mardi 23 décembre 2014

L'homme est-il un être à part dans la Nature ?

 Introduction :  

Bear Grylls
   En concevant la Nature comme un système clos régi par ses propres lois, et en considérant que l'homme, minuscule comparé à elle, en fait partie intégrante, alors il est possible de penser qu'il n'en constitue pas une exception, il est tout comme le reste des êtres vivants, soumis à ses lois, et ne peut ainsi, pas être distingué à la manière d'un « élu ». Pourtant, toujours en considérant l'homme d'un point de vue biologique, mais en ne lui négligeant pas ce qui constitue bel et bien une spécificité en lui étant propre, à savoir la « conscience », un problème se pose puisqu'il ne nous serait plus possible de l'intégrer totalement à une liste d'êtres vivants ordinaires. La conscience serait dès lors ce qui constituerait sa plus forte démarcation du reste de la Nature, elle l’élèverait au dessus des autres par l'aptitude qu'elle lui offre, qui n'est autre que celle d'être conscient de sa propre présence. Mais bien qu'étant à la fois corps et esprit, l'homme peut-il tout de même être considéré comme étant « à part », tout en étant incapable d'échapper à sa condition ? Ils'agirait donc de se demander quelle qualité supplémentaire lui offre le fait d'être esprit.

I. L'homme, un être spécifique dans la Nature

   D'un point de vue biologique, on peut considérer l'homme comme un être à part. En effet, observer la Nature, c'est bien constater que l'homme subit ses lois, mais il semble impossible de le limiter dans l'absolu à un être soumis aux dites lois, puisque bien au contraire, il s'agit cet être capable de les connaître. Ceci s'explique en ce que l'homme n'est pas simplement matière, mais aussi esprit, et cette distinction en fait déjà un être spécifique. C'est ainsi qu'Aristote distingue dans la Nature, différents types de vivants, dont l'homme qu'il définit comme un «animal doué de raison». Cette définition tient à ce que, pour Aristote, l'homme est le seul à posséder une âme intellective. Et posséder cet âme lui permet de connaître ce qu'il l'entoure et donc de constituer un être concret et réel.
   D'autre part, l'âme intellective, ou la pensée en d'autres termes, donne en même temps à l'homme la connaissance de sa faiblesse vis-à-vis de la Nature. C'est le constat de Pascal qui définit la pensée comme constituant l'essence de l'homme. Même faible, dit Pascal, l'homme s'élève au-dessus de la Nature par la simple connaissance de sa faiblesse. Il est un «roseau pensant». L'animal, est tout aussi faible, et peut, tout comme l'homme, être détruit par l'Univers tout entier, mais ne le sait pas, contrairement à l'homme qui acquiert de ce fait une «dignité».
   La conscience lui fait également acquérir une autonomie, et une identité. Kant, dans son Anthropologie d'un point de vue pragmatique, démontre que la capacité de dire «je», est révélatrice de l'élévation de l'homme au-dessus de la Nature. Quand l'homme dit «je», il révèle sa conscience de lui-même et son autonomie. C'est le «je transcendantal» par lequel l'homme acquiert une dignité et le droit à être respecté. L'animal, lui ne possédant pas la raison, peut, selon Kant, être utilisé comme simple moyen. Tandis que l'être humain, intelligent, ne peut être considéré comme simple moyen, mais toujours comme fin. Dès lors, on ne peut considérer l'homme autrement que comme cet être à part, pour les raisons que nous venons de mettre en évidence. 

Transition :
   Pourtant, si l'homme semble se distinguer des autres par la capacité de réflexion, il reste difficile de le détacher pour autant de sa condition. Etre en partie un corps physique, est un fait pour lui, il ne le choisit pas. La question est dès lors de savoir si l'illusion ne repose pas justement sur une contradiction sur le rôle de son mode d'être ; la conscience, dans son existence. Il s'agit alors de se demander si le monde n'influence pas l'homme d'autant plus qu'il pense influer sur celui-ci.

II. Qui n'échappe cependant pas à son influence 

   La Nature, en premier lieu, se présente comme l'ensemble de ce qui existe dans l'espace et le temps. Cette définition inclut non seulement l'homme, mais aussi tous les êtres vivants. L'ensemble des êtres vivants, dont l'homme fait partie, sont eux tous déterminés par les lois présentes dans cette même Nature. Ainsi l'homme aura-t-il besoin d'oxygène pour vivre et assurer le bon fonctionnement de son système biologique ou encore sera-t-il soumis à la loi de l'attraction terrestre lui aussi.
   Que la nature constitue une entité supérieure à l'homme, cela signifie qu'en aucun cas il ne puisse la dépasser. C'est ainsi que Spinoza en arrive à la conclusion que, la liberté que certains prennent de placer l'homme au centre du monde en ne se fiant qu'au fait qu'il possède l'aptitude à penser, est excessive, voire erronée. Sans affirmer que l'homme n'est pas un être spécifique, Spinoza pense qu'il n'est pas un «empire dans un empire». Car la Nature, est en elle-même, un ensemble irréductible à l'unique pensée humaine. Elle est un système plus complexe auquel l'homme ainsi que tous les êtres vivants participe. C'est que Spinoza donne une place très importante à cet empire qu'est la Nature, puisqu'il la considère comme «Dieu». Or, ce statut suppose déjà que la Nature détermine tous les êtres vivants, donc et en même temps, les actions humaines qui n'échappent pas à son emprise. Nous nous pensons libres, dit Spinoza, par simple méconnaissance des causes qui nous déterminent à vouloir ce que nous voulons. L'erreur consiste selon Spinoza à refuser cette réalité inévitable, et la sagesse résiderait au contraire, dans l'acceptation et l'accord avec le mouvement même de la Nature.
   Enfin, l'homme n'échappe pas à la possibilité d'une étude. On peut, comme cela a été mis en évidence au cours de l'histoire, le réduire comme tous les êtres vivants, à un ensemble de phénomènes psychiques, biologiques, et sociaux. C'est ainsi que le matérialisme de Karl Marx conçoit l'homme : comme le résultat d'un ensemble de phénomènes sociaux. L'impression d'être l'auteur de nos actions n'est qu'une illusion puisque de même que la matière est en mouvement, ainsi notre conscience suit son mouvement et est influencée par celui-ci. Ce n'est donc plus «la conscience qui détermine l'existence sociale, mais l'existence sociale qui détermine la conscience». Comme, les animaux, nous sommes alors déterminés par les lois de notre environnement et ne sommes pas «à part», mais en plein dans le mouvement.

