dimanche 20 avril 2014

Cet horizon fuyant qui nous attend.

« Il y a toujours ce moment durant lequel tu n'as rien à faire, tu tournes en rond, tu regardes la télé et tu te rends compte qu'en fait, rien de ce qui s'y passe  ne t'intéresse, ni ne te concerne vraiment. Alors tu te tourne vers le monde extérieur en regardant par la fenêtre. Le paysage lointain a l'air si beau vu de là ou tu es. Tu as une folle envie d'y aller, mais au fond, tu le sais, ce que tu y trouvera ressemblera terriblement à ce qu'il y a là où tu es. Le monde a l'air si petit mais pourtant énorme aussi vu d'où tu es, pourtant tu as la certitude que quelque part, d'autres choses t'attendent pour être vécues. C'est ainsi qu'arrive cette tristesse due à un manque qu'on arrive pas tellement à expliquer tant sa provenance et les choses qui pourraient la satisfaire nous sont inconnues, que l'on appelle la mélancolie, ou si l'on veut être plus précis, la nostalgie : je sais que quelque chose me manque, quelque chose m'appelle, il y a bien quelque chose au monde qui peut me guérir, mais je ne sais pas ce que c'est. Comment expliquer la puissance de ce sentiment que même les liens les plus puissants tels que ceux de la famille ne peuvent pas régler ? L'homme n'est-il au fond qu'un être vagabond ? Un nomade ? Je pense que l'on peut sans problème affirmer que oui. En effet, là où Jean-Paul Sartre nous affirme que nous sommes des êtres libres de par le fait que nous n'avons pas d'essence, il faut ajouter que c'est justement cette condition qui explique nos sentiments et nos ressentis. Je pense que l'homme et le monde sont rattachés, et je ne parle pas ici de son environnement, c'est à dire la nature, mais je parle du monde construit par lui même, qui , de par les milliards d'hommes qui constituent cette énorme communauté de sujets conscients, est encore plus vaste que le monde définit empiriquement. Quand je me pose quelques secondes pour réfléchir au parcours de mon existence, je me demande d'abord quel sens j'ai réussi à lui donner jusque là, et je me demande également s'il faut que je continue dans le projet que je me suis lancé ou s'il y a autre chose qui m'attend, et c'est ces questionnements qui fondent mon humanité. L'homme est tellement libre qu'il en devient perdu. Et je pense que ce qui cause la souffrance et la mélancolie de chaque homme, qui, à un moment de sa vie se demande s'il ne l'a pas raté et s'il n’est pas encore trop tard pour la recommencer, c'est un refus d'accepter le fait que la liberté nous coure après. C'est en pensant que sa famille ne pourrait pas continuer à exister sans lui ou  que la responsabilité bien évidemment imaginaire qu'il a sur ses enfants l'empêchent d'accomplir ce qu'il veut accomplir, que l'homme s'enferme lui-même dans sa mélancolie. Or, il n'y a aucune loi naturelle ou divine, aucune instance supérieure qui détermine notre existence si ce n'est nous-même. C'est à l'homme de se faire, de s'accomplir quelque soit le poids de sa décision. De même que si un homme refuse d'obéir à sa mélancolie et d'aller vers cette chose qui peut-être l'attend quelque part, pour rester avec ses enfants, c'est son choix, et non celui d'un autre. Mais, exister, c'est aussi se lancer vers autre chose. Et être conscient de ça, c'est vraiment exister et ne pas avoir une vie prédéfinie. Un homme que l'on peut définir au premier regard n'existe pas, car exister c'est être comparable à une savonnette dans une baignoire, c'est à dire, être insaisissable. Un homme qui existe, est un homme qui, par exemple, était un riche chef d'entreprise, et décide un jour de tout plaquer pour vivre dans la nature. Car tout ce qui semble définit et change du tout au tout et sans qu'on puisse en anticiper l'action, existe. Alors finalement j'ai trouvé la solution à ce problème de mélancolie. La mélancolie n'est rien d'autre que ce qui me rappelle que je doit exister et non rester comme je suis. C'est tout simplement ma raison qui me rappelle que je suis avant tout un homme libre, et que peut-être que je me prive d'existence par l'immobilité de ma situation. Il y a beaucoup de films comme ça, des films qui, parfois nous donnent des idées et peuvent parfois nous pousser à réfléchir de nous-même pour prendre conscience de la réalité. Je pense que le film qui met le mieux en scène cette chose là, en plus de ça sous forme de comédie, est : Bande de Sauvages de Walt Becker. Ce film qui met en
scène quatre acteurs très célèbres : John Travolta, Martin Lawrence,  William H.Macy, Tim Allen est un film assez existentialiste. En effet, nos quatre héro, devenant vieux, mais embêtés de devoir le reconnaître, ressentent ce mal-être dont je parlais précédemment, ce besoin de changer d'horizon et de quitter cette vie quasi-déterminée. Ils décident de prendre leurs motos, d'oublier leurs identités, leurs téléphones portables et de rouler vers l'inconnu, en somme, exister. La réalité bien sûr, finit par revenir au moment où leur familles respectives finissent par les retrouver, mais l'aventure qu'ils ont menés, les a changé à jamais. Je pense que c'est ce qui doit diriger la vie d'un homme, cette absence de boussole ou de GPS, cette absence d'existence stéréotypée. Car l'homme est aussi un simple hasard, un être dont l'existence, s'est jouée à un spermatozoïde près. L'existence d'un homme se doit d'être aussi hasardeuse et surprenante que sa venue au monde. »

Johan Banzouzi

Cet horizon fuyant qui nous attend

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