginer par une opération de l'Esprit, or, cette définition sous-entend que sans esprit, toute conception est impossible, et c'est là le paradoxe, car l'esprit désigne au sens ordinaire, le principe individuel de la pensée, que l'homme possède. On comprend dès lors qu'il semble assez farfelu d'espérer concevoir un monde, sans l'être nécessaire pour penser ce monde, c'est à dire l'Homme lui-même. Il paraît clair désormais, que la véritable question qui se cache derrière ce sujet, est : Quel sens aurait un monde sans l'Homme ? Mais demander si un monde peut avoir un sens sans l'Homme, c'est demander par la même occasion si l'Homme est le seul à posséder cette capacité à penser, c'est pourquoi nous serons amenés dans un premier temps à démontrer que la pensée humaine donne un sens au monde, puis dans une seconde partie nous étudierons l'hypothétique existence d'un Dieu qui transcenderait l'Homme, avant de terminer par la dernière partie où nous verrons que la pensée de l'Homme constitue déjà une transcendance pour Dieu et le monde.


I. / La pensée humaine donne un sens au monde




L'Homme est le seul des vivants qui a la capacité d'intellection, grâce à son âme (esprit), Aristote l'a démontré. Aristote fut en effet le premier philosophe de l'Histoire à définir ce que c'est qu'un vivant. Il a en effet démontré qu'un vivant est un être de la nature qui possède une âme, "psyché" en grec, c'est à dire un principe qui anime son corps et qui le met en mouvement, cependant, selon Aristote, il y a trois types majeurs d'âme:

-L'âme végétative qui est propre aux végétaux et qui leur permet de se développer en sortant de Terre et en croissant.

-L'âme sensitive qui est propre aux animaux et qui les dote de deux caractéristiques fondamentales qui les différencie des végétaux : la sensibilité (les sens) et l’auto-motricité, c'est à dire le fait de pouvoir se mouvoir soi-même.

-Le dernier type d'âme est l'âme humaine, qui se caractérise par la possession de l'intellect, c'est à dire l'entendement, l'intelligence et la capacité à comprendre et qui permet à l'Homme d'être ce qu'Aristote appelle "un animal doué de raison".

Cette distinction des différents types d'âmes permet de mettre en valeur le fait que l'âme humaine est unique puisqu'elle semble être la seule à permettre la réflexion. Grâce à son âme (esprit), l'Homme peut se prendre lui-même pour objet de pensée, et donc, concevoir. En outre, Descartes fait justement de l'Esprit et la capacité à penser, l'ultime vérité qui définit et assure l'existence du sujet, d'où la célèbre expression : "je pense donc je suis".

Bien au-delà de lui permettre de réfléchir et de comprendre, l'esprit fait de l'Homme un être conscient, c'est à dire un être en rapport avec tout ce qui l'entoure. D'ailleurs, comme le disait Husserl, la conscience est une activité de projection vers les choses qui est toujours au-delà d'elle même et qui peut se projeter vers le monde, ses souvenirs ou l'avenir. En somme la conscience est une relation ou une visée que Husserl nomme "intentionnelle". Or, si la conscience est une relation, alors c'est à travers l'activité de la conscience que le monde est présent à l'Homme, c'est ce que Husserl essaye de montrer tout au long de son œuvre en s'intéressant à la perception. Il est en effet important de rappeler que la conscience désigne la perception chez l'Homme de sa propre existence et du monde qui l'entoure. On comprend, maintenant que nous avons démontré que l'Homme était le seul à posséder un esprit, donc une conscience, qu'il est le seul à pouvoir donner une signification ou un sens au monde puisque pour ne serait-ce que définir, donc pouvoir dire ce qu'est le monde ou le valider en tant que tel, il faut le percevoir et lui donner un sens. Par conséquent, un monde sans l'Homme serait dénué de sens puisque qu'il n'y aurait pas d'être apte à lui en donner un.