Transition :
   A ce stade-ci, nous en sommes à réduire la conscience à l'ensemble des influences de la Nature, qui, dans son mouvement, emporterait avec elle l'homme, qui ne ferait rien d'autre que suivre le mouvement. Le problème qui se pose, c'est de savoir comment l'homme pourrait se réduire lui-même à l'ensemble des phénomènes qui l'entourent, sans en même temps prouver qu'il choisit lui-même s'il est déterminé ou non. La conscience ne serait donc plus une somme d'influences, mais influerait d'elle-même la Nature. 

III. Mais la dépasse en y déposant le «sens»

   Rappelons que, littéralement, la Nature désigne également l'état de la matière avant que celle-ci ne reçoive la marque de l'homme. Or, une telle conception suppose que le concept même de «Nature», nécessite la présence d'homme pour être construit, et en même temps, que dès lors que l'homme apparaît, toute Nature disparaît. Si l'on dit de l'homme qu'il n'a pas de nature, c'est justement parce que sa présence dans la Nature, tous les actes qu'il y accomplit, sont toujours culturels. C'est l'idée défendue par Merleau-Ponty dans sa Phénoménologie de la perception; il n'y a rien dans les agissements de l'homme que l'on puisse qualifier de «naturel», bien au contraire, tout est conventionnel, car tout chez lui est à inventer. C'est ce par quoi l'homme se détache de la Nature. 
   Ce détachement, ou cet échappement, n'a pas d'autre nom selon Sartre, que la liberté. C'est dans l'Etre et le Néant qu'il développera en profondeur cette idée, en partant du principe selon lequel l'homme est irréductible à une somme de déterminismes naturels sinon son milieu social. Mais parler de déterminisme est encore ici user d'un bien grand mot puisque Sartre n'entend par tout cela qu'un «héritage» duquel l'homme aura à faire quelque chose. Si l'homme a ainsi à se déterminer sans cesse, c'est parce qu'il n'est d'abord rien, il n'a pas été choisi par la Nature et n'est pas non plus à son service pour accomplir quoi que soit, mais a à devenir quelque chose par ses actions.
  Dès lors, ce qui fait de l'homme un être «à part» dans la Nature, c'est justement son détachement total de celle-ci, il est cet être qui ne trouve sa place nulle part, et a à s'en créer une. C'est là le sens même de cette citation culte de Sartre affirmant que : «l'existence précède l'essence». Elle n'a pas d'autre sens que celui-ci : l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il aura choisit d'être, il n'a au départ aucune essence, c'est-à-dire aucune raison d'être, mais a à s'en inventer une, à se créer une place par son existence et ses choix et la Nature n'est autre que la situation dans laquelle il a à se choisir. 

Conclusion :

   En somme, bien que l'homme se distingue par le fait d'être conscient, l'influence de la Nature sur lui n'est pas négligeable. Mais pourtant, se limiter à un tel fait, reviendrait aussi à objectiver cet être bien spécifique qu'il est, et qui, comme on l'a vu, se trouve être à part dans la Nature par le rapport bien particulier entretenu avec elle. Elle est n'est pas seulement une entité qui le dépasse, mais aussi le lieu d'exercice même de sa liberté, et sur laquelle il dépose le sens. Il est par conséquent «à part» dans la Nature, car il est son dépassement ; il est culture. 

samedi 22 novembre 2014

Lettre à un homme - Sortir de l'engrenage infernal de la passion

          «Tu la quitte en la laissant là, sans excuse valable, sans savoir qu'en agissant ainsi, tu la rend incapable d'aimer quelqu'un d'autre. Elle t'aimait vraiment et tu lui fait regretter d'avoir osé plonger dans le fleuve de la passion. Tout au fond de ce fleuve, elle se noie car tu as lâché sa main et tu es remonté à la surface seul. Dans ce fleuve, elle trouvera d'autres poissons, avec qui elle tentera de remonter à la surface mais en vain car elle ne les aimera pas vraiment, et les abandonnera comme toi tu l'as fait. Tu ne le sais pas encore, mais d'autres femmes ont subi le même sort, et elles sont elles aussi prêtes à se venger sur toi... C'est ainsi que fonctionne le cercle vicieux de la passion. Tu en trouvera une autre avec qui te sentira heureux, au point d'oublier qu'une autre se sentait pareillement heureuse avec toi, cette même autre que tu n'as pas hésité à négliger pour ton bonheur personnel, en égoïste profond que tu es.

          Cela t'étonne-t-il que l'amour puisse rimer avec l'égoïsme ? Et bien tu as raison, l'amour ne peut pas rimer avec l'égoïsme car sa finalité est collective. Aimer une femme, signifie la désirer au point de ne faire qu'un avec celle-ci. Cependant, en y réfléchissant, ne constates-tu pas que l'amour ne brille bien souvent qu'au début d'une relation ? Et que, bien souvent aussi, la lumineuse flamme de la passion s'éteint toujours en l'un des deux êtres aimants ? C'est que l'amour est, tout comme l'être humain, un mouvement incessant, ne se satisfaisant, aussi paradoxal que cela puisse te paraître, que de ce détachement brutal. Si tu as quitté cette femme avec qui tu nageais, ce n'est finalement pas tout à fait par égoïsme, mais par désir de mouvement, de changement. Dès lors, une question te viens certainement à l'esprit. Comment dès lors, l'amour pourrait-il être chose éternelle ? 

          Incapable comme tu l'étais de rester avec une seule femme, tu dois désormais te dire que, comme Dom Juan, tu es condamné à errer de relation en relations sans jamais trouver la femme qui te rendra heureux. Pourtant, tu l'as bien compris, si l'essence de l'amour, c'est le changement, alors il est tout à fait possible pour toi de rester avec une seule femme, et de faire en sorte que cette femme ne soit jamais tout à fait la même. Cependant, un tel choix suppose que tu n'aimes pas seulement la femme qu'elle est dans l'immédiat, mais que tu oses voir plus loin, afin d'aimer la femme qu'elle sera plus tard, encore absente et retenue par le flux du temps. C'est peut-être un peu étrange d'aimer un objet qui n'existe pas encore, mais pourtant, c'est ce qu'est le véritable amour. Notes bien en effet que, si tu aimes ce que cette femme n'est pas encore, alors elle te manquera sans cesse, tu la désirera à jamais, à tel point que tu n'en désirera aucune autre. Si tu ne parviens pas à voir l'avenir avec elle, alors c'est que tu ne l'aimes pas, elle n'est qu'un passe-temps. Elle, qui osera voir l'avenir avec toi, sera seule dans l'illusion tandis que tu sera à la recherche du bonheur. 

