samedi 26 avril 2014

A la mémoire des déportés -- Auschwitz-Birkenau (plus un bonus à la fin pour une amie)

Aujourd'hui, lundi 17 mars 2014, moi, Johan Banzouzi, simple élève de terminale littéraire, auparavant pas très intéressé par la question du génocide et des autres crimes de guerre, car trop occupé par ses causes et les idéologies des protagonistes de celle-ci, j'ai eu la chance de visiter les camps Auschwitz et Birkenau en Pologne. Au delà de l'étonnement provoqué par les révélations des actes nazis, cette visite a éveillé en moi un appel à une étude rationnelle, donc, proprement philosophique des faits. Les conditions de vie et de mort, m'ont touché au plus haut point, et amoureux de la philosophie que je suis, je me suis décidé à faire deux choses en même temps. Il s'agira donc de rendre hommage aux victimes des nazis et d'insérer un point de vue philosophique dans l'histoire. Ce sera donc un hommage philosophique dans lequel je m'adresserais directement aux déportés, car ils sont après tout, les premiers concernés.

 Il est neuf heures quarante, nous arrivons devant le camps. Je tente de me mettre dans la peau de l'un de vous. Je suis donc un déporté et mes camarades de classe également. Je les oubli, je fais comme si je ne les connaissais pas. Je me trouve face à ce qui ressemble à une entrée. Il s'agit d'un grand portail noir, avec un panneau assorti au portail, sur lequel on peut lire quelque chose de rassurant : "le travail rend libre". A vue d’œil, j’aperçois des bâtiments. On nous fait entrer, nous avançons. Je suis désormais en plein cœur du camps et je remarque qu'il y avait en fait bien plus de bâtiments que je n'en voyais de l'extérieur. Ils sont
innombrables.On me fait entrer dans l'un des bâtiments, ça m'a l'air commode aujourd'hui. Nous arrivons dans une salle dans laquelle nous pouvons voir des fiches d'information vous concernant ; je suis encore berné, comme vous, déportés, qui pensaient être emmenés vers une nouvelle vie, la vérité ne m'a pas encore frappée. La visite progresse et nous arrivons dans une salle où il est interdit de prendre des photos. Je me demande pourquoi, et j'entre en suivant la guide. Et là, comme le tonnerre ou l'impact provoqué par un bombardement, la vérité m'éclate à la figure. Derrière une vitre, une quantité phénoménale de cheveux humains.  Voir ces cheveux n'est pas impressionnant au fond, un simple animal pourrait les voir aussi. Cependant, je suis un être conscient et doué de raison, donc je ne vois pas uniquement des cheveux, mais des vies d'autres êtres comme moi,  et je sais qu'il aurait très bien pu s'agir de mes cheveux ou de ceux de membres de ma famille. J’arrête, je comprend que jamais je ne pourrais, comme personne d'ailleurs, me mettre dans la peau de l'un de vous et vivre ce que vous avez vécu comme vous l'avez vécu. Et c'est ce que tout le monde doit intégrer ; il est certain que tout le monde n'a pas souffert de la même manière, mais ce qui est encore plus certain, c'est que personne ne peut ressentir ce que d'autres ont ressenti. Les vies de deux déportés du même camps sont incomparables, et ce, tout simplement car bien que les souffrances semblent en apparence être les mêmes pour tous, l'ensemble des perceptions, les manières de prendre, de voir les choses et de les supporter restent propres à chaque individu. Pour en revenir à la visite, la vue des objets qui vous ont appartenu a été accompagnée de récits très précis qui n'ont rien fait de plus que de mettre en valeur le caractère déshumanisant des activités et des traitements que vous ont fait subir les nazis. Je ne pensais effectivement pas avoir un jour à devoir parler d'industrialisation de la personne, mais il faut reconnaître qu'ils vous ont transformé en produits commerciaux, en simple outils que l'on juge à l'apparence et à l'utilité en vue d'une fin donnée et précise. Or, si comme l'a dit Aristote, nous appelons "homme libre", celui qui est à lui même sa fin, et pas celle d'un autre, nous sommes obligés d'affirmer que vous avez étés privés de votre liberté, car vous étiez une fin pour les nazis. Mettre des hommes à nu, les forcer à défiler devant un médecin pour vérifier si l'état physique est correct; n'est-ce pas là la vérification de forme effectuée sur les animaux sur lesquels on compte pour diverses buts ? J'ai donc enfin compris qu'au fond, Arthur Schopenhauer avait raison quand il disait que : "L’être humain est au fond un animal sauvage et effroyable. Nous le connaissons seulement dompté et apprivoisé par ce que l'on appelle la civilisation". Ce qui m’intéresse dans ces paroles, c'est ce caractère universel. En effet, il est nécessaire de rappeler que tout les hommes sont égaux, nul ne part, sauf anomalie naturelle, avec une liberté atténuée. Les nazis se sont donc pris pour ce qu'ils n'étaient pas. Il n'y a pas de race juive, arabe, noire, ou autre, il y a, si l'on tient vraiment à utiliser ce terme, la race humaine. Mais, même ce mot m'a l'air assez fort tout de même, car je pense qu'il y avant tout de la vie. Là où l'Homme passe, il y a une marque, une signification. Donc, les nazis n'ont pas éliminé une partie du peuple juif, tzigane ou autre, mais l'Humanité toute entière. Vous, déportés, étiez pour
eux de simples chiffres, mais vous étiez pour vos familles, des Hommes, ce qui fait que les chiffres apportés par les historiens peuvent en ce sens être considérés comme faux, car plus importants en réalité.  Les nazis ont tués par la même occasion, d'autres personnes condamnés à vivre l'absence de personnes chères et à transmettre le poids de ce malaise de génération en générations. Le caractère universel des paroles de Schopenhauer ne m'intéresse pas qu'en ce point. Il m'intéresse aussi en ce sens que quand il est mis en relation avec les actes nazis, il nous apprend autre chose. Nous voyons en majorité les nazis comme des dégénérés, des êtres ayants perdu la raison, or, chacun de nous, sans exception, aurait été capable des mêmes idées et atrocités, car le mal ne réside pas seulement dans certains êtres en particuliers, mais en chacun de nous. D'ailleurs, comme l'a dit Aristote, tout homme est crée avec la capacité de bonnes comme de mauvaises vertus, à condition de s'exercer à l'une d'entre elles. Autrement dit, et comme je ne me gênerais pas à affirmer, nul homme n'est parfait ou mieux conditionné de quelque manière que ce soit. A travers mes constats et tout ce que m'apporte l'observation du monde, j'ai compris une chose dont je suis désormais certain ; il n'y a ni de mal, ni de bien, mais je pense qu'il y a uniquement ce que j'appellerais de la propension. En d'autres termes, il y a en nous, une capacité à la bonne, comme la mauvaise attitude à travers notre manière d'absorber les choses, les visions, les idées auxquelles nous sommes plus ou moins sensibles. Or, ma thèse vise une chose: j'entends montrer que nous sommes responsables autant que les nazis, des crimes qu'ils ont commis.Tout nazi, est comme tout homme, au départ neutre, comme une feuille de parchemin vide, et c'est au travers de son rapport au monde, à la sociétés, aux faits qu'ils devient apte à faire du mal. Il ne s'agit pas ici de justifier ou de glorifier les actes des nazis, mais avant tout de montrer que la responsabilité n'est pas unilatérale, elle n'est pas seulement de leur côté, mais elle est multilatérale, car il s'agit de la responsabilité de l'Humanité toute entière. Je critique évidemment ici les négationnistes, et en particuliers Robert Faurisson, à qui il faudrait dire que ce qu'il fait et propose sur son blog, est en réalité un énorme hommage aux déportés.  Je le remercie donc aujourd'hui, mais il s'agit de remerciements ironiques. En bafouant votre mémoire et votre honneur à vous, déportés, en poussant les gens à douter de l'existence des camps où vous avez vécu et vous êtes morts, il les pousse justement à réfléchir et à s'informer par eux-même pour obtenir la vérité. Il est possible d'avoir la haine devant un tel comportement quand on détient la vérité et que l'on accepte de porter tout son poids sur son dos, seulement, il faut rester calme, car nous avons bien vu jusqu'où la haine pouvait mener.

