Accéder au contenu principal

Le désir nous éloigne-t-il d'autrui ?

Introduction : Le désir peut être définit comme la tendance du sujet vers un objet réel ou imaginaire qu'il sait source de satisfaction. Mais comme le montre cette définition, et dans la mesure où le monde est constitué de plusieurs sujets, la possibilité que plusieurs sujets visent le même objet réel, peut provoquer le conflit, conflit qui, nécessairement provoquerait un éloignement et une tension. De même que le désir, dans la mesure où il concerne le sujet, vise une satisfaction individuelle, et la satisfaction semble en ce sens, dépendre de l'égoïsme que ce dernier mettra en oeuvre pour l'obtenir. Ainsi,comme on l'observe au premier abord, le désir nous éloigne bien d'autrui, qui, bien au-delà de désirer comme moi, peut devenir un obstacle à ma satisfaction. Cependant, affirmer que le désir nous éloigne d'autrui, c'est oublier que, paradoxalement, l'une des formes qu'il prend, c'est à dire, l'amour, donc l'élan du sujet vers autrui pour se compléter, provoque au contraire non pas l'éloignement, mais le rapprochement d'autrui, qui devient l'objet source de satisfaction. Nous sommes donc face à un véritable problème relevant d'une dialectique du désir, qui semble à la fois viser autrui, et nous en éloigner. Mais d'autre part, une autre dimension du problème s'impose à nous. En effet, cette guerre ou cette tension dont semble être porteur le désir, ne se situe pas uniquement entre un sujet et un autre sujet, mais aussi entre un sujet et lui même. Le désir, est effectivement responsable d'une tension interne entre l'animalité qui vise la satisfaction personnelle, et la raison qui impose l'obéissance à la morale. De plus, autrui désigne ce qui est à la fois comme moi, et différent de moi. Ainsi pourra-t-on montrer, en partant de cette définition, qu'un seul sujet peut être à la fois lui-même, et un autre que lui-même, dans le sens où le désir est finalement aussi cet élan qui pousse l'individu à aller vers ce qu'il n'est pas encore, un "autrui" qu'il est, sans être encore.



I. Le désir comme élan vers autrui


1. Le désir amoureux, élan du sujet vers un autre sujet


Roméo & Juliette
Faire l'expérience du désir amoureux, c'est constater que l'on ressent une attirance pour autrui. Le désir est souvent connu pour viser autre chose que les autres mais pourtant, le désir peut bel et bien prendre autrui pour objet. Et la puissance du rapprochement qu'il provoque peut parfois être surprenante. L'histoire de Roméo et Juliette permet de mieux comprendre cette idée. En effet malgré tout ce qui sépare nos deux tourtereaux, ils semblent contre la force des choses, aller l'un vers l'autre dans un élan fort. Mais si le désir nous pousse à nous rapprocher de l'autre d'une telle manière, c'est que peut-être, il est ancré en nous depuis la nuit des temps. D'ailleurs, Platon, aide à mieux comprendre cette idée. Dans son oeuvre, le Banquet, il montre que dans des temps lointains, l'homme, androgyne, était complet comme un être parfait, mais qu'il a été coupé en deux par Zeus, ce qui explique le désir amoureux, qui est en fait rien d'autre selon Platon, que la tentative de réunification avec la moitié de laquelle nous avons étés arrachés.