          Ainsi, la femme qui partagera la même vision que toi, sera celle qu'il te faut. Retiens bien que l'amour, n'impose pas forcément de sacrifice, il nécessite juste d'être connu et compris, afin de ne pas faire d'erreur et de ne pas faire souffrir inutilement. Tu ne peux plus rien faire pour cette première femme que tu as abandonné, mais tu peux néanmoins éviter la même peine à une autre. Aimer c'est donc, à travers celui ou celle qu'on aime, voir le futur, c'est-à-dire l'ensemble des éléments qui ne sont pas présents, tout en profitant de l'instant présent».

Lettre à un homme


Johan Banzouzi

lundi 10 novembre 2014

De l'autre côté du Bien

 «  Observez-donc le mal dans le monde. Observez l'histoire et ce que l'homme peut faire à son semblable. Dans tout ce bazar il est évident que Dieu n'y est pour rien. Croyez en Dieu si vous le voulez mais cessez d'affirmer que sa volonté s'accomplit sur Terre dès que l'homme accomplit quelque chose de bon, et d'accuser le Diable dès lors que l'homme fait le mal. Tout ce qui est à l'oeuvre dans le monde, c'est l'humanité elle-même. Arrêtez d'accuser des entités afin de déresponsabiliser l'homme de ses actes. Personne n'est perdu, mais tout le monde est responsable. On peut faire le mal même en ayant la foi et faire le bien même en étant athée. Vous insultez les mères et les sœurs d'autrui et vous prétendez croyants avant de vous coucher, stop, le Diable n'agit pas sur vous, vous êtes le Diable ! Que vous êtes le Diable ne signifie pas que vous avez été conditionnés par une entité aux mauvaises intentions, mais tout simplement que vous êtes responsables de vos mauvaises intentions, et que vous vous cachez derrière ces entités pour soulager votre conscience. Le mal absolu n'existe pas, il n'existe qu'un mal relatif aux autres. Cessez de refuser cette part de vous-même qu'est le mal, retrouvez-vous plutôt vous-même, prenez conscience de votre responsabilité et travaillez pour vaincre ce mal. La volonté de Dieu ne peut s'accomplir dans un monde où l'homme est livré à lui-même.

 
 Vous prétendez que Dieu est amour, mais prétendez en même temps, quand cela vous arrange, qu'il punit ceux qui désobéissent, et qu'il pardonne ceux qui se repentent. Mais la mauvaise foi dont vous faites preuve, elle, peut-elle être pardonnée ? L'homme qui fait le mal tout en espérant se repentir juste après, n'est-il pas un fourbe ? Mais dans la mesure où il se repentira, ne sera-t-il pas tout de même pardonné ? Est-ce là la justice selon vous ? Vous prétendez qu'il existe un destin écrit pour chaque homme, tout en affirmant que l'homme est responsable du mal qu'il fait. Pourtant, si le destin de chaque homme est écrit, n'est-il pas logique dès lors, que le mal, s'il a lieu dans son existence, fasse partie de  son destin ? « C'est plus compliqué que ça » dira-t-on. Et c'est compliqué en effet, mais c'est ce en quoi vous croyez dur comme fer. Vous croyez intrinsèquement en quelque chose que vous ne comprenez pas vous-même et vous prétendez plus légitimes que nous autres athées, qui croyons plutôt en la possibilité pour l'homme d'agir volontairement, et de bonne ou de mauvaise façon. Vous observez le mal en marche autour de vous et en vous-même, sans reconnaître qu'il vient de vous et d'aucune entité que ce soit. Comment qualifier votre attitude si ce n'est de mauvaise foi avérée ? 

   Je ne puis me prétendre fils d'un quelconque Dieu que si mon attitude en révèle de quelque manière que ce soit, l'essence. Ainsi, l'homme étant capable d'absolument tout, ne peut pas se prétendre la création d'un être bon, à moins que cet être le dote du libre-arbitre. Mais même si tel était le cas, il eut fallut que cet être lui-même, fusse capable des mêmes actions que les hommes. Or, la perfection que l'on accorde à Dieu, est absolument incompatible avec la contingence de l'attitude de l'homme. Le bien et le mal sont les fruits de la liberté. Et je conçois qu'il sera difficile pour vous, religieux de vous y faire. Comment parvenir à vous faire comprendre à quel point votre attitude est paradoxale ? Admettons qu'un homme viole la fille d'un croyant, il est certain que ce croyant, envahit par le désir de vengeance, voudra tuer à son tour le coupable. la question qui se pose est ; pour quelle raison, à ce moment précis, et dans cette situation précise, l'idée que l'oeuvre du Diable était en marche dans l'esprit du violeur, ne lui vient-elle pas à l'esprit ? Pourquoi ne pense-t-il pas tout de suite que le violeur n'était pas responsable de ses actes ? N'est-ce pas là la preuve que l'homme choisit quand le Diable et le Dieu sont à l'oeuvre ?  La mauvaise foi consiste à refuser de se reconnaître dans ses actions, et il est certain que tant que les hommes n'accepteront pas qu'ils sont capables de tout, ils se trouveront dans l'erreur.

   Il est nécessaire que la religion se lave de toutes ses incohérences, et pour ce faire, il est primordial qu'elle se fonde avant tout sur la responsabilité de l'homme dans ses actes. Observer certains religieux  contemporains, revient à observer des égoïstes qui veulent être sauvés avant les autres, et qui, au lieu d'inciter les autres à aller vers le droit chemin, préfèrent leur rappeler qu'ils paieront leurs actes lors du jugement dernier, pendant qu'eux, seront tranquilles au paradis. On croirait observer des enfants qui dénonceraient leurs frères ou leurs sœurs pour avoir une sucette. Tant que la religion ne grandira pas, et ne trouvera pas d'unité, il sera impossible pour elle de s'imposer. De plus, elle prétend prôner la paix, mais n'hésite pas à faire régner la violence pour s'imposer. Le désir de vengeance que prône la religion a été rebaptisé « justice ». Il suffit, pour comprendre, d'étudier de plus près la distinction entre Enfer et Paradis. L'Enfer, c'est à dire la souffrance du pêcheur, provoque la satisfaction de celui qui a subit des désagréments. Une justice véritable, au sens où la voudrait Platon, ne peut pas se baser sur l'idée de vengeance, la justice, doit être basée sur l'idée de Bien. C'est en ce sens que l'Enfer et le Paradis n'incarnent pas la justice, ils sont tous deux basés sur la haine. Pour que la justice soit, elle ne doit pas être mise en place en répondant à la haine par la haine. La justice doit rééduquer ceux qui font le mal, et non leur faire subir un autre mal. Dès lors, il ne devrait pas exister d'Enfer si le Bien absolu que représente Dieu était véritablement en oeuvre. Nous réserverons un article aux autres paradoxes de la religion plus tard. »

