dimanche 15 février 2015

Elle


  « Je lui accorde la moindre de mes pensées. Chaque minute, chaque seconde de cette drôle de chose qu'est mon existence, n'est tournée que vers Elle. Je n'ai pourtant jamais été une personne très centrée sur les femmes. Je ne comprend pas pourquoi celle-là me fait souffrir. 
  Je la ressent, elle vit en moi, en mon cœur. Comme s'il battait au rythme de ses pas sur le trottoir. 
  La voici qui passe sur le Boulevard. Les battements de mon cœur changent de cadence, ils augmentent. La voir, représente pour moi, la douleur absolue de la condition humaine. Elle est l'oxygène, je ne suis que le cœur : elle n'a pas besoin de moi pour exister, je ne suis qu'un organe conditionné pour avoir besoin d'elle. Je ne puis me comprendre moi-même. Ses hanches, le rythme de ses pas, cette musique m'enivre. 
  Cette femme ne parle pas, mon esprit invente ses paroles. Elle porte une jupe, et des petites ballerines dorées. Telle une danseuse de balai, elle tourne sur la rue Saint-Michel en effectuant un mouvement ordonné. Ce mouvement est parfait, comme s'il avait été travaillé durant des années. A la vue de ce mouvement, ma douleur cardiaque atteint le stade critique. Son mouvement, me révèle par la nécessité qu'elle se retourne, son visage. Il est beauté indescriptible. Je ne puis l'expliquer. 
  L'aveuglement par lequel je tend vers elle, échappe à toute rationalité, et m'échappe moi-même. Ce n'est pas moi. Elle m'emporte et m'élève hors du monde, dans un horizon méconnu des Dieux. Un horizon accessible aux hommes uniquement. Cette femme si parfaite, qui seule peut satisfaire mes désirs les plus fous, c'est le désir lui-même dans son caractère infiniment tourmenteur.
  Sa puissance reste infinie quand bien même je sais que je ne la posséderai jamais. Peut-être me satisfais-je de la chose. Peut-être mon dessein est-il de jouir de son absence, de la façon dont elle m'échappe. Suis-je fou ? Sombre rêveur d'un soir qui croise le spectre de son désir prenant la forme humaine de la réalité la plus banale. Non, je ne suis pas fou, je suis encore un de ces hommes s'étant laissé croire que son désir pouvait être satisfait sans se détruire lui-même en même temps. 
  La fin, chacun la connait, c'est la souffrance et le désespoir. Cette femme me conduira à ma tombe, dans l'ordonnancement nécessaire de ma condition. Car tel est mon destin : l'inassouvissement de la soif de vie qui m'incombe. Cette soif paradoxale, qui ne s'efface que par l'ingestion du breuvage mortel de la soif. Je suis le héros de l'histoire d'un homme qui voulait vivre. »

Johan Banzouzi

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