2. Le désir comme désir de reconnaissance

Concevoir le désir sous l'auréole de l'amour et de la douceur, c'est oublier que le désir peut désigner un rapprochement placé sous le signe de la conflictualité. C'est ainsi que Hegel le voyait dans son oeuvre majeure la Phénoménologie de l'esprit, dans laquelle il démontre que ce qui fonde l'humanité de l'homme, c'est ce désir de reconnaissance dont la satisfaction réside en autrui. C'est ainsi que dans la partie intitulée la dialectique du maître et de l'esclave, Hegel montre que le désir de reconnaissance pousse l'individu à aller vers autrui pour un affrontement, ou plutôt une lutte à mort nécessaire dans laquelle le gagnant sera celui qui décide de renoncer à sa propre vie au nom de sa liberté, et le perdant sera celui qui préférera survivre et être dominé par l'autre. Ainsi, le maître sera la gagnant, et pourra dominer le perdant qui sera esclave. L'idée est la suivante : l'individu va vers autrui et a besoin de lui pour être reconnu dans sa supériorité. Le désir de reconnaissance, pour être satisfait, nécessite donc un élan, et le courage d'affronter autrui dans une lutte. On comprend bien en ce sens que le désir, loin de nous éloigner d'autrui, semble plutôt nous rapprocher de ce dernier.


3. Le désir comme imitation du désir d'autrui

D'autre part, on peut imaginer que si autrui est également comme moi, un être de désir, et qu'il est en ce sens capable de désirer les mêmes choses que moi, alors mon désir peut provenir du sien, et vice versa. Nombreux sont les moments dans lesquelles on remarque que l'on ne désirait pas une chose avant de l'avoir vu chez quelqu'un d'autre. On remarque d'ailleurs très bien aujourd'hui comment les grandes  marques jouent sur ce point là pour mieux vendre. C'est à dire en provoquant à travers des personnes d'une certaine classe financière et sociale, le désir d'obtenir le même objet, chez les personnes d'une autre classe sociale. Mais cela peut même aller plus loin, on remarque dans certains cas que même l'objet qu'autrui n'a pas, mais qu'il désire, peut provoquer en nous le désir d'obtenir cet objet aussi. René Girard, a mis cette théorie bien en évidence en montrant que le désir était souvent imitation du désir de l'autre, ou désir mimétique, c'est d'ailleurs selon lui, la clé de la jalousie et du snobisme. Ainsi, le désir semble encore une fois, ne pas nous éloigner d'autrui dans la mesure où c'est avant tout autrui qui l'attise en nous.



Transition : De l'amour à l'imitation, en passant par la reconnaissance, on le voit bien, il paraît plus qu'insensé d'affirmer au premier abord que le désir nous éloigne d'autrui, dans la mesure où ce dernier semble être soit la seule condition de satisfaction ou même le moteur du désir justement. Cependant, se limiter à une telle conception du désir, c'est ne voire qu'une part assez commune de celui-ci, or, en y regardant de plus près, on peut y discerner une véritable source de conflit rendant impossible une vie en communauté, donc nous éloignant finalement d'autrui.



II. Le désir comme facteur de destruction et de séparation



1. Le désir est essentiellement violent

Si, comme le pensait Spinoza, le désir est l'essence même de l'homme, alors une chose est sûre, c'est que tous les hommes en sont porteurs, or si tous les hommes en sont porteurs et si le désir désigne la tendance du sujet vers un objet,  et que l'objet qu'il vise est réel, alors deux sujets peuvent viser le même objet. La question qui se pose est : que se passe-t-il quand mon désir se heurte au désir d'autrui ? La réponse est simple, il suffit de se remémorer les causes de plusieurs guerres dans l'histoire de l'humanité. Quand deux pays désirent la même terre, le seul moyen pour être satisfait est de tuer l'ennemi qui m'empêche de satisfaire mon désir. Ainsi, autrui n'est plus simplement là de manière innocente, mais devient bel et bien mon ennemi. Une telle conception du désir fut défendue par Thomas Hobbes dans le Léviathan. Pour lui, parce qu'il est un être désir, l'homme à l'état de nature est nécessairement violent, c'est ancré en lui. Le désir, dit Hobbes, ouvre la guerre de tous contre tous. Ainsi, on le voit bien, le désir a également un caractère destructeur, qui, par sa violence, sépare les hommes, et les pousse à se méfier les uns des autres. Cette séparation s'incarne dans l'exemple qu'utilise Hobbes dans l'oeuvre que nous venons de citer : nous verrouillons les portes de chez nous quand nous ne sommes pas là et nous dissimulons les objets nous étant chers, afin que les autres ne s'en accaparent pas. Or, il n'y a pas d'autre conséquence découlant de ce comportement, si ce n'est finalement l'impossible vie en communauté, car le désir des uns cause la méfiance des autres, et la méfiance des autres cause l'éloignement. Ainsi,comme on le remarque le, désir nous éloigne bien d'autrui.


