mardi 11 août 2015

Un nombre infini de fois... L'éternel retour

Souvent, nous nous interrogeons sur le sens de nos vies, sur la question de savoir si tout ce que nous faisons a un intérêt, ou même, plus simplement, si nos choix d'hier, auraient pu, s'ils étaient différents, changer notre demain.. En bref, tout se passe comme si, nous nous posions la question du sens de l'existence avant même de l'avoir vécu ! Ainsi, nos regrets, nos peines, nos questionnements s'entassent comme le travail que nous avons à faire alors que nous passons notre temps à nous demander s'il vaut la peine d'être fait. Mais n'est-il pas absurde finalement, de s'interroger sur une chose non terminée, non aboutie? Un peu comme, s'interroger sur la beauté finale d'un tableau, alors que nous sommes encore en train de le peindre? 
C'est ainsi que Nietzsche a compris qu'en réalité, nul (encore moins l'homme), ne peut juger de la valeur de vie, tout en en faisant partie. Tant que nous vivons, nous ne sommes pas aptes à déterminer si cette vie, aussi stupide que nous la concevons, vaut le coup ou non d'être vécue. Toutefois, Nietzsche n'efface pas tout jugement de valeur personnel sur nos propres actes. Ce n'est donc pas parce que nous ne savons rien sur la valeur de la vie, que nous ne pouvons pas créer nos propres valeurs individuelles. Et si c'est possible, alors nous pouvons envisager de juger de la valeur de la vie que nous avons mené. Mais de quelle façon?
C'est qu'en réalité, la question du sens de l'existence, ne doit se poser qu'à la fin ; ce moment où nous pouvons enfin observer notre oeuvre. Le défi de Nietzsche est le suivant ; il s'agit à ce moment, de se demander ce que nous ferions si le choix nous était donné de revivre la même vie, à l'exactitude près, et ce, «un nombre infini de fois»! La même vie, c'est à dire, avec ses hauts et ses bas, son bonheur et ses malheurs, la souffrance qu'elle contient et même ses pertes. C'est presque effrayant, mais il ne semble pas y avoir de meilleur barème de jugement de réussite pour la vie. Comment pourrions-nous, en effet, accepter cette vie, qui déjà en pleine expérimentation, nous semblait si pénible et compliquée. De même, tous ces moments douloureux, peut-être même parfois, la perte d'êtres chers dont nous n'arrivons parfois jamais à nous remettre. Comment pourrions-nous accepter de revivre tout ça?
Nietzsche n'y voit q'une seule solution, et elle se nomme Amor Fati, ou l'amour de son sort. Toute l'idée de ce concept repose dans une phrase condensée : «vis comme si, dans tout ce que tu veux faire, tu voulais le faire un nombre infini de fois.» Il s'agit donc, de tout vouloir au cours de sa vie ; souffrance, plaisir, perte, gain. Puisqu'en effet, qu'aurions-nous à éviter dans le fait de revivre la même vie, si nous y avons tout voulu et accepté ? C'est qu'Amor fati, signifie surtout, amour du destin, et le destin est par excellence, ce sur quoi nous n'avons aucun contrôle. Accepter de revivre cette vie est donc accepter le fait qu'il y ait parfois des choses qui nous dépassent et  malgré tout, garder notre amour de la vie intact. Par l'amour de notre destin, nous effaçons dans nos vies, toute crainte et tout regret final ; et y sommes préparé, c'est la définition même de la sagesse. 

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