Durant la visite, nous avons eu l'occasion de visiter les locaux dans lesquels vous avez passé du temps dans des conditions impossibles. Après la visite, nous vous avons rendu hommage en déposant un bouquet de fleur symbolique devant le mur où avaient lieu les exécutions. J'ai eu la chance d'être choisi pour les déposer, comme on peut le voir sur la photo. Nous vous devons aujourd'hui au moins ça, puisque nous vous avons tourné le dos à l'époque en faisant comme s'il ne se passait rien. Cela ne concerne pas directement ma génération, mais comme je l'ai déjà dit, la responsabilité appartient à l'Humanité toute entière, donc j'en suis aussi responsable et porte le poids de cette mémoire en moi. Ignorer ce qui s'est passé, c'est mettre sa propre vie en danger car si ces choses se sont produites une fois, rien ne nous assure que des choses encore plus terribles n'arriverons pas à l'avenir. Tourner le dos à l'avenir, pour profiter du présent, c'est vivre dans l'ignorance et le laisser-aller. Il faut redouter l'avenir pour que le présent soit meilleur. Car c'est en tournant le dos à l'avenir et en n'étant pas préventifs, que nous avons laissé le mal voir le jour en 1933 en Allemagne. Ces instabilités qui ont crée un pont qui mène au pouvoir sur lequel les nazis ont gentiment marché, ont été la signature de l'arrêt de mort d'innombrables vies humaines. Nous n'avons pas su vous protéger. Il est prouvé que le premier camps ouvert a été celui de Dachau, mais en vérité, c'est faux, il ne s'agit en fait là, que d'un camps symbolique. Le véritable premier camps a été ouvert dès l'entrée au pouvoir des nazis. Ce camps se nommait Allemagne, il s'agit d'un camps géant, un pays à l'intérieur duquel il y avait en effet d'autres camps. Les adhérents au parti nazi se trompaient en se croyant libres. Bien au contraire, vous, déportés enfermés dans les différents camps, étiez bien plus libres qu'eux. Vous avez certes étés dominés par la violence, autrement dit, l'usage illégitime de la force, mais votre volonté, elle, était tournée vers la liberté, ce qui est déjà une belle preuve de liberté. Tandis que les adhérents au parti nazi, eux, n'ont pas eu besoin d'être dominés par la force pour se soumettre; ils adhéraient au parti simplement parce qu'ils avaient peur, or il n'y a aucune gloire à  tirer dans l'acte de vendre sa liberté et sa volonté en essayant de se convaincre soi-même qu'un  parti nous correspond. Vous avez donc vécu dans les camps en tant qu'hommes et femmes libres.Vous étiez libres enfermés, et eux prisonniers en liberté, car privés de toute 
volonté. Avant l'entrée au pouvoir des nazis en 1933, les premières chambres à gaz étaient déjà ouvertes en vérité. Ces chambres à gaz étaient les salles où avaient lieu les discours d'Hitler. Ces chambres avaient ceci de particulier que c'est les gens qui se croyaient libres dont je viens de parler qui s'y rendaient d'eux-même. Vous comprenez maintenant mieux pourquoi j'affirme que ces personnes ne sont pas libres ; car qui voudrait se rendre par soi-même à l'endroit de la mise en place de son propre empoisonnement?  Ainsi, ces gens s'installaient pour écouter ces propos atroces. Nul besoin d'attacher ou de contraindre les auditeurs de ces chambres, car ils prenaient plaisir à être empoisonnés par le gaz. Le gaz, c'est les paroles qui sortaient de la bouche d'Hitler, un gaz très toxique et d'autant plus toxique
qu'il est contagieux, très contagieux, car transmissible aux personnes doués de raison mais incapables de s'en servir. Ce gaz est spécial car d'apparence, il semble ne rien tuer. Cependant, ce n'est qu'une apparence, ce gaz tue, il ne tue pas physiquement, mais moralement. Ce gaz qui s'échappe des paroles d'Hitler, détruit en celui qui les écoute, la notion d'humanité et d'altruisme. Ne se contentant pas de détruire uniquement ça, il détruit aussi la partie la plus fragile de la conscience morale, qui ne peut pas subsister sans son pilier qui est la raison. Or, la conscience morale, combinée à l'usage correct de la raison, donne naissance à l'altruisme, c'est à dire la prise en compte et la reconnaissance des autres, qui, elle-même, détruit l'individualisme en rendant possible l'accomplissement du bien. Je pense que le bien permet la création d'un nouveau monde, et pas n'importe lequel, il s'agit d'un monde humain, dans lequel on trouve partout la notion d'humanité. Car je pense que l'humanité est avant tout un échange respectueux basé sur la reconnaissance d'autrui qui permet une attitude mutuellement égalitaire et équitable. Donc, puisque les nazis ne vous ont, ni respecté, ni n'ont mis en place dans leur relation avec vous, déportés, une égalité, alors ils ne vous ont pas uniquement privé de votre humanité, mais ils se sont inconsciemment, privés de la leur aussi. Car l'humanité est aussi comme je l'ai déjà dit, une reconnaissance de l'autre, or c'est une reconnaissance, interdépendante. Le problème qui se pose, c'est que leur attitude envers vous, ne permet pas une reconnaissance de votre part, car il n'y a eu en elle, aucun respect; donc en vous traitant comme ils l'ont fait, ils sont devenu au même titre que vous, des prisonniers privés de leur humanité. J'allais oublier de rappeler, en particulier pour les déportés religieux, que le Dieu est important pour vous, surtout que la majorité des déportés, l'ont été à cause de leurs convictions religieuses, comme les juifs par exemple. Sans vouloir froisser les croyances religieuses d'autrui, je tiens à dire que selon moi, les actes de l'Homme sur terre, doivent être l'accomplissement de la volonté divine, Dieu, s'il est, doit être bon, comme le pensait Descartes, et s'il est bon, sa volonté doit l'être nécessairement, donc celle de l'Homme se doit de la suivre.Or, le problème qui se pose, est que durant votre calvaire dans les camps, beaucoup portaient en eux cette volonté, mais ne l'ont
pas mise en service correctement afin de vous protéger. On ne peut cependant pas leur en vouloir, car ce ne doit pas être chose facile que de faire preuve de courage dans une situation comme celle de la seconde guerre mondiale. L'idéal aurait été que ceux qui portaient en eux cette volonté de bien, puissent jouer le rôle de bras de Dieu pour vous sauver, mais ça n'a pas pu être possible. Cependant, ce n'est pas un échec, et je vais maintenant expliquer pour quelles raisons.