De l'autre côté du Bien

dimanche 9 novembre 2014

Le sens de la vie

« La souffrance est ta seule amie, et elle vient de nouveau frapper à la porte de ton cœur aujourd'hui. Mais elle ne vient pas pour une simple visite, elle t'emmène pour un voyage sans retour.  Sans commencement ni fin. Avec un départ mais sans arrivée. Elle te pénètre, envahit ton sang et toutes tes cellules. Rendant ton corps plus vieux qu'il ne l'est réellement. La souffrance pense qu'il est grand temps que tu t'en ailles, et nul ne vient à ton secours. Nul ne vient lui dire qu'elle a tort de penser ainsi. La souffrance connaît et est ta seule voie, une voie pleine de blessures. La seule voie pour tomber. Fort comme l'était ton cœur, Il s'attendrit en cessant de battre. Je t'observe pousser ton ultime souffle. Ses battements se font rares désormais. Je sais ce que cela signifie. Tu l'as choisie, tu as décidé de la suivre. Tu as choisi la souffrance. Si ton âme avait des ailes, je pourrais la regarder quitter ton enveloppe charnelle. C'est incroyable comme les étoiles brillent à mes yeux désormais, comme si ton départ me permettait de mieux les voir. Le ciel me prend l'être aimé et me rend les étoiles. Tu ressuscites dans les étoiles. Tu quittes ton enveloppe terrestre et retrouve ton enveloppe éternelle dans les néons.J'aurais aimé que tu ne me quitte pas tout de suite, mais il en est ainsi. Je ne pourrai te ramener qu'en parvenant à toucher ces étoiles qui te représentent. C'est le début d'un nouveau rêve, d'un tournant de ma vie. Du rêve à la réalité je comprend désormais, que la vie n'a aucun sens. »

Le sens de la vie 

dimanche 12 octobre 2014

Du Néant à l'amour

« Le plus dur je pense, c'est de constater que personne ne vous comprend, même pas vous-mêmes. Quand vous êtes comme ci ou comme ça sans savoir pourquoi. Les autres penseront qu'il s'agit juste d'une mauvaise habitude sans savoir qu'il s'agit d'un appel au secours, que personne n'entend malheureusement, et qui peut s'avérer parfois n'être  jamais entendu par personne, si ce n'est par ce vide qui se trouve en nous et que l'on appelle « conscience ».

 Qui n'a jamais essayé de se renfermer sur lui-même pour trouver un réconfort que le monde extérieur ne parvenait pas à lui donner ? Qui n'a jamais lu ces phrases sur les réseaux sociaux affirmant qu'il vaut mieux avancer seul que mal accompagné ou encore qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même ? Mais qui n'a jamais en même temps ressenti le vide que provoque le repli sur soi ? L'amplification de la solitude que donne à sentir le repli sur soi n'est due qu'à une seule chose ; la conscience n'est rien. Pour que le repli sur soi puisse nous soulager, il aurait fallut que la conscience soit un objet, et qu'elle nous permette de nous saisir nous-même. Or, il n'en est rien, la conscience est un néant fondamental, elle n'est que mémoire et sentiment de présence à soi. Et dans nos moments solitude, nous avons besoin de dialogue et non de souvenirs, car le passé  ne répond pas aux questions. 

Concernant ce sentiment d'incompréhension de soi, il s'explique en ce que la conscience est une structure échappant à toute saisie, il est en ce sens normal qu'elle se trouve dans l'incapacité de se saisir elle-même. Ainsi, ne pas pouvoir se comprendre ou se connaître n'est pas anormal, et ce n'est pas dans un hypothétique « inconscient » que le problème est caché. Les conséquences semblent rudes mais il ne s'agit pas d'un échec pour autant. S'il se trouve que par moments, nous changeons d'humeur, c'est tout simplement par désir d'autrui. C'est qu'il y a quelque chose en rapport avec les autres qui nous tracasse, or, se replier sur soi revient, dès lors, à éviter le problème. La solitude ne peut être combattue que par l'amour, et l'amour n'est pas en soi, mais se trouve dehors, vers les autres. 

Parfois, il arrive que l'on se demande pourquoi on existe, pourquoi on continue à vivre une vie aussi pénible sans justification particulière, en somme, que l'on se demande si la vie vaut ou non la peine d'être vécue. Une telle situation n'a pas d'autre cause que le manque d'amour. Pour vivre correctement, l'être humain a besoin d'amour, car l'amour n'est rien d'autre que ce sentiment d'avoir une raison d'exister, une raison d'être au monde. On comprend mieux maintenant, que la souffrance est ce qui nous rappelle l'absurdité de l'existence, cette absence de sens plus qu'évident. Mais l'absurdité de l'existence doit être combattue par l'amour, qui, je le répète, ne se trouve jamais en soi, mais dehors, vers le monde humain. Que la conscience cherche l'amour ou le réconfort à l'intérieur d'elle-même et elle se condamne au désespoir, qu'elle ose aller vers l'autre, donc vers ce qui n'est pas elle et elle s'assure de ne plus souffrir. »

Du Néant à l'amour 

Johan Banzouzi


« Au lieu de nous sentir de trop, nous sentons à présent que cette existence est reprise et voulue dans ses moindres détails par une liberté absolue qu'elle conditionne en même temps — et que nous voulons nous-mêmes avec notre propre liberté. C'est là le fond de la joie d'amour, lorsqu'elle existe : nous sentir justifiés d'exister. »

Jean-Paul Sartre, l'Etre et le Néant, 1943


dimanche 5 octobre 2014

L'homosexualité peut-elle faire l'objet d'un reproche ?

Introduction :

Nous devons désormais nous attaquer à l'un des plus gros débats contemporains ; l'homosexualité. Être homosexuel, c'est être attiré par une personne de sexe similaire au sien. En ce sens, au premier abord, l'homosexualité semble s'opposer à la nature humaine, qui, parce qu'elle sépare l'homme et la femme par le sexe, suppose que les opposés (le sexe masculin et le sexe féminin ), se croisent. Par conséquent, en observant les choses ainsi, l'homosexualité peut faire l'objet d'un reproche puisqu'elle est présentée comme une contradiction avec les lois de la nature. Mais pourtant, si l'homosexualité est bel et bien une désobéissance aux lois de la nature, c'est qu'elle est la preuve d'une liberté, puisque être apte à choisir de ne pas faire ce qu'on est censé faire, c'est être libre. Or, l'existence de la liberté suppose qu'il n'y ait rien qui détermine un homme a faire ceci ou cela, à se comporter comme ci ou comme ça, et donc et aimer de telle sorte ou de telle sorte. Ainsi, si l'humanité est libre, elle n'a de compte à rendre à personne, donc, nul ne serait en droit de reprocher à qui que ce soit d'être homosexuel, chacun choisissant la voie qu'il veut suivre. Ainsi, nous pourrons concevoir l'homosexualité, non seulement comme la preuve de la liberté, mais aussi comme la preuve que l'amour se passe de critères.


