mardi 4 février 2014

Les lois ont-elles pour but de préserver et d'augmenter la liberté ?

Pour répondre à cette question,  je vous propose un commentaire que j'ai effectué et réussi pour un devoir sur table au lycée, je m'appuie bien sur avant de publier ça, sur les remarques que mon professeur a faite sur ma copie, donc, je l'ai bien entendu, corrigé par moi même, avant publication, bonne lecture.
Il s'agit d'un texte extrait du Deuxième traité du gouvernement civil de John Locke.

" Il est certain que la fin d'une loi n'est pas d'abolir ou de restreindre la liberté mais de la préserver et de l'augmenter. Ainsi, partout où vivent des êtres crées capables de lois, là où il n'y a pas de lois il n'y a pas non plus de liberté. Car la liberté consiste à n'être pas exposé à la contrainte et à la violence des autres ; ce qui ne peut se trouver là où il n'y a pas de loi. La liberté n'est toutefois pas, comme on le prétend, le loisir pour tout homme de faire ce qui lui plaît - qui, en effet, serait libre là où n'importe quel autre, d'humeur méchante, pourrait le soumettre ? - mais le loisir de conduire et de disposer comme il l'entend de sa personne, de ses biens, et de tout ce qui lui appartient, suivant des lois sous lesquelles il vit ; et par là, de n'être pas sujet à la volonté arbitraire d'un autre mais de suivre librement la sienne propre. "
                                              
  John Locke, Deuxième traité du gouvernement civil, 1690


Dans ce texte, l'auteur, John Locke que l'on voit sur la peinture ci-dessus, fait l'éloge de la loi, en l'instituant comme étant fondamentale pour l'accès à la liberté. Ainsi, il annonce sa thèse dès le début : " Il est certain que la fin d'une loi n'est pas d'abolir ou de restreindre la liberté, mais de la préserver et de l'augmenter". La liberté n'est pas le loisir pour tout Homme de faire ce qui lui plait, mais le loisir de disposer comme il l'entend de sa personne, de ses et de tout ce qui lui appartient, c'est là le problème dont il est question dans ce texte. Tout au long du texte, l'auteur propose une argumentation logique, en rendant à travers ses propos, la loi indispensable. Il fait donc appel à la raison de son lecteur en décrivant des situations qui, si l'on fait preuve de logique, nous laissent à penser qu'elles ne peuvent se passer de loi. Globalement, sa démarche est de montrer qu'il est inutile d'espérer être libre là où il n'y a pas de loi, car on ne peut s'en passer dans la vie en communauté. Son texte peut-être séparé en trois parties. La première où il annonce sa thèse que nous avons cité tout à l'heure, la seconde, où il énonce ses arguments, en mettant en valeur l'inutilité d'un monde sans loi, et la dernière où il décrit ce qu'est la liberté, c'est à dire obéissance aux lois sous lesquelles on vit.

John Locke désigne les hommes comme : "des êtres crées capables de lois". Autrement dit, tout comme Aristote dans Éthique à Nicomaque, il entend montrer que tout homme est crée avec la capacité d'avoir de bonnes vertus comme de mauvaises à la seule condition qu'il s'y exerce. La différence ici est que lui, parle de lois, et étant donné que pour lui la loi favorise la liberté, il entend affirmer que tout homme est crée capable d'être libre, et puisqu'il rapporte la loi à quelque chose de positif, cela revient à dire que la loi émane également de la vertu. Par conséquent, en affirmant qu'ils sont capables de lois, il met ici tous les hommes au même niveau, mais à une seule condition qui est celle de vivre là où il y a des lois. D'ailleurs, dans le texte d'Aristote que nous venons de citer, ce dernier précise bien qu'on reconnait une bonne constitution d'une mauvaise, en voyant ce à quoi elle habitue son peuple. Or, puisque le texte que nous sommes en train d'étudier traite de la liberté et des lois, il traite forcément du rapport de l'Homme avec autrui.