2. Le désir est égoïste

De plus, en s'intéressant d'un peu plus près au désir de reconnaissance, on constate qu'il est finalement un peu de la même nature. Puisque si l'on reprend l'exemple de Hegel dans la dialectique du maître et de l'esclave, on constate qu'une fois que le maître a gagné la reconnaissance après la lutte, il domine l'esclave, qui se met dès lors à son service, et de cette situation, naît une séparation de l'autre au niveau du respect de son humanité, puisque l'esclave perd finalement dans un premier temps sa dignité, il perd le statut d'homme, et devient esclave, tandis que c'est le maître qui reste humain dans la mesure où il a prit le risque de perdre la vie pour son honneur Ainsi, le désir est un facteur d'éloignement et de distinction, en outre les activités entre le maître et l'esclave sont différentes, puisque l'esclave travaille et le maître ne fait plus rien. Cette distinction de l'ordre de l'humain et du non-humain, semble insensée mais est pourtant réelle. Quand les nazis lors de la seconde guerre mondiale, ont capturé les juifs, ils leur ont finalement retiré leur humanité. Pourquoi ? Tout d'abord parce qu'ils ont refusé de les reconnaître comme étant pleinement humains en les traitant avec autant de dignité que des animaux, et d'autre part en ne les faisant pas travailler mais accomplir des tâches.On peut sans problème dire qu'au départ, les nazis étaient finalement animés par le désir de reconnaissance, ou plutôt de domination, mais pourtant ce qu'on remarque, c'est que ce désir provoque un éloignement de l'ordre du statut, à savoir humain ou inhumain. C'est d'ailleurs pourquoi pour Hegel, je ne suis un homme que si autrui m'accorde ce statut. En somme, le désir peut nous amener à nous éloigner d'autrui dans le domaine du statut.


3. L'insatiabilité du désir amoureux


"Mes relations ne durent jamais", cette citation devenue culte, renferme en elle une grande vérité sur le caractère même du désir. Puisqu'en effet, dire "mes relations" signifie ici que le désir a visé de multiples sujets. et s'il a visé de multiples sujets, c'est qu'aucun n'est parvenu à le satisfaire. Ainsi, ce qu'on comprend, c'est que le désir finalement, par son caractère insatiable, condamne l'homme à errer de tentative de satisfaction en tentative de satisfaction, toujours de manière vaine. D'ailleurs, pour Platon, dans le mythe des androgynes dont nous avons parlé dans la première partie, l'homme, parce qu'il est imparfait,est condamné à chercher l'âme sœur sans jamais la trouver. On comprend mieux encore une fois en quoi le désir peut nous éloigner d'autrui, car quand une personne ne nous satisfait pas on finit par s'en éloigner, et parfois, de la souffrance résultant de l'insatisfaction, naît la dépression, qui nous renferme finalement sur nous même, nous rendant ainsi réticent au contact des autres.


Transition: A cette étape de la réflexion, nous en sommes à réduire le désir à une force repoussante, nous éloignant d'autrui par son caractère égoïste et insatiable. Mais pourtant, en y regardant de plus près, on peut constater qu'en première partie, on a prouvé tout le contraire, puisqu'on a fait d'autrui l'objet de satisfaction du désir. Nous sommes censés être en marche vers la solution au problème, mais nous semblons pourtant toujours en être au point de départ, puisque comme lorsque l'on essaye de faire se toucher deux aimant, le désir semble n'être pas enclin à accepter autrui. Mais pourtant, d'un autre côté, le désir semble être indubitablement une marche vers autrui, comme nous l'avons vu avec l'amour, et paradoxalement, quand autrui ne le satisfait plus, le désir nous éloigne de cet autrui pour viser encore une fois un autre autrui. Comment définir ce mouvement bien particulier qu'est le désir ?