I. L'homosexualité comme détournement de la nature humaine 


1.L'humanité est conditionnée en vue d'une fin : la procréation

Si l'on définit l'humain d'un point de vue purement biologique, c'est à dire comme un animal, on peut constater que ses attributs physiques, sont en place pour donner la vie. Ainsi, dans une logique naturelle, l'organisme de la femme, et celui de l'homme, sont constitués de telles sorte à pouvoir se reproduire, donner vie à un enfant. Ainsi, conformément à la nature, l'homosexualité ne peut pas être tolérée puisqu'un homme et un homme, ou une femme et une femme, ne peuvent pas donner la vie en se croisant, et si tout le monde était homosexuel, ce serait la survie de l'espèce humaine qui serait engagée. La relation homme-femme n'est donc pas simplement une exigence culturelle, mais également une nécessité naturelle, un besoin pour l'espèce.

2. Le discours religieux interdit l'homosexualité

D'autre part, dans une logique similaire à celle que nous venons de mettre en évidence, la religion, le christianisme notamment, interdit l'homosexualité, qui constitue également une enfreinte aux lois divines cette fois, puisque la Bible suppose l'union entre l'homme et la femme. De plus, dans la Genèse, Dieu crée Adam et Ève, qui, au-delà de leurs prénoms, c'est à dire dans l'apparence qui leur est attribuée, se présentent comme un homme et une femme. En outre, après le pêché originel,  Dieu condamne Adam à travailler la terre et à manger à la sueur de son front, et condamne la femme à donner la vie dans la souffrance. Ainsi, le discours chrétien, suppose une certaine « nature humaine », l'homme serait prédestiné par la volonté divine, à vivre d'une certaine manière et pas une autre afin d'expier le pêché qu'il a commis. L'homosexualité constitue donc, aux yeux de la religion, un pêché et rend impossible l'obtention du pardon divin, c’est également une désobéissance à la destinée.

3. L'homosexualité est donc un défaut

Par conséquent, il semble légitime de reprocher l'homosexualité. Si l'on considère avec justesse qu'elle rend impossible le développement de la vie humaine, et qu'elle représente un risque de punition divine, puisque, rappelons-le, la désobéissance est punie de la condamnation à l'enfer pour l'éternité, on ne commet dès lors, aucun crime en interdisant l'homosexualité, bien au contraire, on « sauve » l'humanité dans tous les sens du terme. Ce serait même une attitude morale que de reprocher l'homosexualité, et d'éduquer les autres de telles sorte qu'ils ne le deviennent pas.


Transition : 

Comme nous venons de le voir, l'homosexualité, comme elle représente une double désobéissance ; à la nature humaine, et à la religion, peut et doit faire l'objet d'un reproche, puisqu'elle met en danger l'humanité. Cependant, voir les choses ainsi, c'est considérer qu'il y a des valeurs fondamentales qui précèdent l'existence des hommes, et que, arrivé dans le monde, l'homme aurait à les respecter. Cependant, un problème se pose qu'est celui de la désobéissance, en effet, si de telles valeurs étaient « absolues », c'est à dire, absolument nécessaires et ne dépendant de rien, alors la possibilité même d'y désobéir n'existerait pas. Or, le simple fait que l'on puisse ne pas respecter ces valeurs, constitue la preuve que l'homme n'est peut-être prédestiné à rien.


II. L'homosexualité comme preuve de la liberté humaine

1. L’existence de valeurs pré-existentielles est indémontrable

Les valeurs que prônent les religions reposent sur ce qu'on appelle des « dogmes ». Un dogme est un discours que l'on définit comme vrai, indépendamment de toute démonstration. Ainsi, pour toute religion, Dieu existe, et il est impossible de prétendre le contraire. Pour que les règles d'une religion puissent être validées, il faut partir du postulat selon lequel Dieu existerait. Mais si les règles de la religion reposent sur des « postulats », et non sur des « preuves », nous sommes en droit de ne pas y croire, donc d'y désobéir. Agir au nom de valeurs indémontrables, constitue même une attitude injuste et déraisonnable. En ce sens, reprocher à quiconque d'être homosexuel, au nom de valeurs religieuses, est impossible. En somme, puisque l'existence d'un Dieu créateur est indémontrable, la nécessité pour l'homme de s'accoupler avec un être de sexe opposé au sien est également indémontrable, ainsi, il dépend du choix de chacun, d'être avec celui ou celle de son choix.

2. La possibilité de désobéissance, constitue la preuve que nul n'est déterminé à rien

La liberté est le terme opposé à la nécessité, puisqu'elle désigne l'absence de nécessité. Est nécessaire, ce qui ne peut pas ne pas être, c'est à dire, ce qui doit être.  La liberté, elle, se rapproche plus du terme « contingence ». Est contingent ce qui peut être, comme ne pas être. Ainsi, dans la mesure où, il est prouvé par l'expérience, qu'un homme est apte à aimer un être du même sexe, comme un être de sexe opposé, nous sommes en droit de penser que l'homme est un être libre. Tout simplement parce qu'il est capable d'agir de manière « contingente ». De plus, être libre, c'est n'être pas déterminé à agir d'une manière plus qu'une autre. Et puisque l'homme, semble déterminé sexuellement par la nature à n'être attiré que par l'être du sexe opposé, mais semble néanmoins attiré dans certains cas, par l'être du même sexe, alors la théorie selon laquelle il y aurait une nature humaine ne peut pas être acceptée. La liberté est en ce sens, le mouvement par lequel l'homme dépasse la nature humaine. Mais cela peut aller encore plus loin, puisqu'en définissant l'homme comme on définit un animal, c'est à dire comme un être crée simplement pour se reproduire, les partisans de la nature humaine, font disparaître tout ce qui permet de distinguer l'homme du simple animal, à savoir, la possibilité de choisir. Par sa capacité à choisir, l'homme dépasse le statut d'animal, et par conséquent, peut-être que l'homosexualité est la plus grande preuve d'humanité que l'on puisse trouver pour l'homme.

