dimanche 13 mai 2018

La souffrance étouffée des hommes de la classe moyenne

Le sujet de cet article me tient à cœur car j'en rumine le contenu et les idées depuis assez longtemps. Cette réflexion parle de moi et de mes semblables de la classe moyenne qui vivent la même chose.

Lorsque l'on est issu de la classe moyenne, tout se passe comme si l'avenir était incertain. On est ni trop pauvre ni trop riche. On se situe simplement au cœur de la lutte pour la survie sociale avec une propension à l'échec bien plus élevée et forte que les perspectives de réussite. Dans toute cette agitation, c'est du sort des hommes et non des femmes dont je voudrais parler. Il y a, je crois, une réalité pour l'individu masculin de la classe moyenne dont on ne rend pas assez compte. Je veux parler de ce qui repose sur les épaules de cet individu sous prétexte qu'il est un homme et que ces derniers ont les épaules censées supporter n'importe quelle charge et à n'importe quel prix. 

Ce sont les mœurs qui ont apporté cette tradition cruelle qui veut que les hommes ne servent qu'à rapporter de l'argent au foyer et qui les bannissent et les excluent aussitôt qu'ils ne représentent plus aucune ressource financière. « Tu es un homme et tu dois nourrir ta famille », voilà ce que nous apprennent les traditions de la classe moyenne. Et ce n'est pas tant le fait de placer les hommes au cœur des responsabilités que je dénonce mais ce refus d'accorder au genre masculin le droit d'avoir des sentiments et des souffrances, qui en découle. Car en effet, je crois que l'inconscient collectif vis-à-vis de la charge qui pèse sur l'individu masculin s'est installée en ce dernier même. Les hommes sont devenus froids, non pas par nature mais parce que leur éducation est telle qu'ils ont fini par croire qu'il était « normal » pour eux d'ignorer ce qui leur fait mal, de ne rien dire lorsqu'ils n'en peuvent plus. Et cette réalité, beaucoup de femmes l'occultent. 

Aussitôt qu'un homme dit être à bout de souffle, on lui reproche sa faiblesse, son manque de courage et on remet en question sa masculinité. Tout se passe comme si le destin des hommes était par avance tracé et qu'ils n'avaient pas le droit, eux aussi, de prendre le risque de suivre leurs rêves. Lorsque j'ai voulu poursuivre des études de philosophie et que mon rêve de devenir écrivain était à son comble, je ne compte pas le nombre de personnes qui me rétorquaient que les livres n'apportaient rien et ne « remplissaient pas le frigo », exactement comme si ma vie ne devait servir qu'à cela : remplir le frigo, faire des gosses, les nourrir puis mourir. Les hommes doivent très vite produire de l'argent au détriment de ce qu'ils ressentent. Certaines femmes tournent le dos aux hommes qui ont des projets sans argent mais sont présentes lorsque ces projets finissent par payer. Les pères de famille favorisent bien souvent celui de leurs fils qui rapporte le plus d'argent à la maison. Mais quelle est donc la place de celui qui rêve et qui a le courage de s'imaginer un autre destin ?

Les généralités du monde nous laissent croire qu'il n'y a que les femmes qui mènent la vie la plus complexe entre harcèlement, maternité, sexisme et inégalités mais les hommes aussi ont le droit à leur combat. On n'aime simplement pas en parler car la société nous a habitué à garder le silence et à trouver la souffrance masculine répugnante. Si les femmes sont injustement jugées à la taille de leurs attributs sexuels, les hommes eux sont jugées à la quantité d'argent qu'ils rapportent. J'en veux à la société de tourner le dos et de refuser de soutenir ces hommes qui veulent également penser à eux : ne pas se lever tous les matins pour faire ce boulot destructeur physiquement et mentalement simplement parce qu'ils ont une famille à fonder puis à nourrir. J'en veux à cette société de croire que les artistes masculins sont nés avec la richesse que produit leur talent, alors qu'ils ont bien souvent soufferts du mépris des autres lorsqu'ils ne leur apportaient rien. Les hommes ont eux aussi le droit aux rêves, aux larmes et à la joie. 


samedi 12 mai 2018

Etre ou ne pas être

Le désir, de quelque nature fusse-t-il, me rapproche d'autrui mais m'éloigne de moi-même. Chaque pas que je fais pour aller vers l'altérité en général, m'éloigne de ce qui me définit. Parce que pour accepter la différence, je dois nécessairement faire taire en moi ce qui pourrait constituer une barrière et m'empêcher de nouer des liens, de découvrir et me rapprocher. 
Aussitôt que je me rapproche de ce qui est différent, je m'éloigne subrepticement de mes valeurs, de ce qui constitue cette chimère que l'on appelle "personnalité". Si bien qu'en réalité, l'altérité représente le seul chemin possible vers une autre version de moi-même, au prix de l'oubli de ce que j'ai été. Chaque habitude et chaque mécanisme qui régissaient jadis, mon être, une fois estompés, me font renaître comme quelqu'un de nouveau. De sorte qu'en m'éloignant de ce j'ai pu être par le passé, je me rapproche d'une version encore inconnue de moi-même. C'est là même le principe de la religion : se rapprocher d'une autre version de soi-même au sacrifice de ce qui fut, jadis, sa propre identité. 
Maurice Merleau-Ponty
Le secret de cette dialectique, si on la prend au sens brut, c'est d'échanger sa vie avec ce qui est étranger à soi. Ou encore, laisser ce qui est autre, prendre possession de soi. Pour que le professeur puisse me transmettre le savoir, je dois m'abandonner à son enseignement, lui prêter mon attention et ainsi, pendant toute la durée du cours : cesser d'être. Maurice Merleau-Ponty, dans Sens et Non Sens, écrivait justement : "chaque chose n'affirme son être qu'en me dépossédant du mien". Aussi, pour faire un peu de place à l'existence de l'autre, je dois faire un tant soit peu, abstraction de la mienne.