Nous avons dans l'introduction, définit le monde dont traite le sujet, comme ensemble des relations entre les Hommes. Or, avec ce que nous venons de démontrer, on constate qu'il y a peut-être un autre concept de monde. Il y a en effet un mouvement qui s'est penché sur cette vision là; il s'agit de la phénoménologie, d'ailleurs lancé par Husserl. Selon ce mouvement, le monde est un horizon de sens pour l'Homme. Pour ce mouvement l'Homme n'est plus un simple être, mais un "être-au-monde", cette expression était utilisée par Sartre, et Heidegger pour bien souligner que le monde en général est avant tout une structure de sens visée par l'Homme comme horizon de son action et de ses projets avant d'être un objet de connaissance. C'est pourquoi pour la phénoménologie, l'Homme n'est pas face au monde, mais dans le monde. Et on comprend dès lors que l'Homme s'approprie le monde en quelque sorte et le définit comme tel dans l'optique de ses projets. On peut en effet, tout comme Schopenhauer penser, en se prenant personnellement, en tant que sujet, que si l’on n’existe pas, le monde n'existe pas puisque notre absence lui fait perdre son sens.



Nous avons démontré la nécessité de la pensée de l'Homme pour donner un sens au monde, mais, il nous reste toujours un problème d'ordre métaphysique. En effet, en métaphysique l'esprit désigne tous les êtres immatériels supposés doués d'intelligence, donc et entre autre, Dieu. Nous allons désormais étudier son hypothétique existence qui remettrait en question la nécessité de l’Homme.




II. / L'hypothétique existence d'un Dieu qui transcenderait l'Homme et le monde, met l'Homme de côté

Dieu est un objet transcendant, autrement dit, qui échappe à la pensée et que l'on ne peut saisir par la raison, donc qui échappe à l'Homme. Or, s'il s'avère, comme l'affirme la thèse créationniste que l'univers tout entier ainsi que l'Homme ont été crées par Dieu, alors l'Homme perd toute son importance, et sa présence dans le monde peut-être considéré comme une simple mise à l'épreuve de sa subjectivité. En effet, Dieu étant parfait, doit nécessairement être doté de l'intellect, et puisqu'il est tout puissant, il doit être la transcendance qui fait exister le monde, d'ailleurs, pour la métaphysique, Dieu est la cause première et parfaite de l'univers. En outre, la théorie de Malebranche, intitulée "vision en Dieu", affirme que toute la connaissance sensible et rationnelle résulte de l'action de Dieu en nous et que par conséquent, l'origine de nos idées, comme de nos sensations est donc en Dieu et non dans l'expérience, comme l'affirment les empiristes, ni même dans notre esprit, comme le soutiennent les innéistes. La théorie malebranchiste affirme donc que même la conception du monde propre à l'individu, c'est à dire le monde au sens phénoménologique, est voulue par Dieu, ce qui retire toute supériorité et puissance à l'Homme.


La plupart des religions affirment que le monde et l'existence sont un défi lancé aux Hommes par Dieu pour rappeler l'insignifiance et l'infériorité de l'Homme et pour lui donner une chance de se rattraper. En effet, dans la genèse, Adam est chassé du paradis et condamné à travailler à la sueur de son front. Si l'on prend ce point de vue en compte, on comprend que l'Homme n'est qu'un être inférieur et insignifiant au monde, et par conséquent non-nécessaire pour que le monde existe, et on peut logiquement même considérer que le monde est en fait un phénomène qui met à l'épreuve la subjectivité. On comprend dès lors pourquoi Dieu est si nécessaire à la philosophie de René Descartes pour valider l'existence du monde et des autres, il est possible comme Descartes de douter de tout jusqu'à l'existence de son propre corps, mais pour ne pas en douter, il est nécessaire qu'il y ait cette être qui dépasse la raison pour prendre le rôle de cause de toute chose. Ainsi, l'Homme aurait besoin de Dieu, ce qui est un nouveau signe d'infériorité.



La possibilité d'existence de Dieu, change tout à la question, car Dieu semble être à l'origine de tout jusqu'à la pensée de l'Homme. Cependant, l'existence tout comme l'inexistence de Dieu n'ont pas étés prouvées, ce qui fait qu'il reste un être hypothétique. Il faut donc rester dans le traitement rationnel de la question, et c'est pourquoi nous allons désormais voir que l'Homme reste au cœur de l'action.