3.Sans valeurs fondamentales à suivre, aucune définition préalable de l'humanité n'est possible

Ainsi, si l'on reproche aux homosexuels d'être homosexuels, c'est que l'on se fait une définition et une image toute faite d'un homme, mais maintenant que nous avons démontré l'impossibilité de prouver l'existence de ces valeurs, nous sommes en droit d'affirmer comme le fait Jean-Paul Sartre dans l'existentialisme est un humanisme , que l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait, qu'il n'y a avant l'existence d'un homme, aucune route déjà tracé et qu'il lui faudrait suivre, aucun destin devant lequel son homosexualité constituerait une désobéissance. Dans un monde frappé par la contingence, l'homme est « condamné à être libre » et à « inventer l'homme chaque jour ». Dès lors, l'homosexualité n'est rien d'autre qu'une face possible de l'humanité, tout est possible et l'humain est condamné à choisir comment un humain doit être, car il est non seulement tel qu'il se conçoit mais tel qu'il se veut, et tel qu'il se veut après cet élan vers l'existence. On ne peut donc reprocher à personne une attitude quelle qu'elle soit, car aucune loi absolue ne présente la route à suivre. L'homosexuel est donc tout aussi humain que l'hétérosexuel, tout deux représentants des choix absolus de l'homme, un choix possible de l'humanité.

Transition :

Ainsi, l'humanité n'est jamais donnée, mais sans cesse à acquérir. Les valeurs pré-existentielles étant écartées, chacun est libre d'être comme il le désire. Mais la réflexion ne se limite pas à une simple étude anthropologique, il y a également à l'intérieur, une réflexion sur l'amour. Puisqu'en effet, affirmer qu'un homme doit aimer nécessairement une femme, et qu'une femme doit aimer nécessairement un homme, c'est aussi se tromper sur ce qu'est l'amour au sens propre, puisque l'amour véritable, comme la liberté, se passe de règles et de valeurs préalables.


III. L'amour et la morale sont universels

1. Parce que l'amour s'impose de lui-même, l'homosexualité n'est pas un choix

Reprocher, c'est, sur la base d'un préjugé ou d'une règle, critiquer une attitude que l'on juge anormale. Or, on ne peut reprocher à quelqu'un, qu'une attitude dont cette personne est responsable. Mais dès lors un problème se pose, puisque l'amour véritable, c'est à dire la tendance « involontaire » du sujet vers un objet, suppose qu'il y ait dans l'acte d'aimer, une certaine irresponsabilité, quelque chose de l'ordre de la contingence. Kant, dans sa Critique de la raison pure, à travers la définition du Beau, met en évidence une caractéristique de l'amour ; il est  « universel et sans concept », c'est  à dire qu'il se passe de préjugés, et n'est en ce sens, pas bloqué sur un objet particulier.  Ainsi, aimer vraiment, ce n'est pas choisir d'aimer, mais « être poussé » à aimer. Il faut parvenir à concevoir l'amour comme un flash, un choc. Tomber amoureux, c'est donc constater chez l'objet aimé qu'il est tel qu'il devait être, tout en ne correspondant pas aux critères subjectifs que nous possédions jusque là. Il y a de ce fait, quelque chose de l'ordre de la création dans l'amour. Mais si l'amour se passe de règles, cela signifie qu'il se passe de choix de sexe. On peut donc aimer un homme ou une femme sans le choisir, c'est plus fort que soi. Il en résulte que nul ne peut reprocher à qui que ce soit d'aimer qui que ce soit, chacun étant apte à être frappé par l'amour.


2. Si l'homosexualité était un choix, il suffirait d'une décision pour ne plus aimer

De plus, on constate d'autant plus que ce qui anime l'homosexualité est l'amour, quand, malgré tous les clichés et l'image si négative que l'on se fait de cette union des sexes opposés, les homosexuels continuent à s'aimer. Et s'ils continuent, c'est qu'ils ne choisissent pas, ils sont poussés contre leur gré. Dans Roméo et Juliette, il y a une réflexion du même ordre. Roméo et Juliette, aiment tous deux, les dernières personnes qui leur seraient permises d'aimer, leurs familles étant opposées, mais leur passion est si grande, que plus ce qui les sépare se renforce, plus leur désir s’accroît. C'est pourquoi, il y a non seulement une absence de responsabilité dans l'homosexualité, mais aussi de la liberté, car est libre ce qui dépasse et désobéit aux règles. Ainsi donc, en étant une remise en question des valeurs communes, l'homosexualité constitue une révélation toujours plus poussée de la liberté humaine.

3. La morale suppose la tolérance 

Mais d'après les démonstrations qui précèdent, il y a au moins, une chose qui soit universelle pour tous, c'est bien l'amour. En effet, si l'amour est universel, c'est que chacun se trouve être capable d'aimer. Et si chacun se trouve être capable d'aimer, alors chacun pourrait devenir homosexuel. L'homosexualité n'est donc pas une maladie, mais l'expression d'une part de notre propre humanité, on ne peut pas concevoir qu'un animal puisse aimer, dans la mesure où ce sentiment est une spécificité humaine. L'universalité de l'amour a une conséquence ; reprocher à autrui d'être homosexuel, c'est reprocher à l'humanité tout entière, donc à soi-même également, de l'être. Or, et on pense tout de suite à la morale de Kant, la morale universelle suppose que l'on « traite l'humanité en sa personne, comme en celle de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen ». Pour Kant, toutes les personnes humaines possèdent une dignité leur étant propre, et de ce fait, rien ne doit pouvoir empêcher un être humain d'exercer ses facultés. On ne peut donc pas, sur la base de l'homosexualité, limiter l'intégration sociale d'un homme ou d'une femme. 

Conclusion :

En somme, au premier abord, l'homosexualité semble bel et bien pouvoir faire l'objet d'un reproche dans la mesure où elle s'oppose aux lois naturelles et métaphysiques, déterminant l'homme à agir selon des bases nécessaires. Mais, en élargissant la réflexion, nous sommes parvenus à montrer qu'en l'absence de démonstration de ces lois pré-existentielles, l'homme n'était déterminé à rien de particuliers, et dès lors, qu'il ne pouvait pas lui être reproché d'être homosexuel. Amenant la réflexion vers sa dimension sentimentale, nous sommes parvenu à la conclusion que, parce que l'amour ne se base pas sur des critères, donc pas sur un choix, il est absolument impossible de faire de l'homosexualité est un objet de reproche, puisqu'on ne choisit dès lors pas d'être homosexuel. Et puisque la morale suppose le respect  d'autrui dans sa différence, nous sommes dans l'obligation de valider la possibilité pour l'homme d'être homosexuel.


mardi 30 septembre 2014

Se Transcender ( Rencontre entre Sartre et Nietzsche ) Qu'est-ce qu'une vie réussie ?