III. Le désir comme moteur d'un mouvement dialectique




1. L'objet du désir amoureux, est une autre forme de nous-même

Dans le mythe des androgynes de Platon, il est expliqué que ce que le désir amoureux vise, c'est l'unification, c'est à dire le fait de ne plus faire qu'un avec un autre. Or, l'être que l'on souhaite devenir grâce à l'amour, est constitué d'une part de nous, et d'une part d'autrui. Autrement dit, le désir amoureux, nous éloigne de ce que nous étions à la base, c'est à dire un être unique, séparé de sa moitié, pour nous rapprocher de ce que nous ne sommes pas encore, c'est à dire, un être complet, ne faisant qu'un avec sa moitié. Mais cet être que le désir nous fait devenir, est à la fois nous, et quelqu'un d'autre que nous, puisque tant que nous désirons, nous ne sommes pas encore l'être unifié, et l'être unifié, est différent de l'être que nous sommes tant que nous ne sommes pas unifié. Et d'une autre part, une fois que l'unification est faite, c'est à dire, une fois que le désir est accompli, et que nous retrouvons notre moitié, c'est ce que nous étions dans le passé qui devient différent de nous. Donc, le désir amoureux nous éloigne bien d'autrui, mais le "autrui" dont il nous éloigne, c'est l'être que nous étions dans le passé. Et en nous éloignant de cet "autrui" du passé, on se rapproche d'un autre "autrui", c'est à dire, nous-même dans le futur. Ce mouvement, comparable à un dialogue ou a un échange entre nous et nous-même, se nomme dialectique. En somme, le désir est un mouvement de dépassement de soi perpétuel, et dans le cas du désir amoureux, son mouvement a pour but de nous faire passer du "je", au "nous", une fois réunis à notre moitié. On pourrait résumer la chose en disant que le désir nous éloigne d'autrui pour nous rapprocher d'autrui.


2. On ne désire pas obtenir un objet, on désire qu'autrui en soit privé

On l'a vu dans la partie précédente, le désir, quand il vise le même objet qu'autrui, provoque un conflit qui fait d'autrui, un obstacle et un ennemi qu'il faut éliminer, ce qui fait que le désir nous éloigne d'autrui. Cependant, en poussant la réflexion plus loin, il est possible de distinguer un paradoxe assez profond. C'est encore une fois Thomas Hobbes qui l'a mis en évidence dans son Traité de la nature humaine. Il montre qu'en fait, on ne désire pas un objet pour notre satisfaction, on le vise uniquement parce que autrui le vise aussi. Donc, l'objet du désir n'est pas l'objet réel, mais le fait d'en priver autrui. Car quand je possède un objet qu'autrui désire également, il est obligé de reconnaître ma supériorité. L'objet du désir est donc en réalité l'aveu du pouvoir, ou plutôt l'honneur. Tout désir selon Hobbes est désir de pouvoir. Mais ce qu'il y a d'encore plus paradoxal, c'est que la seule source de satisfaction de ce désir, est encore une fois autrui, car si l'objet du désir est l'aveu du pouvoir, alors nécessairement, si autrui n'est pas là pour avouer ma supériorité, mon désir reste insatisfait. Ainsi,on le voit bien, le désir semble nous éloigner d'autrui, dans la mesure où il me barre la route, mais ne nous en éloigne finalement pas, puisque ma satisfaction repose sur lui. En somme, le mouvement du désir repose encore une fois sur un échange ; autrui me barre la route, il faut bien que je l'élimine, mais il faut qu'il soit encore là pour reconnaître ma supériorité.