III. /La pensée de l'Homme constitue déjà une transcendance pour le monde et pour Dieu

"L’Homme est l'être dont l'apparition fait qu'un monde existe", ainsi parlait Jean-Paul Sartre dans Situations II. On comprend derrière cette affirmation que le monde attend l'Homme pour exister. C'est déjà beaucoup plus clair en ajoutant ce que nous avons mis en évidence dans la première partie. L’Homme avec sa conscience donne une définition au monde, s'identifie à lui et lui donne son sens de monde. Grâce à lui le monde existe, car il en est tout simplement le créateur à partir du moment où il lui donne ce sens, on comprend dès lors que ce qui fait le monde, c'est l'accomplissement des désirs de l'Homme par son travail, sa culture et ce qu'il ajoute à la nature. D'ailleurs, la discipline qui nous pousse à poser cette question, c'est à dire la philosophie est la preuve que sans la pensée Humaine, cette question ne pourrait pas être posée du tout. L'Homme, cet "être-au-monde" dont nous parlions tout à l'heure, au delà du fait qu'il est entouré de tous les autres sujets conscients reste le seul à pouvoir les reconnaître en tant qu'alter-ego et le seul à pouvoir les intégrer dans son monde. C'est pourquoi Maurice Merleau-Ponty, dans son œuvre sens et non sens, a dit la chose suivante : "Ce monde qui avait l'air d'être sans moi, de m'envelopper et de me dépasser, c'est moi qui le fais être". Le problème qui se pose est que si les autres existent tout comme le sujet qui les prend en compte, alors il y a autant de mondes que de sujets pour les penser. Mais dans tous les cas, l'Homme reste au centre du monde.

La soif de connaissance et l'envie d'apporter des réponses à la cause de son existence, ont donné naissance à l'idée de Dieu. Dieu peut-être comparé au mythe, car il reste l'objet d'un discours qui ne peut faire l'objet d'expérience. Dieu est en fait la solution la plus simple, car on ne peut ni nier son existence, ni la prouver. Cependant, si c'est l'Homme qui conçoit le Dieu, un problème se pose. Effectivement, comment affirmer que Dieu est un être parfait s'il ne peut pas exister si l'Homme ne pense pas à lui ? On peut d'ailleurs faire un lien entre ce point de vue là, et la pensée de Descartes dans Le discours de la méthode. Dans son ouvrage, Descartes prouve l'existence de Dieu, et la rend nécessaire à la validation de l'existence du monde et des autres. Mais son discours est ambiguë, car en effet, avant de penser à Dieu, il doute de tout, or douter est une preuve d''absence de foi. Mais là n'est pas tout car Descartes désacralise Dieu en le réduisant en simple objet nécessaire. Cependant, on ne peut en fait pas lui en vouloir, car Dieu provient de l'esprit des hommes, alors il est normal qu'il puisse en faire ce qu'il veut. Il y a donc en conclusion une interdépendance entre l'Homme et Dieu, car l'Homme a besoin de lui pour donner une cause à son existence et Dieu a besoin de l'Homme pour être reconnu comme être suprême, cela sous entend par la même occasion que Dieu n'est pas supérieur à l'Homme, mais qu'ils ont la même valeur. C’est le philosophe Hegel qui s’intéressa à cette vision là du rapport entre l’Homme et Dieu.



Conclusion:

Nous avons donc montré tous les problèmes que posait ce sujet, et on pourrait pour finir dire que concevoir un monde sans l'Homme est impossible à moins d'être un être supérieur, mais bien au delà de ça, même un monde conçu par un être supérieur à l'Homme n'aurait pas de sens si il n'y a pas d'Homme pour lui en donner un. D'ailleurs, rien que l'idée d'un être supérieur à l'Homme ne peut être portée que par ce dernier. L'Homme est le seul et unique inventeur de tous les concepts de "monde" connus, et aussi du concept de "Dieu".
On dit souvent que le savoir est une arme, et nous pouvons tourner cette expression à notre avantage pour illustrer la réponse au sujet. Effectivement, on peut considérer que le monde est une arme, et que l'Homme est le savoir. La question qui se pose c'est: qu’est-ce qu'une arme sans le savoir ? Un simple objet inutile. En somme, sans la pensée de l'Homme pour le reconnaître, le monde n'est rien, et c'est pareil pour tout sujet, si un sujet n'est pas reconnu par les autres, il est exclu de leur monde. Les Hommes sont eux aussi interdépendants, car c'est à travers les autres que notre existence prend son sens, c’est ce que l’on nomme « intersubjectivité ». Donc, partant de ce point, on peut régler le problème de la mort en affirmant que la mort est tout simplement l’extinction de la conscience, la fin de la relation entre l’Homme et le monde, donc la véritable fin du monde.