« Dans la vie, on peut parfois avoir l'impression d'être fini, d'être arrivé au bout à travers notre réussite par exemple, ou même, dans le cas contraire, après un nombre incalculable d'échecs, on peut penser qu'il n'y a plus d'espoir pour nous, que nous resterons les mêmes jusqu'au bout puisque quoi que l'on fasse, rien ne fonctionnerait. A voir les choses ainsi, peu de perspectives s'ouvrent à nous dans la mesure où, comme le dit le proverbe « on ne se refait pas », ou « on est ce que qu'on est ».

Pourtant, une grande question se pose derrière cette conception de l'existence, car elle suppose que l'existence est un cercle clos dans lequel il y a deux possibilités ; la réussite ou l’échec, et que nul ne peut, en allant contre la force des choses, lutter contre l'atteinte de l'une de ces deux possibilités. Concevoir l'existence ainsi, c'est donc se placer du côté de la destinée, c'est à dire, de l'idée selon laquelle, un homme serait fait pour ceci ou pour cela. C'est également définir ce qu'est une vie réussie. Il est vrai que, pour certains, une vie réussie, est une vie ponctuée de réussites en tout genre ; économique etc.. Mais peut-on vraiment définir ce qu'est une vie réussie ? Un homme n'ayant jamais atteint des sommets en matière d'économie ou en terme de relations sociales, mais ayant accompli dans sa vie, tout ce qu'il aimait faire, ne peut-il pas prétendre avoir réussi sa vie ?

Pour parler de réussite, il faut toujours en premier lieu poser une définition de la réussite. Or, on le sait, trop nombreux sont les points de vue à ce propos. Une vie, au sens simple est avant tout une existence. Vivre, en ce sens, c'est d'abord avoir une expérience dans le monde. On le sait, pour la religion notamment, l'existence de chacun est déterminée par Dieu, qui choisit ses élus et les teste par la mise à l'épreuve dans le monde. Ainsi, pour la religion, relativement à la morale qu'elle impose, une vie réussie, est une vie droite dans laquelle le respect de la morale est privilégié. Aimer, aider son prochain et croire en Dieu.

Jean-Paul Sartre
Mais  il y a d'autre part, le discours athée, mais encore faudrait-t-il s'entendre sur quel type d'athéisme, et, quitte à choisir un athéisme, autant en choisir un qui se passe de préjugés. On parle bien sûr ici, de l'athéisme de l'existentialisme de Jean-Paul Sartre. Selon ce discours, l'homme est une liberté pure, pas dans le sens où il peut faire ce qu'il veut, puisqu'on le sait, l'homme est conditionné par son milieu social, par son corps, son sexe et tout ce qui s'en suit, mais libre parce qu'il n'est prédestiné à rien, livré à lui-même « seul et sans excuse » valable, jeté dans un monde frappé par la contingence, l'absence de justification. Que l'homme soit livré à lui même signifie deux choses ; la première, c'est que le monde n'a pas besoin de lui, et qu'il n'est l'élu de personne. Et la seconde, plus positive ;  parce qu'il n'est prédestiné à rien, il peut devenir absolument tout. L'existentialisme de Sartre a ceci de spécial qu'il ne se soucie guère de savoir si Dieu existe ou s'il n'existe pas, il dit, je cite que ; « même si Dieu existait cela ne changerait rien » . Le problème pour Sartre, n'est pas celui de l'existence de Dieu, mais plutôt de la responsabilité de l'homme face à sa propre existence. Aucune valeur, aucune loi spécifique ne précède l'existence de l'homme, aucun sens prédéfini, aucun mode d'emploi, aucun chemin déjà tracé à suivre, c'est à l'homme d'inventer tout cela, l'homme est à inventer chaque jour, l'existence précède l'essence.

Il y a cependant une conséquence importante à ce discours. C'est que, parce que rien n'est définit avant l'homme, chacun peut choisir et définir ce qu'est ceci ou cela, en ce sens, c'est à chacun de choisir ce qu'est une vie réussi. L'existentialisme, voit en chaque personne, un choix absolu de l'homme, c'est à dire que si un homme pense qu'une vie réussie est une vie de débauche, il définit en même temps « l'homme », comme cet être qui vie de manière débauchée. Ainsi, réussir sa vie, n'est pas seulement considérer qu'on l'a réussie, mais considérer également que tout homme faisant de même a aussi réussi la sienne.

La doctrine de Sartre, n'est pas la première à renier toute forme de valeurs pré-existentielle. Nietzsche, au XIXe siècle, considérait déjà ce qu'il appelait les « idoles » ( l'Etat, la religion ou la morale en général ), comme un frein à la liberté, qui n'est autre selon lui, que l'obéissance, pour l'homme à sa propre volonté. Les idoles pour Nietzsche, sont toutes les choses mises en place pour pour empêcher « les plus forts » ( ceux qui ont le courage d'obéir à leur propre volonté ), de n'obéir qu'à eux-mêmes. Selon Nietzsche, l'homme présent est constamment à dépasser, doit tendre vers le surhomme. Cette idée est reprise et condensé dans une citation culte de son oeuvre, Ainsi parlait Zarathoustra, « Deviens ce que tu es ». En somme pour Nietzsche, ce que nous sommes maintenant, ne constitue jamais le sommet de ce que l'on pourrait être si l'on s'en donne les moyens. L'homme doit sans cesse se transcender lui-même, dépasser ce qu'il est. Ce mouvement, et cette force qui pousse les hommes à se dépasser, Nietzsche lui a donné un nom ; « la volonté de puissance », et Sartre, en fait, lui a donné un nom aussi, c'est  « la liberté ». Accepter d'obéir à sa volonté de puissance, en prendre conscience, ou assumer sa liberté pour se réaliser, l'homme est à dépasser en permanence. 
Friedrich Nietzsche

Il y a en ce sens un petit lien entre Sartre et Nietzsche, qui renient tous deux les valeurs fondamentales de la métaphysique, et pensent qu'un homme ne reste jamais ce qu'il est, qu'il est sans cesse en mouvement et se dépasse en existant. En conclusion, il n'y a pas de vie réussie sinon celle que l'on choisit. »

Johan 

Se Transcender

«  L’homme est non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, comme il se veut après cet élan vers l’existence, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme. [...] »

Jean-Paul Sartre

L’existentialisme est un humanisme (1946)


« Tu dois devenir l'homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même. »

Friedrich Nietzsche 

Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885)

samedi 27 septembre 2014

Peut-on concevoir un monde sans l'homme ? - ( Seconde proposition de traitement )