3. Le désir de reconnaissance suppose une reconnaissance mutuelle

On peut également trouver un trouble similaire dans le désir de reconnaissance,puisque quand le maître 
prend le dessus sur l'esclave, et le fait travailler pour lui, c'est la présence d'autrui qui donne une valeur à cette domination. Il faut qu'autrui soit là, il faut qu'il soit un être conscient pour que la domination du maître soit effective. Ainsi, le fameux désir de reconnaissance ne nous éloigne jamais d'autrui, puisque l'objet même de ce désir est autrui. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, on peut dire qu'il n'y a dans la dialectique du maître et de l'esclave, ni esclave ni maître, mais uniquement une relation humaine. Et les relations humaines sont caractérisées par l'interdépendance. Ainsi, comme le montre Hegel dans la suite de son oeuvre, celui qui semblait être l'esclave, finit par se libérer en travaillant et en façonnant le monde à sa pensée, tandis que le maître devient l'esclave puisque, ne sachant pas travailler, il finit par dépendre de son esclave. Mais d'une autre part, en travaillant, l'esclave cherche aussi la reconnaissance du maître. Car à travers son travail dit Hegel, l'esclave désire prouver son humanité au maître. Comme on le comprend désormais, le désir ne nous éloigne jamais d'autrui, mais enfonce un peu plus nos relations dans l'interdépendance. C'est d'ailleurs là le sens même du titre de la partie de l'oeuvre de Hegel : Dialectique du maître et de l'esclave, c'est à dire échange, interdépendance.


4. Le désir nous éloigne de ce que nous étions dans passé pour nous rapprocher de ce que nous ne sommes pas encore

Le désir est en somme, une espèce de match de tennis, constitué d'échanges, et reposant sur un échange dont autrui est absolument nécessaire. La base du désir est autrui, et sa satisfaction dépend de lui. Nous venons donc d'en finir avec le plan externe du désir. Mais qu'en est-il au sens de l'individu ? Comme nous l'avons dit précédemment, autrui désigne ce qui est à la fois "comme moi" et "différent" de moi", mais cette définition ne fonctionne pas uniquement sur les autres hommes mais aussi pour nous même. Ainsi, on peut se demander si le désir ne nous éloigne pas de nous-même. En constatant que le désir est un élan nous projetant vers des objets externes à nous, il paraît clair que dans ce même élan, ce qui change, ce n'est pas l'objet que nous visons, mais nous même. Par exemple, quand je désire la reconnaissance d'autrui, même en passant par la lutte à mort, je finis toujours par en tirer quelque chose. En effet, le maître finit par comprendre qu'il est dépendant d'autrui et que le fait que ce dernier travaille, prouve qu'il est humain comme lui. Et de cette prise de conscience, naît la morale. Ainsi, celui qui était au premier abord, indifférent et sans pitié, finit par devenir quelqu'un de moral. Donc, le désir éloigne le maître de son animalité primaire, pour le rendre pleinement humain. De la même manière, l'esclave, quand il travaille, finit par dépasser le statut d'animal voulant à tout prix survivre, et finit par devenir un être humain construisant un monde à son image. En somme, ce qu'on comprend finalement, c'est que si le désir nous éloigne d'autrui, il ne s'agit pas de celui que l'on pense. Le "autrui" dont nous  éloigne le désir, c'est la version animale de nous-même. Et en nous éloignant de cette animalité, le désir nous rapproche d'un autre "autrui" qui n'est rien d'autre que nous-même, mais sous le statut d'humain. Le désir éloigne donc l'homme de son état de nature, pour le rapprocher de son véritable état, c'est à dire, l'humanité.