mardi 4 février 2014

Les lois ont-elles pour but de préserver et d'augmenter la liberté ?

Pour répondre à cette question,  je vous propose un commentaire que j'ai effectué et réussi pour un devoir sur table au lycée, je m'appuie bien sur avant de publier ça, sur les remarques que mon professeur a faite sur ma copie, donc, je l'ai bien entendu, corrigé par moi même, avant publication, bonne lecture.
Il s'agit d'un texte extrait du Deuxième traité du gouvernement civil de John Locke.

" Il est certain que la fin d'une loi n'est pas d'abolir ou de restreindre la liberté mais de la préserver et de l'augmenter. Ainsi, partout où vivent des êtres crées capables de lois, là où il n'y a pas de lois il n'y a pas non plus de liberté. Car la liberté consiste à n'être pas exposé à la contrainte et à la violence des autres ; ce qui ne peut se trouver là où il n'y a pas de loi. La liberté n'est toutefois pas, comme on le prétend, le loisir pour tout homme de faire ce qui lui plaît - qui, en effet, serait libre là où n'importe quel autre, d'humeur méchante, pourrait le soumettre ? - mais le loisir de conduire et de disposer comme il l'entend de sa personne, de ses biens, et de tout ce qui lui appartient, suivant des lois sous lesquelles il vit ; et par là, de n'être pas sujet à la volonté arbitraire d'un autre mais de suivre librement la sienne propre. "
                                              
  John Locke, Deuxième traité du gouvernement civil, 1690


Dans ce texte, l'auteur, John Locke que l'on voit sur la peinture ci-dessus, fait l'éloge de la loi, en l'instituant comme étant fondamentale pour l'accès à la liberté. Ainsi, il annonce sa thèse dès le début : " Il est certain que la fin d'une loi n'est pas d'abolir ou de restreindre la liberté, mais de la préserver et de l'augmenter". La liberté n'est pas le loisir pour tout Homme de faire ce qui lui plait, mais le loisir de disposer comme il l'entend de sa personne, de ses et de tout ce qui lui appartient, c'est là le problème dont il est question dans ce texte. Tout au long du texte, l'auteur propose une argumentation logique, en rendant à travers ses propos, la loi indispensable. Il fait donc appel à la raison de son lecteur en décrivant des situations qui, si l'on fait preuve de logique, nous laissent à penser qu'elles ne peuvent se passer de loi. Globalement, sa démarche est de montrer qu'il est inutile d'espérer être libre là où il n'y a pas de loi, car on ne peut s'en passer dans la vie en communauté. Son texte peut-être séparé en trois parties. La première où il annonce sa thèse que nous avons cité tout à l'heure, la seconde, où il énonce ses arguments, en mettant en valeur l'inutilité d'un monde sans loi, et la dernière où il décrit ce qu'est la liberté, c'est à dire obéissance aux lois sous lesquelles on vit.

John Locke désigne les hommes comme : "des êtres crées capables de lois". Autrement dit, tout comme Aristote dans Éthique à Nicomaque, il entend montrer que tout homme est crée avec la capacité d'avoir de bonnes vertus comme de mauvaises à la seule condition qu'il s'y exerce. La différence ici est que lui, parle de lois, et étant donné que pour lui la loi favorise la liberté, il entend affirmer que tout homme est crée capable d'être libre, et puisqu'il rapporte la loi à quelque chose de positif, cela revient à dire que la loi émane également de la vertu. Par conséquent, en affirmant qu'ils sont capables de lois, il met ici tous les hommes au même niveau, mais à une seule condition qui est celle de vivre là où il y a des lois. D'ailleurs, dans le texte d'Aristote que nous venons de citer, ce dernier précise bien qu'on reconnait une bonne constitution d'une mauvaise, en voyant ce à quoi elle habitue son peuple. Or, puisque le texte que nous sommes en train d'étudier traite de la liberté et des lois, il traite forcément du rapport de l'Homme avec autrui.

