dimanche 12 octobre 2014

Du Néant à l'amour

« Le plus dur je pense, c'est de constater que personne ne vous comprend, même pas vous-mêmes. Quand vous êtes comme ci ou comme ça sans savoir pourquoi. Les autres penseront qu'il s'agit juste d'une mauvaise habitude sans savoir qu'il s'agit d'un appel au secours, que personne n'entend malheureusement, et qui peut s'avérer parfois n'être  jamais entendu par personne, si ce n'est par ce vide qui se trouve en nous et que l'on appelle « conscience ».

 Qui n'a jamais essayé de se renfermer sur lui-même pour trouver un réconfort que le monde extérieur ne parvenait pas à lui donner ? Qui n'a jamais lu ces phrases sur les réseaux sociaux affirmant qu'il vaut mieux avancer seul que mal accompagné ou encore qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même ? Mais qui n'a jamais en même temps ressenti le vide que provoque le repli sur soi ? L'amplification de la solitude que donne à sentir le repli sur soi n'est due qu'à une seule chose ; la conscience n'est rien. Pour que le repli sur soi puisse nous soulager, il aurait fallut que la conscience soit un objet, et qu'elle nous permette de nous saisir nous-même. Or, il n'en est rien, la conscience est un néant fondamental, elle n'est que mémoire et sentiment de présence à soi. Et dans nos moments solitude, nous avons besoin de dialogue et non de souvenirs, car le passé  ne répond pas aux questions. 

Concernant ce sentiment d'incompréhension de soi, il s'explique en ce que la conscience est une structure échappant à toute saisie, il est en ce sens normal qu'elle se trouve dans l'incapacité de se saisir elle-même. Ainsi, ne pas pouvoir se comprendre ou se connaître n'est pas anormal, et ce n'est pas dans un hypothétique « inconscient » que le problème est caché. Les conséquences semblent rudes mais il ne s'agit pas d'un échec pour autant. S'il se trouve que par moments, nous changeons d'humeur, c'est tout simplement par désir d'autrui. C'est qu'il y a quelque chose en rapport avec les autres qui nous tracasse, or, se replier sur soi revient, dès lors, à éviter le problème. La solitude ne peut être combattue que par l'amour, et l'amour n'est pas en soi, mais se trouve dehors, vers les autres. 

Parfois, il arrive que l'on se demande pourquoi on existe, pourquoi on continue à vivre une vie aussi pénible sans justification particulière, en somme, que l'on se demande si la vie vaut ou non la peine d'être vécue. Une telle situation n'a pas d'autre cause que le manque d'amour. Pour vivre correctement, l'être humain a besoin d'amour, car l'amour n'est rien d'autre que ce sentiment d'avoir une raison d'exister, une raison d'être au monde. On comprend mieux maintenant, que la souffrance est ce qui nous rappelle l'absurdité de l'existence, cette absence de sens plus qu'évident. Mais l'absurdité de l'existence doit être combattue par l'amour, qui, je le répète, ne se trouve jamais en soi, mais dehors, vers le monde humain. Que la conscience cherche l'amour ou le réconfort à l'intérieur d'elle-même et elle se condamne au désespoir, qu'elle ose aller vers l'autre, donc vers ce qui n'est pas elle et elle s'assure de ne plus souffrir. »

Du Néant à l'amour 

Johan Banzouzi


« Au lieu de nous sentir de trop, nous sentons à présent que cette existence est reprise et voulue dans ses moindres détails par une liberté absolue qu'elle conditionne en même temps — et que nous voulons nous-mêmes avec notre propre liberté. C'est là le fond de la joie d'amour, lorsqu'elle existe : nous sentir justifiés d'exister. »

Jean-Paul Sartre, l'Etre et le Néant, 1943


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