Selon moi, l'expression populaire " l'erreur est humaine" n'est pas anodine. Et ce, parce qu'elle porte en elle une vérité qui est importante pour moi ; c'est dans la nature de l'homme de commettre des erreurs. Non pas que je veuille justifier les irréparables erreurs nazies, mais je tend à montrer qu'elles étaient nécessaires finalement, pour deux choses : premièrement, elles ont permis de montrer que l'homme n'est pas un être parfait, et secondement, que l'accomplissement du bien ne se fait pas sans passer par le mal, la douleur et le conflit. Il faut nécessairement passer par l'erreur, pour reconnaître qu'une erreur en était bien une.

Vous avez été privé de votre humanité mais cela est allé bien au delà, car vous avez carrément étés réduits au statut d'animal. Or, chaque homme a un monde, et,  il n'y a, à strictement parler, pas un monde, ou le monde, mais mon monde, car chaque sujet conscient est une transcendance pour le monde, car il le réduit à ce qui est important pour lui. Le monde  est avant tout un monde personnel, c'est à dire le monde constitué, des perceptions, des activités, des projets d'un homme, et surtout tout ce qui l'entoure. Les nazis ont en ce sens, réduit vos mondes à vous, déportés, aux limites qui constituent un camps. Vos perceptions, vos possibilités d'ouverture d'esprit, ont été réduites à celles de l'animal.

Je n'ai fais jusqu'à maintenant, que de parler d'un aspect négatif de votre disparition et de vos souffrances, mais il faut maintenant que je leur rende hommage et que je montre en quoi elles n'ont finalement pas étés inutiles, et en quoi elles font de vous des héros pour l'Humanité.

Vous êtes morts, mais nous ne vous oublions pas. C'est à nous, qui n'avons pas su vous sauver à temps, de faire en sorte que vous viviez encore. Il faut que vous continuiez à exister à travers nos mémoires. C'est en ceci que la conscience humaine est transcendantale ; elle peut rendre la vie aux morts. Beaucoup considèrent votre disparition comme inutile, mais je trouve ce terme assez péjoratif, car il faut toujours chercher de bons aspects aux choses. Il est nécessaire pour votre honneur que l'on trouve un objectif, une signification à votre disparition. Je me force à penser que si vous n'étiez pas morts, vos vies seraient aussi insupportables que celle des camps.  Or, en quittant ce monde, vous avez non seulement sauvé d'autres vies, mais vous vous êtes en même temps sacrifié pour d'autres peuples, car si vous n'étiez pas la cible des nazis, d'autres auraient pu être à votre place, comme les noirs ou autres peuples. Et c'est pourquoi je ne cesse de répéter que ce drame qui vous est tombé dessus, engage l'Humanité toute entière. Voici déjà une première utilité à votre mort. Mais là n'est pas tout, car en étant les cibles d'Hitler, vous avez fait de lui un antidote, un antidote qui permettra peut-être à de tels événements de ne plus se reproduire. Votre mort provoque donc le regret, mais donne aussi naissance à une volonté de bien faire, et donc, une possibilité pour le bien, de s'accomplir. Toute erreur représente une possibilité de progrès pour l'Humanité, et cela ne fonctionne pas que sur les bases du nombre, mais aussi sur des bases individuelles ; chacun de nos actes ou choix, engagent l'Humanité toute entière. L'acte de l'homme le moins connu au monde peut avoir les répercutions les plus connues au monde. C'est cette interdépendance qui forme le monde humain. La seule solution pour progresser, est selon moi, l'optimisme. Je pense en effet que les erreurs ont pour but de permettre à l'Humanité de s'envoler progressivement vers la perfection. Je suis certain que depuis qu'il existe, l'Homme ne cesse d'aller vers le progrès. De l'Homme préhistorique, à l'Homme moderne, une marche vers la perfection est en cours. Mais cette marche repose sur un plancher très sensible qui est susceptible de se briser de temps en temps; il s'agit des erreurs, qui sont absolument nécessaires au progrès. Les erreurs sont là pour donner naissance à la volonté de bien, qui, elle-même, sert de fil conducteur pour l'atteinte de la perfection. Mon optimisme me pousse à penser que les choses les plus importantes accomplies par l'Humanité, le sont dans le but de la faire basculer vers la perfection. C'est donc triste à dire, mais en fin de compte, votre disparition aura été nécessaire car elle a transcendé le monde ; elle l'a fait dépasser son stade habituel en faisant de lui un nouveau monde, fait d'êtres un peu plus conscients du pouvoir destructeur de la haine de l'autre. Exterminer une importante partie de l'Humanité a donc été un acte transcendantal, car ça a permit de faire basculer l'Humanité vers ce qu'elle n'avait pas l'habitude d'être, donc, de mettre en place une nouvelle forme
d'Humanité. Vous n'êtes par conséquent pas mort inutilement, mais pour améliorer, bien que de manière faible, les conditions de vie de vos descendants. Grâce à vous, il y a plus de lois qui protègent les gens rendus faibles par la haine que les autres leur porte et la volonté de paix et de bien a donné naissance à des institutions ayants pour but de ne plus répéter les même erreurs. Ne s'agit-il pas là du progrès dont je parlais tout à l'heure ? Il ne s'agit pas encore de la perfection, mais d'une avancée importante, qui rapproche l'Homme d'elle.

Maintenant que tout est dit, il faut que je termine mon hommage en vous rendant tout ce que les nazis vous ont prit.

Je vous rend premièrement votre humanité, car en vous privant d'elle, ils vous l'ont en fait, rendue, car maintenant que nous savons ce qu'il vous ont fait, nous sommes obligés de vous reconnaître, donc votre humanité est sauve et rendue.

Ils vous ont prit votre dignité en vous traitant comme des animaux ? Je vous la rend en prenant conscience et en reconnaissant qu'il faut du courage et de la force pour vivre dans les conditions dans lesquelles vous avez vécu.

Ils ont voulu que le monde vous oubli et que vous cessiez d'exister aux yeux de tous ? Vous continuez d'exister dans ma mémoire, et dans le poids de la responsabilité que j'accepte de porter et que je ferais porter à quiconque voudrait s'en débarrasser.