On comprend dès lors pourquoi l'auteur dit : " la liberté consiste à n'être pas exposés à la contrainte et à la violence des autres". En disant cela, il affirme qu'il est impossible d'être libre sans être exposé aux autres à un moment où un autre. On comprend dès lors que la liberté ne peut se faire dans l'égoïsme, car tout en étant responsable de sa personne, on est également responsable des autres. Effectivement, après tout, comment être libre si je sais qu'à tout moment, je peux être freiné par d'autres qui voudraient  nuire à ma liberté? Car il est certain que si eux aussi se considèrent libres dans leur égoïsme, rien ne les empêche de venir nuire à la mienne. Or,  et c'est ce qu'essaye de dire l'auteur, si une loi protégeant les libertés individuelles, obligeait quiconque voudrait me nuire ou me voudrait faire violence, à répondre de ses actes, je pourrais dès lors continuer à espérer être libre. Cela sous-entend également que pour s'instituer, la justice, ne peut se passer de la force. En effet, c'est le paradoxe de la justice, comment la faire régner, sans l'imposer bien  qu'elle vise à laisser libres les hommes?  Effectivement,  comment un état pourrait-il maintenir la justice sur son territoire, sans utiliser la force pour désarmer ceux qui agissent par violence ? C'est pourquoi Pascal disait que la justice sans la force, est impuissante, et que la force sans justice est tyrannique. On comprend aussi pourquoi Max Weber a dit que l'état était le monopole de la violence physique légitime, mais il oubliait juste le fait que la violence désigne l'usage illégitime de la force, donc, pour parler correctement, il aurait du dire que l'état était le monopole de la force légitime. 

Tout cela nous fait comprendre que l'accès à la liberté n'est pas aussi simple que nous le pensons, d'ailleurs, comme le dit John Locke, nous la définissons comme étant le loisir pour tout homme de faire ce qui lui plait, et nous pouvons être d'accord avec lui sur ce point, car il est vrai que "faire ce qui me plaît" est la définition populaire de la liberté. Or, cette définition émane de la simple opinion, or pour passer de cette opinion à un discours réfléchit, il serait déjà plus judicieux de se demander ce que c'est que d'être libre. Mais dire qu'être libre désigne le fait de faire ce qui nous plait, revient à dire qu'on est libre tant que  l'exercice de nos envies n'est pas interdit par toute formes lois ou de contraintes. Or, si être libre était aussi simple que ça, nous nous trouverions face à un véritable problème, car nous serions dès lors obligés d'affirmer que les animaux sont libres, et ce n'est ni vrai, ni logique puisque les animaux n'écoutent que ce que leur dicte leurs instincts. En outre, là n'est pas l'unique problème, car en effet, où est ma liberté si je suis en permanence conscient du risque que quelqu'un d'autre puisse y nuire ? Or, comme le dit John Locke, la liberté consiste à ne pas être exposé à la contrainte et à la violence des autres, et pour ne pas être soumis à la violence et à la contrainte des autres, et pour ne pas soumettre les autres à sa propre violence et à sa propre contrainte, l'état et la loi son nécessaires car ils éduquent mes instincts et me rendent libres, puisque si c'est parce qu’il obéit à ses instincts que l'animal n'est pas libre, on comprend que si je veux commencer à être libre, je dois me débarrasser des miens, et c'est la qu'intervient l'état pour m'exercer à la vertu.