On comprend dès lors pourquoi l'auteur dit : " la liberté consiste à n'être pas exposés à la contrainte et à la violence des autres". En disant cela, il affirme qu'il est impossible d'être libre sans être exposé aux autres à un moment où un autre. On comprend dès lors que la liberté ne peut se faire dans l'égoïsme, car tout en étant responsable de sa personne, on est également responsable des autres. Effectivement, après tout, comment être libre si je sais qu'à tout moment, je peux être freiné par d'autres qui voudraient  nuire à ma liberté? Car il est certain que si eux aussi se considèrent libres dans leur égoïsme, rien ne les empêche de venir nuire à la mienne. Or,  et c'est ce qu'essaye de dire l'auteur, si une loi protégeant les libertés individuelles, obligeait quiconque voudrait me nuire ou me voudrait faire violence, à répondre de ses actes, je pourrais dès lors continuer à espérer être libre. Cela sous-entend également que pour s'instituer, la justice, ne peut se passer de la force. En effet, c'est le paradoxe de la justice, comment la faire régner, sans l'imposer bien  qu'elle vise à laisser libres les hommes?  Effectivement,  comment un état pourrait-il maintenir la justice sur son territoire, sans utiliser la force pour désarmer ceux qui agissent par violence ? C'est pourquoi Pascal disait que la justice sans la force, est impuissante, et que la force sans justice est tyrannique. On comprend aussi pourquoi Max Weber a dit que l'état était le monopole de la violence physique légitime, mais il oubliait juste le fait que la violence désigne l'usage illégitime de la force, donc, pour parler correctement, il aurait du dire que l'état était le monopole de la force légitime. 

Tout cela nous fait comprendre que l'accès à la liberté n'est pas aussi simple que nous le pensons, d'ailleurs, comme le dit John Locke, nous la définissons comme étant le loisir pour tout homme de faire ce qui lui plait, et nous pouvons être d'accord avec lui sur ce point, car il est vrai que "faire ce qui me plaît" est la définition populaire de la liberté. Or, cette définition émane de la simple opinion, or pour passer de cette opinion à un discours réfléchit, il serait déjà plus judicieux de se demander ce que c'est que d'être libre. Mais dire qu'être libre désigne le fait de faire ce qui nous plait, revient à dire qu'on est libre tant que  l'exercice de nos envies n'est pas interdit par toute formes lois ou de contraintes. Or, si être libre était aussi simple que ça, nous nous trouverions face à un véritable problème, car nous serions dès lors obligés d'affirmer que les animaux sont libres, et ce n'est ni vrai, ni logique puisque les animaux n'écoutent que ce que leur dicte leurs instincts. En outre, là n'est pas l'unique problème, car en effet, où est ma liberté si je suis en permanence conscient du risque que quelqu'un d'autre puisse y nuire ? Or, comme le dit John Locke, la liberté consiste à ne pas être exposé à la contrainte et à la violence des autres, et pour ne pas être soumis à la violence et à la contrainte des autres, et pour ne pas soumettre les autres à sa propre violence et à sa propre contrainte, l'état et la loi son nécessaires car ils éduquent mes instincts et me rendent libres, puisque si c'est parce qu’il obéit à ses instincts que l'animal n'est pas libre, on comprend que si je veux commencer à être libre, je dois me débarrasser des miens, et c'est la qu'intervient l'état pour m'exercer à la vertu.

On comprend maintenant pourquoi l'auteur dit que la liberté c'est le loisir de conduire et de disposer comme il l'entend de sa personne, de ses biens, et de tout ce qui lui appartient. Est effectivement libre, comme disait Aristote, celui qui est à lui même sa propre fin, et pas celle d'un autre. Conduire comme il l'entend de sa personne, signifie dans le texte, être débarrassé de ses propres instincts, et vouloir ce que l'on fait. Et enfin, disposer de ses biens et de tout ce qui lui appartient, fait référence ici à la garanti que l'état, par des lois protégeant la propriété privée, que personne ne puisse s'approprier les biens de quelqu'un d'autre. Sans loi, effectivement, l'anarchie prendrait place, et n'importe qui se permettrait de s'approprier les biens d'autrui. or, là où il y a la loi, cette situation est impossible, car l'état exercerait la force pour intervenir et désarmer, comme nous l'avons dit précédemment, ceux qui se rebelleraient contre la justice.