Nous y voilà, j'espère avoir su vous rendre hommage du mieux que j'ai pu, même si je n'ai rien vécu de ce que vous avez vécu. D'ailleurs, il faut le rappeler ; ce que j'ai vu à Auschwitz et à Birkenau n'est que la forme, l'idée et la représentation de ce que vous avez vécu. Aucun film, aucun documentaire aussi original soit-il ne pourra rendre compte de la vérité telle qu'elle l'est vraiment. Il ne reste aujourd'hui que des interprétations et des représentations plus ou moins originales de l'histoire. Le plus important, c'est de ne pas oublier. Je recommande donc fortement aux gens qui le peuvent de faire cette démarche qui consiste à s'informer, en visitant ces lieux pendant qu'ils sont encore présents, car c'est à travers ça que les déportés peuvent encore exister . La visite d'Auschwitz par ses illustrations et ses formes vous permettra d'abandonner les discours d'opinions afin de vous élever vers l'intelligible, donc, de vous faire une idée plus originale de ce qui s'est passé. 

Il faut aussi retenir une chose, et c'est Edmund Burke qui l'a dit : "Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien". Il faut donc toujours s'atteler à imposer le bien coûte que coûte et tous ensemble, car c'est en étant divisé et en jouant les aveugles que de tels événements on pu se produire, il faut toujours privilégier la solidarité.

On nous avait demandé avant le voyage, d'écrire un vœux de paix personnel, et voici le mien : "Les vœux de paix ne servent à rien. Rêver la paix ne suffit pas à en faire chose concrète. La véritable paix s'obtient dans l'égalité car la guerre naît de l'inégalité entre les hommes. La paix véritable est l'enfant né du mariage entre la mise en place d'un système égalitaire entre les hommes et l'éducation dès le plus jeune âge à l'altruisme et la solidarité. Car la paix n'est pas uniquement une situation, elle est aussi une énergie transmise entre des hommes qui se prennent tous en compte et qui ne se pensent pas au-dessus des autres. Mon vœux de paix, c'est que les hommes qui la prônent ne baissent jamais les bras quand le mal ou l'ombre du mal commence à surgir. Cela me semble déjà être un vœux réalisable."

Je remercie pour terminer, monsieur Friedman et son association pour l'organisation et la participation financière au voyage, car je comprend aujourd'hui qu'il est important d'entretenir la mémoire pour mieux préparer l'avenir.

 Bonus 

 *Mon texte a été partagé dans une classe de première littéraire dans le but qu'ils en fasse une critique, et le moins que l'on puisse en dire, c'est qu'ils n'ont pas hésité à mettre le paquet. Cependant, je pars toujours dans l'optique que toute critique est constructive, et il y avait tout de même parmi ces critiques, des propos intéressants, qui, eux méritent tout de même des réponses. Ainsi, une amie m'a demandé de prendre la critique la plus intéressante afin d'y répondre et de la publier. Il s'agissait d'une idée intéressante, et c'est pourquoi je me suis lancé dans ce travail là: Voici donc la critique que j'ai trouvé comme étant la plus intéressante: 

" Cher Johan, 

Tout d'abord, je souhaite te dire que ton texte est touchant et très bien écrit. Tu y parles à un moment des déportés religieux, or, une grande partie des juifs déportés n'étaient pas croyants et mourraient, non pour leur religion, mais pour leur "race". Tu parles ensuite de Dieu (bien sûr, tout dépend des croyances religieuses), mais puisque l'on parle de philosophie, ne peut-on pas avec ces évènements, douter de l'existence de Dieu ? Ou même de sa "bonté" ? Car s'il existe, comment a-t-il pu laisser faire de telles choses? Voilà, malgré ces quelques petits désaccords, je trouve ton témoignage vivant et intelligent."



Voilà donc la critique de cet(te) intéressant(e) inconnu(e), et voici maintenant ma réponse :

 

"Cher(e) inconnu(e), je te remercie pour tes compliments sur mon texte. Tu as dit dans ton petit mot que j'oubliais de dire qu'une grande partie des juifs déportés n'étaient pas croyants et mourraient non pour leur religions mais pour leur "race". Or, je suis au courant de tout ça, et je n'ai pas dit le contraire, seulement, c'était un moyen de pouvoir amener ma réflexion vers une dimension métaphysique. De plus, je tenais particulièrement, comme tu as pu le remarquer au début du texte, à distinguer la race humaine de toute race que l'homme invente selon moi. Je pense qu'il serait à la limite plus correct de parler d'ethnie, car une ethnie désigne un groupement homogène dans la culture, la langue etc.. Tandis que la race est un mot beaucoup plus puissant, car il marque carrément une différence biologique qui peut amener comme on a pu le voir avec Hitler, à considérer d'autres êtres humains comme des animaux. Or, parler de race humaine est plus correct, car tous les êtres humains, sauf anomalie naturelle sont doté d'une conscience et d'une raison, ce qui fait d'eux des êtres qui méritent d'être respectés et de se respecter les uns les autres. Enfin, pour ce qui est de ta critique et de ta revendication sur Dieu, je la trouve tout à fait pertinente et intéressante, je pense même que c'est un excellent signe en vue des cours de philosophies qui t'attendent l'année prochaine. En effet tu as dis la chose suivante : ne peut-on pas avec tout ces événements, douter de l'existence de Dieu ou de sa bonté ? Tout ce que je peux te répondre, c'est que ta remarque est tout à fait normale, et d'ailleurs, pour tout te dire, je me suis déjà dit la même chose dans un de mes nombreux textes. Le problème que pose Dieu, c'est que c'est un objet transcendant, c'est à dire qu'il dépasse la raison et l'expérience, et qu'il est insaisissable pour l'homme, et c'est pourquoi son existence demeure un mystère, et c’est peut être ce caractère mystérieux, qui fait toute sa grandeur et qui lui vaut tout le respect que lui donne ceux qui croient en lui. Cependant, il faut que tu fasses bien attention à l'interprétation et à l'analyse que tu fais d'un texte quel qu’il soit, car j'ai dit que le Dieu était quelqu'un d'important pour les déportés religieux et j'ai dit que, comme le pensait le philosophe français René Descartes, Dieu si et seulement si il est, ( pour Dieu, on doit utiliser le verbe être, car utiliser le verbe exister n'est pas correct pour Dieu, c'est un verbe qu'on utilise pour les hommes. Exister, c'est être en mouvement, et donc changer perpétuellement, or la perfection de Dieu repose dans le fait qu'il soit toujours le même, il est parfait et ne peut pas devenir mauvais du jour au lendemain) doit être nécessairement bon, et ce, parce qu'un être parfait, ne peut pas être mauvais, donc doit être bon. Il n' y a donc dans mon discours, rien qui prouve qu'il y ait bien un Dieu. Le problème, c'est qu'à partir du moment où tu compare l'homme au Dieu, tu désacralise Dieu, autrement dit, tu lui enlève tout son prestige, car l'homme est par essence imparfait et Dieu est par essence parfait, et c'est ce qui fait en partie que l'homme fait des erreurs, Dieu ne peut pas commettre d'erreur parce qu'il est parfait. Tu m'as ensuite demandé comment il a pu laisser faire de telles choses ? Tout ce que je peux te répondre, c'est qu'il faut que tu lise la genèse, dans laquelle Adam et Eve sont chassé du paradis, et condamnés à vivre sur Terre et à travailler. Ce qu'il faut que tu retienne de ce genre de récits, c'est qu'ils sont assez démonstratifs de la raison pour laquelle Dieu n'intervient pas. Dieu a crée une créature imparfaite, car elle a pêché, il la punit en l'abandonnant, alors comment veux-tu qu'il intervienne ? Comment veux tu qu'un être parfait veille sur un être imparfait ? De plus, et pour terminer, le dernier problème que pose Dieu, c'est que , oui, en apparence, ça semble impossible que Dieu existe, mais comment le prouver ? Il est aussi difficile de prouver qu'il existe, qu'il l'est de prouver qu'il n'existe pas.