On comprend maintenant pourquoi l'auteur dit que la liberté c'est le loisir de conduire et de disposer comme il l'entend de sa personne, de ses biens, et de tout ce qui lui appartient. Est effectivement libre, comme disait Aristote, celui qui est à lui même sa propre fin, et pas celle d'un autre. Conduire comme il l'entend de sa personne, signifie dans le texte, être débarrassé de ses propres instincts, et vouloir ce que l'on fait. Et enfin, disposer de ses biens et de tout ce qui lui appartient, fait référence ici à la garanti que l'état, par des lois protégeant la propriété privée, que personne ne puisse s'approprier les biens de quelqu'un d'autre. Sans loi, effectivement, l'anarchie prendrait place, et n'importe qui se permettrait de s'approprier les biens d'autrui. or, là où il y a la loi, cette situation est impossible, car l'état exercerait la force pour intervenir et désarmer, comme nous l'avons dit précédemment, ceux qui se rebelleraient contre la justice.

Ayant expliqué le texte, nous pouvons dès lors nous demander si les lois ont pour but de préserver et d'augmenter la liberté.

Les lois politiques sont un ensemble de règles ayants pour but d'encadrer la vie d'un peuple. Or, nous l'avons vu tout au long de notre explication de texte; les lois  semblent indispensables pour garantir la liberté. Mais cependant, ne serait-ce pas oublier que tout pays a sa propre législation et son propre gouvernement ?  Surtout, sa propre manière d'instaurer le gouvernement. Autrement dit, affirmer sans réfléchir que les lois ont pour but de garantir et d'augmenter la liberté, c'est, affirmer qu'on est libre en obéissant aux lois. Or, une telle affirmation n'est pas recevable, car si se contenter d'obéir aux lois permettait d'être libre, nous serions dès lors obligés d'affirmer que les peuples dominés par des tyrans sont libres. Or, c'est faux, car ces peuples obéissent à des lois auxquelles ils n'adhèrent pas. On comprend que se poser cette question, c'est par la même occasion demander ce qu'il faut pour que les lois deviennent libérales. Comme nous l'avons dit précédemment, être libre c'est  vouloir ce qu'on l'on fait. Or, si les peuples dominés par les tyrans obéissent à des lois auxquelles ils n'adhèrent pas, c'est dû au fait qu'ils ne les ont pas choisi, donc ils ne sont pas libres car ils ne veulent pas obéir à ces lois, mais y sont contraints. Par conséquent, pour que les lois garantissent la liberté il est nécessaire qu'elles soient la création et le choix du peuple. Autrement dit, les lois garantissent  la liberté uniquement si elles sont le fruit de la démocratie et de la république. Et enfin, pour que ces lois assurent la démocratie, il faut qu'elle reposent sur une constitution qui garantie qu'on ne pourra en changer sous aucun prétexte. Mais pour garantir la liberté et la paix, la loi ne peut se passer de la force comme nous l'avons déjà dit, la loi doit se servir de la force au service du peuple et de la protection civile, une loi qui s'en sert contre le peuple, comme le cas d'une tyrannie, est injuste et n'utilise dès lors pas la force, mais la violence, c'est à dire son utilisation illégitime. L'état doit également obéir lui-même aux lois que le peuple s'est  lui-même prescrites. On reconnait une bonne constitution, quand parmi ses lois il y en a une qui permet au peuple de manifester son désaccord, car après tout et comme disait Gandhi, quand l'état dirigé par les hommes devient lui-même hors la loi, lui désobéir devient un devoir.

Cependant, nous sommes face à un autre problème qui est celui de l'augmentation de la liberté. En effet, prétendre vouloir augmenter la liberté, c'est affirmer qu'elle est quantifiable ou qu'elle a plusieurs degrés. John Locke nous l'affirme clairement, la liberté n'est pas comme le prétend le loisir pour tout homme de faire ce qui lui plaît, mais l'obéissance aux lois sous lesquelles on vit. On note sur ce texte une grande contradiction. En effet et dès le départ, Locke affirme que la fin d'une loi n’est pas restreindre ou d'abolir la liberté, mais de la préserver et de l'augmenter, or une telle affirmation sous-entend que la liberté s'impose d'elle même, et qu'elle est déjà présente sans loi. D'ailleurs, si nous écoutons Jean-Paul Sartre, la liberté n'est pas un choix, ni quelque chose qui dépend d'une loi ou d'autre chose, mais la liberté est une condition qui s'impose à l'Homme. Autrement dit, faire dépendre la liberté des lois, c'est mettre en place et affirmer un déterminisme, que Sartre nommerait volontiers de mauvaise foi. Le problème conceptuel que pose ce texte est bien celui de la liberté, dont la définition est beaucoup trop difficile à saisir, tant les concepts en sont variés.

dimanche 2 février 2014

L'importance du professeur pour apprendre à philosopher.