Ayant expliqué le texte, nous pouvons dès lors nous demander si les lois ont pour but de préserver et d'augmenter la liberté.

Les lois politiques sont un ensemble de règles ayants pour but d'encadrer la vie d'un peuple. Or, nous l'avons vu tout au long de notre explication de texte; les lois  semblent indispensables pour garantir la liberté. Mais cependant, ne serait-ce pas oublier que tout pays a sa propre législation et son propre gouvernement ?  Surtout, sa propre manière d'instaurer le gouvernement. Autrement dit, affirmer sans réfléchir que les lois ont pour but de garantir et d'augmenter la liberté, c'est, affirmer qu'on est libre en obéissant aux lois. Or, une telle affirmation n'est pas recevable, car si se contenter d'obéir aux lois permettait d'être libre, nous serions dès lors obligés d'affirmer que les peuples dominés par des tyrans sont libres. Or, c'est faux, car ces peuples obéissent à des lois auxquelles ils n'adhèrent pas. On comprend que se poser cette question, c'est par la même occasion demander ce qu'il faut pour que les lois deviennent libérales. Comme nous l'avons dit précédemment, être libre c'est  vouloir ce qu'on l'on fait. Or, si les peuples dominés par les tyrans obéissent à des lois auxquelles ils n'adhèrent pas, c'est dû au fait qu'ils ne les ont pas choisi, donc ils ne sont pas libres car ils ne veulent pas obéir à ces lois, mais y sont contraints. Par conséquent, pour que les lois garantissent la liberté il est nécessaire qu'elles soient la création et le choix du peuple. Autrement dit, les lois garantissent  la liberté uniquement si elles sont le fruit de la démocratie et de la république. Et enfin, pour que ces lois assurent la démocratie, il faut qu'elle reposent sur une constitution qui garantie qu'on ne pourra en changer sous aucun prétexte. Mais pour garantir la liberté et la paix, la loi ne peut se passer de la force comme nous l'avons déjà dit, la loi doit se servir de la force au service du peuple et de la protection civile, une loi qui s'en sert contre le peuple, comme le cas d'une tyrannie, est injuste et n'utilise dès lors pas la force, mais la violence, c'est à dire son utilisation illégitime. L'état doit également obéir lui-même aux lois que le peuple s'est  lui-même prescrites. On reconnait une bonne constitution, quand parmi ses lois il y en a une qui permet au peuple de manifester son désaccord, car après tout et comme disait Gandhi, quand l'état dirigé par les hommes devient lui-même hors la loi, lui désobéir devient un devoir.

Cependant, nous sommes face à un autre problème qui est celui de l'augmentation de la liberté. En effet, prétendre vouloir augmenter la liberté, c'est affirmer qu'elle est quantifiable ou qu'elle a plusieurs degrés. John Locke nous l'affirme clairement, la liberté n'est pas comme le prétend le loisir pour tout homme de faire ce qui lui plaît, mais l'obéissance aux lois sous lesquelles on vit. On note sur ce texte une grande contradiction. En effet et dès le départ, Locke affirme que la fin d'une loi n’est pas restreindre ou d'abolir la liberté, mais de la préserver et de l'augmenter, or une telle affirmation sous-entend que la liberté s'impose d'elle même, et qu'elle est déjà présente sans loi. D'ailleurs, si nous écoutons Jean-Paul Sartre, la liberté n'est pas un choix, ni quelque chose qui dépend d'une loi ou d'autre chose, mais la liberté est une condition qui s'impose à l'Homme. Autrement dit, faire dépendre la liberté des lois, c'est mettre en place et affirmer un déterminisme, que Sartre nommerait volontiers de mauvaise foi. Le problème conceptuel que pose ce texte est bien celui de la liberté, dont la définition est beaucoup trop difficile à saisir, tant les concepts en sont variés.

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