Voilà, j'espère qu'en lisant ceci, tu aura une idée du boulot qui t'attend l'année prochaine avec la philosophie, qui consiste toujours à transformer les questions en problèmes philosophiques, à analyser les concepts et à poser des questions pour essayer d'y répondre de manière rationnelle. Je pense que ta manière de douter et de poser des questions sera un atout majeur pour la philosophie l'année prochaine, bonne chance à toi et merci encore !"

 
 






dimanche 20 avril 2014

Cet horizon fuyant qui nous attend.

« Il y a toujours ce moment durant lequel tu n'as rien à faire, tu tournes en rond, tu regardes la télé et tu te rends compte qu'en fait, rien de ce qui s'y passe  ne t'intéresse, ni ne te concerne vraiment. Alors tu te tourne vers le monde extérieur en regardant par la fenêtre. Le paysage lointain a l'air si beau vu de là ou tu es. Tu as une folle envie d'y aller, mais au fond, tu le sais, ce que tu y trouvera ressemblera terriblement à ce qu'il y a là où tu es. Le monde a l'air si petit mais pourtant énorme aussi vu d'où tu es, pourtant tu as la certitude que quelque part, d'autres choses t'attendent pour être vécues. C'est ainsi qu'arrive cette tristesse due à un manque qu'on arrive pas tellement à expliquer tant sa provenance et les choses qui pourraient la satisfaire nous sont inconnues, que l'on appelle la mélancolie, ou si l'on veut être plus précis, la nostalgie : je sais que quelque chose me manque, quelque chose m'appelle, il y a bien quelque chose au monde qui peut me guérir, mais je ne sais pas ce que c'est. Comment expliquer la puissance de ce sentiment que même les liens les plus puissants tels que ceux de la famille ne peuvent pas régler ? L'homme n'est-il au fond qu'un être vagabond ? Un nomade ? Je pense que l'on peut sans problème affirmer que oui. En effet, là où Jean-Paul Sartre nous affirme que nous sommes des êtres libres de par le fait que nous n'avons pas d'essence, il faut ajouter que c'est justement cette condition qui explique nos sentiments et nos ressentis. Je pense que l'homme et le monde sont rattachés, et je ne parle pas ici de son environnement, c'est à dire la nature, mais je parle du monde construit par lui même, qui , de par les milliards d'hommes qui constituent cette énorme communauté de sujets conscients, est encore plus vaste que le monde définit empiriquement. Quand je me pose quelques secondes pour réfléchir au parcours de mon existence, je me demande d'abord quel sens j'ai réussi à lui donner jusque là, et je me demande également s'il faut que je continue dans le projet que je me suis lancé ou s'il y a autre chose qui m'attend, et c'est ces questionnements qui fondent mon humanité. L'homme est tellement libre qu'il en devient perdu. Et je pense que ce qui cause la souffrance et la mélancolie de chaque homme, qui, à un moment de sa vie se demande s'il ne l'a pas raté et s'il n’est pas encore trop tard pour la recommencer, c'est un refus d'accepter le fait que la liberté nous coure après. C'est en pensant que sa famille ne pourrait pas continuer à exister sans lui ou  que la responsabilité bien évidemment imaginaire qu'il a sur ses enfants l'empêchent d'accomplir ce qu'il veut accomplir, que l'homme s'enferme lui-même dans sa mélancolie. Or, il n'y a aucune loi naturelle ou divine, aucune instance supérieure qui détermine notre existence si ce n'est nous-même. C'est à l'homme de se faire, de s'accomplir quelque soit le poids de sa décision. De même que si un homme refuse d'obéir à sa mélancolie et d'aller vers cette chose qui peut-être l'attend quelque part, pour rester avec ses enfants, c'est son choix, et non celui d'un autre. Mais, exister, c'est aussi se lancer vers autre chose. Et être conscient de ça, c'est vraiment exister et ne pas avoir une vie prédéfinie. Un homme que l'on peut définir au premier regard n'existe pas, car exister c'est être comparable à une savonnette dans une baignoire, c'est à dire, être insaisissable. Un homme qui existe, est un homme qui, par exemple, était un riche chef d'entreprise, et décide un jour de tout plaquer pour vivre dans la nature. Car tout ce qui semble définit et change du tout au tout et sans qu'on puisse en anticiper l'action, existe. Alors finalement j'ai trouvé la solution à ce problème de mélancolie. La mélancolie n'est rien d'autre que ce qui me rappelle que je doit exister et non rester comme je suis. C'est tout simplement ma raison qui me rappelle que je suis avant tout un homme libre, et que peut-être que je me prive d'existence par l'immobilité de ma situation. Il y a beaucoup de films comme ça, des films qui, parfois nous donnent des idées et peuvent parfois nous pousser à réfléchir de nous-même pour prendre conscience de la réalité. Je pense que le film qui met le mieux en scène cette chose là, en plus de ça sous forme de comédie, est : Bande de Sauvages de Walt Becker. Ce film qui met en
scène quatre acteurs très célèbres : John Travolta, Martin Lawrence,  William H.Macy, Tim Allen est un film assez existentialiste. En effet, nos quatre héro, devenant vieux, mais embêtés de devoir le reconnaître, ressentent ce mal-être dont je parlais précédemment, ce besoin de changer d'horizon et de quitter cette vie quasi-déterminée. Ils décident de prendre leurs motos, d'oublier leurs identités, leurs téléphones portables et de rouler vers l'inconnu, en somme, exister. La réalité bien sûr, finit par revenir au moment où leur familles respectives finissent par les retrouver, mais l'aventure qu'ils ont menés, les a changé à jamais. Je pense que c'est ce qui doit diriger la vie d'un homme, cette absence de boussole ou de GPS, cette absence d'existence stéréotypée. Car l'homme est aussi un simple hasard, un être dont l'existence, s'est jouée à un spermatozoïde près. L'existence d'un homme se doit d'être aussi hasardeuse et surprenante que sa venue au monde. »

Johan Banzouzi

Cet horizon fuyant qui nous attend

dimanche 6 avril 2014

Le monde a-t-il besoin de moi ?