Conclusion : On peut dire pour terminer que le désir peut sembler au premier abord nous rapprocher d'autrui dans le sens où il peut prendre autrui pour objet, et aussi nous en éloigner dans la mesure où il est insatiable. Mais son insatiabilité elle-même, en fait une recherche perpétuelle, qui finit toujours par nous mener à autrui. C'est ainsi que nous en sommes arrivés à montrer que nous ne désirons pas les objets pour se les approprier, mais uniquement pour en priver autrui et l'obliger à nous reconnaître. Nous pouvons donc dans ce cas précis dire que le désir ne nous éloigne jamais d'autrui car son mouvement même, suppose autrui. Enfin, nous avons étudié la question sous l'angle individuelle et nous nous sommes demandé si le désir éloignait l'homme de lui-même. A cette question nous avons répondu que oui, le désir éloignait bien l'homme de cet "autre" version de lui même, à savoir, la version animale; pour le rapprocher d'une version  toujours "autre", mais plus adaptée de lui-même, c'est à dire l'humanité. On peut donc répondre à la problématique en disant que le désir ne nous éloigne jamais totalement d'autrui, et nous jette toujours face à lui, qu'il s'agisse de nous-même, ou des autres.









Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Suis-je ce que j'ai conscience d'être ? / Qui suis-je ? / Puis-je me connaître ?

Introduction:

  Il n'y a rien de plus certain et de plus important pour un homme que le fait et le sentiment d'avoir une identité. Notre identité, c'est ce que nous affirmons lorsque nous disons «je» ou «moi». Elle renvoie à ce que nous appelons communément, notre «caractère», c'est-à-dire notre manière d'être aux yeux des autres. Avoir conscience de soi n'a donc pas d'autre sens au départ que celui de savoir que nous correspondons bien à ce caractère que nous nous forgeons en existant. Pourtant, ce caractère qui nous semble si certain, peut nous échapper par moment ; nous pouvons nous persuader de faire quelque chose, sans pourtant au moment venu, la réaliser comme prévu. De même nous pouvons dire dans l'embarras, quelque chose de faux, par la simple présence d'une personne que l'on veut impressionner. Ainsi, le «je», ou le «moi» pourraient s'avérer n'être que des illusions résultants d'une méconnaissance de l'influence du monde …

Accomplir tous ses désirs est-ce une bonne règle de vie ?

 Introduction:

 Souvent comparé au tonneau des Danaïdes qui se vide à chaque fois que l'on essaye de le remplir, le désir se caractérise par son caractère insatiable. En effet, à peine est-il satisfait, que de la satisfaction passée, apparait le regret qui donne lui-même naissance à un nouveau désir. Le problème qui se pose émane justement de ce caractère insatiable. On le voit bien, tout comme l'a montré Thomas Hobbes dans  Le Léviathan, qui disait que du désir des hommes non guidés par une instance supérieure apparaissait "la guerre de tous contre tous". Ainsi, la définition même du désir nous mène vers la tension qu'il amène dans une vie avec autrui, si bien que l'on peut se demander si accomplir tous ses désir est une bonne règle de vie. Mais se poser cette question, c'est demander s'il est possible de maîtriser ses désirs ou de renoncer à certains d'entre eux, mais c'est aussi affirmer au préalable que les désirs peuvent être satisfaits, …

Peut-on réduire l'esprit à la matière ?

Introduction: S'il y a une certitude partagée de manière assez universelle, c'est bien celle que l'esprit s'oppose à la matière, comme la théorie s'oppose à l'expérience. On voit en l'esprit l'élément immatériel incarné dans l'homme, cette fameuse "substance pensante" (res cogitans) dont nous parle Descartes. Le problème qui se pose, est qu'il y a peut-être des risques à vouloir absolument distinguer la matière de l'esprit. Car paradoxalement, c'est notre esprit qui nous met en lien direct avec la matière, et donc nécessairement le rapport à la matière qui nous fait savoir que nous sommes des êtres spirituels. Nous sommes donc invités à nous interroger sur la question de la légitimité du dualisme. En somme, peut-on réduire l'esprit à la matière? Cette question, qui, au premier abord paraît totalement paradoxale, du fait que par essence, matière et esprit s'opposent l'une à l'autre, peut devenir intéressante si l…