« Afin de parvenir, comme l'enfant qui va à l'école et qui est éduqué par ses parents, à devenir autonome, celui qui aime la philosophie doit être éduqué par son professeur de philosophie afin qu'il le pousse à penser par lui-même. En effet, à force d'entendre le professeur transmettre son savoir, on fini souvent par réfléchir à tout. Il est vrai que depuis qu'en classe de terminale, j'ai des cours de philosophie, j'exerce ma pensée dans tous les domaines, et je n'ai plus peur de dire ce que je pense, car je n'émet pas d'opinion, mais des discours bien réfléchis. Il est certain que tous ce qui tient sur des arguments à peu près solides, mérite d'être écouté. Mais pour en revenir au sujet principal, le professeur est incontournable. C'est en voyant mon professeur de philosophie raisonner sur beaucoup de sujets contemporains, et en remarquant que malgré certains points où je n'étais peut-être pas d'accord avec son point de vue, j'y trouvait quand même de la vérité, que j'ai compris que tout les points de vue pouvaient avoir la même valeur à condition qu'ils soient justifiés de manière correcte. J'ai la chance d'avoir un professeur dont la culture, la qualité de l'éloquence, l'honnêteté, l'objectivité, corrigent et éduquent mes opinions. Ainsi, avec ce que j’apprends de lui, je me sens à peu près prêt à affronter tous les sujets du baccalauréat. L'importance du professeur pour la philosophie se voit dans le passé de certains philosophes des plus anciens aux plus récents. En effet, la philosophie de Socrate a inspiré son élève Platon qui l'a transformé en sa propre pensée. La philosophie de Platon, idéaliste, a inspiré son élève Aristote, qui s'en est servi pour créer sa propre philosophie basée sur l'empirisme. La philosophie de Schopenhauer, a inspiré son élève Friedrich Nietzsche qui a mis en place sa propre philosophie. La philosophie d'Hegel aide son élève, Karl Marx, a voler vers ses propres idées. On comprend donc que le professeur ou le maître n'est pas uniquement celui qui apprend, mais il est aussi celui qui propulse son élève vers le sommet de ses idées. On note l’efficacité du rôle d'un maître quand les idées de son élève sont complètement différentes des siennes. Bien entendu, tous le monde se dit en lisant ça que le rôle du professeur de philosophie au lycée est juste d'apprendre et rien de plus, mais il ne faut pas oublier qu'il y a aussi une méthode et une technique, mon professeur par exemple, lui, ne limite pas le cour à au simple enseignement, il le sublime, pour utiliser une expression freudienne. C'est surprenant, mais il transforme le cour en une méditation. L'étude de texte, n'est plus un simple commentaire de celui-ci, mais un voyage à l'intérieur du cœur de son auteur. L'étude de chaque thème est une ouverture et un partage de sa culture. Ainsi, on pourrait pour conclure et illustrer le propos, dire que de la même manière que le monde a besoin de l'Homme pour prendre son sens de monde, la pensée de l'élève, a besoin du maître ou du professeur pour pouvoir s'exprimer avec sens. Mais il est nécessaire d'ajouter pour nuancer, que l'élève est en fait aussi important que le professeur, car comme disait Aristote, il est sa raison d'être et ce pourquoi il est ce qu'il est. Un apprentissage philosophique devient vraiment de l'ordre de la philosophie que s'il se compose des questions de l'élève. C'est avec les questions de l'élève que le cours prend une autre forme qui le transforme en cour de philosophie réel. Donc, comme nous l'avons dit, un vrai cours de philosophie est un cours qui ne se contente pas d'aller dans un seul sens, celui de la transmission de savoir. Cette transmission doit être réciproque et faire participer tous les protagonistes de la réflexion. »

Johan Banzouzi

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