Le "monde" est objectivement définit comme l'ensemble des réalités matérielles qui constituent l'univers, autrement dit toute la matière physique. En phénoménologie, le monde désigne un horizon de sens pour l'Homme, autrement dit une structure de sens visée par l'homme comme horizon de son action et de ses projets. Le "moi" désigne ici, mon existence, ma conscience, tous mes états intérieurs, mes sentiments. Le terme "besoin", désigne ce qui manque à une chose pour se compléter. On comprend dès lors que se demander si le monde a besoin de moi, en parlant de la première définition, est insensé, car l'univers est trop vaste et énorme pour avoir besoin d'un petit être comme moi. Cependant, si l'on prend la seconde définition, la question prend une toute autre tournure, car, après tout,  je ne suis pas un Dieu pour pouvoir observer l'univers tout entier, donc, le monde est aussi et avant tout ce que je vois à travers mon existence, ce qui m'entoure, mes perceptions, mes projets, mon travail, en somme, comme le définit la phénoménologie, le monde est avant tout un horizon de sens pour moi. Les termes étant définis, il devient légitime de se demander si le monde a besoin de moi . Se poser cette question pose un autre problème : en effet comment savoir si le monde me transcende , ou si c'est ma conscience qui le transcende grâce à la signification qu'il lui donne ? De même qu'au delà du fait que le monde soit un monde vu à travers mon regard, je n'y suis pas seul, mais entouré d'autre sujets conscients,  qui doivent me reconnaître comme sujet, avant que je puisse prétendre faire partie de ce concept supplémentaire du monde qu'est le "monde humain". Pour ce monde-ci, la question pose un problème qui est celui de la nécessité de mon existence et de ma liberté. En somme, l'étude de cette question nous amène à la proposition suivante : si le monde a besoin de moi, je ne suis pas libre, mais ma vie a un sens, et si le monde n'a pas besoin de moi, je suis libre, mais ma vie n'a aucun sens, notre étude nous amènera à choisir entre une de ces deux propositions.

En étudiant dans un premier temps la conception du monde en tant qu'il est perçu par ma conscience, nous démontrerons que son existence dépend de moi. Cependant, comme nous l'avons montré, il sera aussi nécessaire d'étudier le concept du monde en tant que monde humain, pour lequel la nécessité de mon existence peut être remise en doute. Nous montrerons pour terminer que la nécessité de mon existence pour le monde humain, ne dépend que de ce que j'y réalise.

I.Conception du monde en tant qu'il est  perçu par  ma conscience


1. Mon cogito est la condition de toute connaissance et représentation


Dans le Discours de la méthode, Descartes, en pleine démarche du doute méthodique, décide de douter de
René Descartes
tout ce qui ne serait pas clair et distinct (entre autres, le monde et autrui). Sa démarche abouti à une vérité : " Je pense donc je suis" , il s'agit de l'affirmation du sujet pensant qui découvre et affirme son existence indépendamment du monde. Et  ce qui est intéressant dans le cadre de notre réflexion, c'est cette indépendance de la conscience que met en évidence Descartes. Si on étudie bien l'argumentation de Descartes, on remarque effectivement qu'il montre que le monde est douteux, car il n'est pas clair et distinct; il le démontre en le comparant au rêve, qui selon lui ne se différencie pas de l'existence dans le monde réel qui pourrait bien être en vérité un "songe bien lié". Ce que permet de mettre en évidence l'attitude de Descartes, c'est que le monde a, à priori besoin de la conscience du sujet pour être reconnu. Puisque comme nous venons de le dire, la conscience, donc le "cogito", semble être indépendant et être la seule possibilité de connaissance.


2. Le monde est ma représentation


Arthur Schopenhauer
Dès le début de son œuvre : le monde comme Volonté et comme représentation, le philosophe allemand Arthur Schopenhauer dit la chose suivante : "Le monde est ma représentation". Au premier abord, on a l'impression qu'il s'agit d'une drôle d'affirmation car un peu narcissique, il faut donc que l'on s'explique ce que Schopenhauer entend montrer. D'une inspiration Kantienne, Schopenhauer montre dans son œuvre que le monde est causalité, et  qu'il est rattaché à l'esprit humain, qui est sa condition.Autrement dit, il n'y a pas de monde sans perception mentale. Le terme "représentation", doit être compris ici au sens d'acte par lequel l'esprit rend présent les objets. Or, si le monde désigne tout ce qui m'entoure, c'est à dire ma représentation sous la forme d'espace et temps, alors il est une totale formation de mon esprit. D'ailleurs, comme l'a montré Emmanuel Kant dans la critique de la raison pure, une représentation désigne la sensation ou la perception accompagnée de conscience.Or, comme l'a montré Husserl, tout au long de son œuvre, c'est par mes perceptions, donc par l'activité de ma conscience que le monde m'est présent. De plus, le mouvement auquel appartenait Husserl, la "phénoménologie", littéralement "étude des phénomènes" ( le phénomène est ce que nous ressentons de cette relation avec le monde), montre en comparant la perception du monde à un spectacle regardé par un public, que de la même manière qu'il n'y a un spectacle que pour un regard, il n'y a de phénomène, que pour une conscience. Autrement dit, le monde est soumis à ma conscience, car elle seule, rend possible les phénomènes. On peut également, en somme, ajouter que sans ma conscience, il n' y a pas de monde, ce qui reviendrait à dire que le monde a besoin de moi pour exister, pour être possible. Notre démonstration s'illustre dans les paroles de Jean-Paul Sartre dans Situations II : " L'Homme est l'être dont l'apparition fait qu'un monde existe"

3. Le monde est "mon monde"

Le monde n'est  rien d'autre que l'image que nous nous en faisons. Dans Sens et Non-sens, le phénoménologue
Maurice Merleau-Ponty
Maurice Merleau-Ponty, décrit avec justesse, ce rapport qu'a la conscience avec le monde, en montrant bien que le monde paraît être au départ cet espace infini, que seule, la conscience, ne peut pas entièrement percevoir, qu'il y a dans ce vaste monde certainement bien d'autres choses qu'elle ne peut pas voir.Cependant, ce constat le ramène à une chose vraie : " Je remarque que la chose après tout, a besoin de moi pour exister. Quand je découvre un paysage jusque-là caché par une colline, c'est alors seulement qu'il devient pleinement paysage et l'on ne peut pas concevoir ce que serait une chose sans l'imminence ou la possibilité de mon regard sur elle." On comprend bien qu'en fait, la conscience humaine constitue une transcendance pour le monde, premièrement en ce sens qu'elle le rend possible, à travers les phénomènes, et secondement parce que la conscience limite le monde à ses perceptions, car comme l'a dit Merleau-Ponty, le paysage caché par une colline, n'est pas encore le paysage tant que mon regard n'est pas posé sur lui. On peut également reprendre l'exemple proposé par la phénoménologie: quand on regarde un spectacle, ce spectacle n'est pas un spectacle, ni le spectacle, mais mon spectacle en tant qu'il est perçu par mon regard et que lui seul, le rend possible. Quand je vais au lycée, ce n'est pas un lycée, ni le lycée, mais mon lycée, car le lycée n’est rien d'autre que la synthèse de toutes les perceptions que j'en ai eu, autrement dit, je n'ai pas le même lycée que la directrice, car nous n'avons certainement pas été dans le mêmes parties du lycée. Il faut donc reprendre cet exemple pour le monde, qui est réduit à l'ensemble des perceptions que j'en ai, c'est mon monde, qui n'existe qu'à condition que je porte mon regard sur lui. C'est là le sens de ces paroles de Merleau-Ponty dans la même œuvre que nous venons de citer : " Ce monde qui avait l'air d'être sans moi, de m'envelopper et de me dépasser, c'est moi qui le fais être".