mercredi 9 mai 2018

La conscience par Descartes - Introduction au thème du « moi »

René Descartes
Introduction à la problématique : 
   
Etre conscient signifie pour l'homme pouvoir se penser lui-même, avoir un certain regard sur lui-même. Grâce à cette faculté, on ne peut plus considérer l'homme comme un «objet», c'est à dire quelque chose qui n'a pas conscience d'être. Puisque l'homme, grâce à sa conscience, devient justement l'être qui, par excellence, va pouvoir s'interroger sur les objets, s'interroger sur le monde qui l'entoure. On peut donc définir la conscience comme une distance, un creux qui sépare l'homme du monde, tout en le mettant en relation avec ce dernier. Le premier réflexe en philosophie, c'est de s'interroger sur la valeur de la conscience, c'est-à-dire sur ce qu'elle implique et ce qu'il faut en tirer, mais aussi sur ce qu'elle est tout simplement : un fait, une substance ? Etre conscient ne signifie pas seulement avoir conscience de soi-même et du monde, mais aussi avoir conscience de l'impact de ses propres agissements sur le monde. Or, dès lors qu'on est conscient de ses propres actes, on en devient «responsable», c'est-à-dire qu'on en est l'auteur et qu'il devient possible d'en être jugé ou condamné. 

Ce que pense Descartes : 

  On ne peut pas douter de la conscience que l'on a d'exister. Descartes nous apprend que la conscience de soi est une certitude absolue. Dans sa démarche du doute méthodique, il parvient en effet à la certitude de l'existence de la conscience qu'il appelle : «cogito». Selon lui, on peut douter de tout, jusqu'à l'existence de son propre corps, mais on ne peut pas douter de cette chose qui fait justement que l'on doute. Autrement dit, on peut douter de tout, mais on ne peut pas douter du fait que l'on doute, car ce doute est une pensée. Pour qu'une chose soit réelle ou fausse, il faut donc présupposer que son point de départ soit quant à lui absolument vrai. On ne peut donc pas douter du fait que l'on existe. 

Ouverture sur une autre problématique : 

   Mais l'important dans la réflexion sur la conscience, c'est de ne pas confondre conscience de soi et connaissance de soi. En effet, avoir conscience de soi, c'est savoir que l'on existe et savoir que le monde est, sans pour autant pouvoir se connaître dans l'absolu. Malgré sa conscience, on peut se tromper sur la nature de son propre être. Ce n'est pas parce qu'on est certain d'exister qu'on peut pour autant être certain de savoir qui on est. Descartes définissait la conscience comme une «substance», c'est-à-dire une chose dans le corps totalement distincte de la matière. La matière est une substance matérielle pour Descartes tandis que la conscience est une substance immatérielle. Toute l'interrogation qui aura suivi la théorie de Descartes consistera justement à se demander si en définissant la conscience comme une «chose» indépendante du monde, le philosophe français ne faisait pas une erreur, en oubliant l'impact du monde sur elle.




samedi 5 mai 2018

2000 - La fin d'une ère

Lauryn Hill
Comment ne pas être nostalgique du début des années 2000, lorsque l'on parle de musique ? J'aurais voulu que les générations actuelles puissent connaître cette époque si riche en termes de variété musicale. Ce fut clairement une époque durant laquelle les goûts musicaux n'existaient pas. Chacun était apte à apprécier et pouvait écouter des musiques de tout genre. 

On se contentait simplement de laisser tourner MCM ou TRACE TV en boucle tout l'été. Quelle époque formidable. Y repenser me rend nostalgique et me déçoit de l'univers musical d'aujourd'hui. Non pas parce que la musique serait moins bonne aujourd'hui mais parce qu'elle porte en elle, une sorte de snobisme, d'esprit de clan : une musique communautaire et sexualisée écrite pour un groupe social déterminé. 

L'un des plus grands exemples qui témoignent de ce changement réside dans le fait que, par le passé, il n'était pas aussi compliqué qu'aujourd'hui pour une femme noire au teint foncé voire très foncé (darkskin) de se faire un nom dans la musique. Et toutes celles qui étaient célèbres jadis sont entrées dans le registre de l'oubli (Lil Mama, Mary J. Blige, Missy Eliot). De la même façon, des artistes de tout horizon parvenaient à se faire un nom, même durant un laps de temps très court. Mais aujourd'hui, les mêmes parviennent à régner ou à avoir de l'audience simplement grâce à ce que dégage leur physique. Et surtout lorsque l'on parle d'artistes féminines noires en R'n'B, Rap ou Pop en général, il se fait de plus en plus dur de se faire un nom sans avoir la peau claire (lightskin). Et c'est ce qui, je crois, témoigne de l'altération de nos goûts et notre faculté à juger.  

J'ai connu cette belle époque où les hommes écoutaient Beyoncé aussi bien que La fouine mais tout est en train de disparaître au profit de l'image. Aujourd'hui, on est ce qu'on écoute car la musique est devenue communautaire et identitaire. Cette variété et cette indifférence qui m'ont permis d'apprécier Beyoncé, Kelly Rowland, Monica, Cassie, Mariah Carey, Lauryn Hill et j'en passe, sans être considéré comme un homme étrange n'est plus, et l'esprit musical également.



La souffrance étouffée des hommes de la classe moyenne

Le sujet de cet article me tient à cœur car j'en rumine le contenu et les idées depuis assez longtemps. Cette réflexion parle de moi et...