Nous avons donc, à travers l'étude du concept du monde, en tant que monde perçu par l'homme, montré que le monde avait bien besoin de moi et de ma conscience, pour exister à travers les phénomènes, en effet à travers Descartes, nous avons presque mit l'Homme à la place d'un Dieu, qui, lui seul, pouvait reconnaître le monde, puis à travers Schopenhauer nous avons vu que la conscience jouait le même rôle qu'une télévision pour un magnétoscope, en ce sens qu'elle seule, rendait possible la perception imagée des phénomènes. Avec Merleau-Ponty, nous avons poursuivi en montrant que le monde était, grâce à la synthèse que ma conscience en fait, mon monde, car il ne serait comparable à celui de personne d'autre. Mais nous allons cependant montrer les limites de telles affirmations, car, si le monde perçu grâce à ma conscience, a besoin de moi pour exister, mon existence, a moi, elle, en tant que reconnaissance de mon humanité, ne dépend que du monde humain.


II. Conception du monde en tant que monde humain


1. Seul, je ne peux pas avoir conscience d'exister 

Alter-ego

Ce que nous montre le solipsisme de Descartes, c'est que le moi passe avant et est plus certain que le monde. Selon lui, je n'ai besoin ni du monde, ni d'autrui pour avoir conscience de moi, cependant, ce qu'oubli Descartes, c'est que s'il en vient à la décision d'entreprendre la démarche du doute méthodique, c'est avant tout après un rapport au monde, qu'il nomme lui-même de "douteux". Le problème qui se pose, est que seul, je ne peux pas avoir conscience d'exister. Les objets qui m'entourent sont inertes, et comme nous l'avons montré avec Merleau-Ponty, ils n'ont un sens que si je les regarde. Cependant, je ne peux avoir conscience d'exister, que si un autre moi, un alter-ego, peux me reconnaître à cause du fait qu'il soit, tout comme moi, un autre sujet conscient. C'est ce que Husserl va démontrer en montrant que contrairement à ce que pense Descartes, la conscience n'est pas une substance, mais une ouverture à l'altérité. En somme, je n'ai pas d'abords conscience de moi; puis du monde et d'autrui ensuite, parce que ma conscience est par essence, un rapport au monde et à autrui. Par exemple, si je suis face à une porte, c'est ma conscience qui me met en rapport direct avec cette porte, et ça fonctionne de la même manière avec autrui. Le monde humain n'a donc par essence, pas besoin de moi, car comme l'a montré Friedrich Hegel dans la dialectique du maître et de l'esclave, je ne suis un homme que si autrui m'accorde ce statut, et donc, que par essence, c'est moi qui ait besoin d'autrui, et que c'est ce besoin qui est constitutif de mon humanité.


2. La non-reconnaissance d'autrui,  provoque mon exclusion du monde humain

Un évènement dans l'histoire nous permet d'illustrer que le monde humain n'a pas besoin de moi. Comme nous venons de le démontrer, l'humanité est une reconnaissance d'autrui avant tout. Mon existence, dépend d'autrui. L'évènement de l'histoire qui illustre le mieux ce propos, est le génocide juif de la seconde guerre mondiale. Le processus par lequel les juifs on étés éliminés, est un processus qui consiste à les priver de leur humanité. En les en enfermant dans des camps, en ne les faisant pas travailler, mais accomplir des tâches, en les traitant comme de simple chiffres, les nazis ont entamé un processus de déshumanisation. En faisant en sorte que chacun des participants à ce  processus, n'ait à accomplir qu'un geste ( ouvrir la porte, faire rentrer les prisonniers, les compter, les surveiller, dénoncer, conduire un train ou un camion, enlever les corps), les nazis ont réussi à faire oublier à chacun que ce qu'ils faisaient, était fait à leur alter-égo, et que donc, ils étaient ouvertement en train de se traiter eux-même en quelque sorte, comme des animaux, sans conscience et sentiments. On comprend bien là que puisque les nazis n'ont pas reconnus les juifs comme des humains, les juifs n'étaient plus des humains durant cette période et cela vaut pour tout sujet; quand autrui ne me reconnait pas en tant qu'Homme, je ne suis pas un homme, et je ne fais pas partie du monde humain. En conclusion, de la même manière que je ne prend conscience de mon existence qu'à travers les autres, je ne saurais subsister sans qu'autrui me reconnaisse. Notre démonstration s'incarne dans ces paroles de Merleau-Ponty : "Le solipsisme ne serait rigoureusement vrai que de quelqu'un qui réussirait à constater son existence sans être rien et sans rien faire, ce qui est impossible, puisqu' exister c'est être au monde".


3.L'enfer, c'est les autres

Dans sa pièce, Huis clos, Jean-Paul Sartre, fait dire à l'un de ces personnages "pas besoin de gril, l'enfer
Jean-Paul Sartre
c'est les autres". Contrairement à ce qu'on en pense, Sartre ne cherche pas à faire comprendre que les autres sont mauvais, il ne cherche pas non plus à valoriser n'importe quelle autre opinion de la société, mais il cherche à montrer, qu'il n'y a pas besoin de Dieu, ou de Diable, car le véritable juge de tout homme, c'est autrui. Il cherche à faire comprendre que nous sommes tous autant que nous sommes, dépendants et en rapport avec autrui qui est mon seul et unique juge. Chacun de mes gestes, de mes actes, ne sont faits que dans la mesure où je sais qu'autrui m'observe et va me juger. Quand on cherche à se connaître, on le fait à partir du jugement qu'ont les autres sur nous, de même que si je cherche à devenir plus fort, c'est dans l'objectif qu'autrui reconnaisse ma force, car sans lui pour la reconnaître, elle n'a aucune valeur. Si je veux être riche, c'est dans le but d'être supérieur à autrui, car si je suis riche et qu'autrui l'est aussi, ma richesse n'a aucune valeur. J'ai besoin du regard d'autrui pour me sentir être, et c'est cette interdépendance que l'on nomme "intersubjectivité".


Nous venons donc de traiter la question sous un autre concept du monde qu'est le monde humain, pour le quel la question a prit une toute autre tournure, car il semble bien clair après coup, que ce n'est plus le monde qui a besoin de moi, mais bien moi qui ait besoin de lui, pour être pleinement humain, et donc, pour être complet. Car la conscience d'exister n'est vraie que si un autre moi est là pour me la faire signifier, de même que je suis humain que si un autre moi est là pour me faire signifier mon humanité. Partant de cette démonstration, il faut que l'on trouve une solution à ce problème; en effet, puisque je ne semble dépendre que d'autrui la solution au problème est que je fasse quelque chose de ma situation, autrement dit, que j'ose foncer dans le monde pour gagner la reconnaissance.


III. Exister, c'est oser se jeter dans le monde


1.Gagner mon humanité en travaillant 

Friedrich Hegel
Selon Hegel, je dois considérer autrui comme un miroir me disant qui je suis, cependant et toujours selon lui, il ne suffit pas que je reconnaisse autrui comme un homme, et qu'il en fasse de même. Comme il le montre dans la dialectique du maître et de l'esclave, la reconnaissance est une rivalité à mort dont l'enjeu est le choix entre la vie et la liberté, et dans cette lutte pour la reconnaissance, l'esclave est le premier à lâcher prise, il préfère abandonner sa liberté pour survivre et reconnaître le gagnant comme étant un homme, et par conséquent, lui permettre de le traiter comme un esclave. On peut considérer ce point de vue, comme décrivant l'état des gens qui ne sont pas reconnus en tant qu'humains, mais cependant Hegel propose une solution, qu'est le travail. Il montre que l'esclave gagnera sa liberté à son tour par son travail et la maîtrise de soi : en transformant le monde par le travail qu'il réalise pour son maître, l'esclave l'humanise en le rendant plus conforme à l'idée qu'il s'en fait, autrement dit, il transcende le monde, car il le conçoit au préalable, puis le réalise, et lui fait dépasser son stade habituel. Donc c'est à travers mon travail que je me réalise moi-même, et c'est aussi à travers son travail que   l'esclave devient une nécessité pour le maître, et c'est ainsi que Hegel montre que celui qui était au départ esclave, devient le maitre du maitre, et aussi le maitre de la nature. Donc, puisque le monde n'a au départ pas besoin de moi, c'est à moi par mon travail de l'obliger à me reconnaître.


2.L'existence précède l'essence

La conception traditionnelle de l'Homme affirme qu'il y aurait une nature humaine, de même que la conception  métaphysique de l'Homme l'affirme aussi. Selon ces deux conceptions l'Homme viendrait au monde avec une tâche à accomplir : le bien pour aller au paradis, ou transformer le monde et en devenir maître. En somme, l'Homme aurait une définition préétablie. Or , au XXe siècle, le philosophe français Jean-Paul Sartre vient briser ces conceptions, avec trois termes qui constituent une affirmation courte, mais sous-entendant beaucoup plus de choses : "l'existence précède l'essence" . Autrement dit, l'homme existerait d'abord, avant d'avoir une définition, donc, l'homme ne serait pas un être nécessaire, mais plutôt contingent, et ce serait là, ce qui ferait en même temps sa misère et sa grandeur car si je suis venu au monde et que je n'ai pas de but, ça signifie que j'aurais pu aussi ne pas être. Mais ce qui est intéressant en ces propos, c'est que l'on y comprend une chose; si je n'ai pas de définition, c'est à moi de m'en faire une en existant, à travers mes actes. C'est ce que démontre Sartre dans l'existentialisme est un humanisme, en montrant que l'homme se définit avant tout par ses actes et ses projets. Pour Sartre, si l'on se plie au regard des autres et si l'on reste concentré sur le jugement qu'ils ont de nous, on est comme mort, c'est à nous de faire quelque chose de ce jugement à travers nos actes, pour changer notre situation. Quand je n'agis pas , je me cache derrière les déterminismes, tandis que lorsque j'agis, je réalise et je deviens un exemple pour tous. Toujours selon Sartre, la présence d'autrui est tellement ancrée en nous, que  chacun de nos actes engagent l'humanité toute entière, il montre en effet qu'à chaque fois que j’accomplis quelque chose, je le fait en étant conscient du jugement d'autrui, mais ce n'est pas tout, car quand j'agis, je me réalise, et je deviens un homme bien particulier, et je crée par conséquent, un nouveau modèle d'homme, qui pourrait devenir un exemple pour l'humanité. C'est à l'homme de se choisir, il n'y a pas de déterminisme.


3. La superficialité de mon existence fait de moi un être libre

Puisque, j'aurais pu être, tout comme ne pas être, et puisque mon existence dépend des autres, ça signifie que par essence, je n'ai pas d'essence, et que je suis libre de me choisir. De même que je suis le seul à choisir ce que je vais faire de mon existence, ou si je vais y mettre fin. Le problème que ça pose, c'est que ça fait de moi un être responsable de tout, c'est le poids de cette responsabilité que Sartre nomme "liberté", car c’est vrai que n'importe qui voudrait se référer à une instance supérieure pour justifier ses actes, mais, puisqu'il n'y a aucun signe de cette instance, je suis responsable de ce que je fais et de ce que je suis. C'est cette responsabilité qui fait que je peux avoir peur de ma propre existence et ma propre liberté, ces éléments peuvent m’amener à faire preuve de "mauvaise foi" pour me déresponsabiliser. C'est ce que veut faire comprendre Sartre à travers ces mots :"l'homme est condamné à être libre". Je choisi mon existence, je choisis qui je suis. Si je rate ma vie, j'en suis responsable même si je ne l'ai pas voulu, car c'est l'ensemble des choix que j'y ait fait, qui m'ont mené à ce que je suis, et c'est ces actes qui me définissent comme le dit Sartre :" L'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait". En somme, le monde n'a pas besoin de moi, mais je choisi d'y rester ou de ne pas y rester, et je choisi d'y être ce que je suis. Je suis le seul à pouvoir donner un sens à ma vie.


Nous nous sommes donc interrogé sur la question : le monde a-t-il besoin de moi? En étudiant en premier le concept spirituel ( en tant que monde perçu par mon esprit) du terme "monde", concept pour lequel, il aurait en effet besoin de ma conscience, qui seule,  rend possible son existence, par la perception que j'en ai. Nous avons dans un second temps étudié son autre concept, qu'est le monde humain, dans lequel nous avons bien vu qu'il rendait mon existence superficielle, en ce sens qu'il la faisait dépendre des autres qui en étaient la condition. Cependant, nous stopper à une telle vision, était une attitude pessimiste, il a donc fallut dans une dernière partie, montrer que la superficialité de mon existence pouvait être combattue par mon travail qui transformerait le monde et pousserait les autres à reconnaître mon humanité. En somme, nous avons montré que le monde n'a besoin que de celui qui souhaite le compléter en choisissant son existence et en agissant sur lui et en donnant un sens à sa vie.


Johan












La souffrance étouffée des hommes de la classe moyenne

Le sujet de cet article me tient à cœur car j'en rumine le contenu et les idées depuis assez longtemps. Cette réflexion parle de moi et...