Introduction :

Concevoir, c'est élaborer une chose dans son esprit, et la réaliser ou la faire se réaliser. Un homme élabore par exemple dans son esprit, une chaise, il s'en forge une image abstraite qui préexistera à la chaise réelle et concrète qu'il construira ensuite, donc qu'il rendra réelle. Le monde, désigne l'ensemble de tout ce qui existe de manière concrète. Concevoir une chaise, reste donc possible pour un homme, mais concevoir "un monde", semble à priori absurde et dépasser, en terme de possibilité, la condition humaine. Concevoir, comme nous l'avons vu, nécessite une opération spirituelle, et, l'homme, possède bien l'outil nécessaire (l'esprit) pour se forger l'image d'un "monde", mais ne semble pas posséder la puissance nécessaire pour le réaliser. Créer, c'est faire exister quelque chose qui n'existait pas encore, or, et on le sait, le monde préexiste à la conscience. Il semble donc plutôt logique, de penser que seul le Dieu créateur de la Genèse, est adapté et assez puissant pour jouer ce rôle. La question est d'autant plus étonnante quand on constate que dans les récits, c'est bel et bien Dieu qui crée l'homme et le monde, non pas l'inverse.

Mais un autre problème se pose, car concevoir, ce n'est pas seulement se forger une image dans son esprit et la rendre réelle, ou matérielle. En effet, concevoir, c'est, se représenter par la pensée, plus précisément, recevoir une image, l'intégrer, la définir, donc, en faire une idée. Concevoir un monde, c'est donc et aussi le percevoir, l'analyser et en forger le concept, lui donner une signification. Il faut donc, pour concevoir un monde, une pensée, accompagnée d'intelligence. Or, à prendre cette définition en compte, la question devient : un monde sans l'homme aurait-t-il un sens ? Et là, la réflexion prend une tout autre tournure, car en restant sur la thèse d'un Dieu transcendant, on pose la nécessité de l'homme pour, non pas créer le monde, mais pour le dévoiler, pour que le monde ne soit plus simplement là, présent, mais devienne présent à un esprit lui donnant sens.

Enfin, à prendre le monde pour une donnée déjà présente avant l'apparition de l'homme, c'est à dire neutre, n'est-t-il pas possible d'affirmer, que par sa pensée et son intelligence, l'homme fait d'un amas de matière neutre, un véritable monde humain ?

Nous serons donc amenés dans un premier temps à montrer que l'acte d'imaginer un monde dans son esprit, et de le rendre réel, dépasse la capacité humaine et ne peut être réalisé que par un hypothétique Dieu. Mais partant de la seconde définition du terme "concevoir", nous montrerons que le monde, pour être perçu, nécessite la présence de l'homme, qui lui-seul, possède la pensée et l'intelligence que nécessite cet acte. Enfin, partant de ce point, nous pourrons montrer que grâce à l'intelligence de l'homme, le monde n'est plus un monde neutre, mais un monde humain, transformé et façonné, et en ce sens, un monde "conçu".


I.Concevoir, c'est élaborer une chose par son esprit, et la rendre réelle : Postulat de l'existence de Dieu



1. Concevoir une entité comme "le monde" réclame la puissance d'un être supérieur


En partant de l'idée que le monde est au départ inexistant, et que la création réclame de se forger une idée dans sa tête et de la rendre réelle, alors on peut dire que seul Dieu est capable de créer l'entité qu'est le monde. Son essence d’Être parfait le lui permet par la puissance infinie qu'elle contient. Or, l'homme, s'il veut créer, doit créer à partir de matériaux, de matière déjà présente, il a besoin de la présence d'un monde déjà là pour créer, tandis que Dieu, lui, crée à partir de rien. C'est pourquoi, si le monde n'existait pas, Dieu lui, pourrait le faire exister. De plus, son essence même, nécessite qu'il possède un esprit, puisque l'esprit désigne par extension, tous les êtres immatériels supposés doués d'intelligence, et Dieu semble, par excellence, être immatériel puisqu'il est transcendant.Ainsi,seul Dieu respecte à la fois les conditions nécessaires ( il n'est pas dans le monde, il s'élève au-dessus, et n'a pas besoin d'outil pour le créer, mais juste de sa volonté),pour concevoir un monde. L'homme, lui, a au contraire, besoin du monde pour se développer.


2. L'hypothèse de la Genèse

D'autre part, dans  la Genèse, premier livre de la Bible, constitué par le récit de la création, on le voit bien, Dieu crée le monde et il ne le crée pas à partir de quelque chose, il le crée à partir de rien, en commençant par le Ciel et la Terre. Il le crée par sa parole. Il suffit qu'il dise vouloir qu'une chose soit, pour que cette chose soit, tandis qu'on ne peut pas imaginer qu'un homme, par sa simple parole, fasse d'une chose préalablement absente, une réalité matérielle. De plus, quand Dieu crée le monde, il ne crée pas qu'un amas de matière, mais insuffle à l'intérieure, la vie. C'est à dire tous les être vivants, les animaux, et l'homme lui-même, aboutissement finale de la Création, qui devra devenir le maître de tous les êtres vivants, et non pas le créateur du monde. On constate donc qu'une distance sépare l'homme de Dieu, l'homme ne conçoit pas le monde, mais y est seulement présent.



3.Il ne s'agit pas d'un théocentrisme


Bien que l'existence de Dieu reste une hypothèse, il n'en est pas moins qu'elle peut être considérée comme une nécessité. On trouve cette idée là chez Descartes dans le Discours de la méthode . Après avoir trouvé ce qui, dans la réalité, résistait solidement au doute, à savoir la vérité du Cogito, il faut au philosophe français un moyen de ne plus douter du reste. C'est ainsi que Descartes en arrive à poser la nécessité d'un Dieu pour nous rassurer sur la réalité de nos jugements. Car, selon lui, rien ne nous assure que le monde n'est pas une illusion issue de l’œuvre d'un "Malin génie". Pour écarter cette hypothèse, Descartes pose l'existence de Dieu à l'origine du monde. C'est à ce moment même qu'il propose sa fameuse preuve : Un être imparfait comme l'homme selon Descartes, ne peut pas avoir en lui, l'idée de perfection, or Descartes constate qu'en son esprit, réside l'idée de perfection, et selon lui, nul autre qu'un être parfait lui même, n'aurait pu lui mettre cette idée dans l'esprit, et son essence même d’Être parfait, nous assure qu'il ne peut pas nous tromper en nous plongeant dans un monde illusoire . Ainsi, dit Descartes, on peut d'abord être certain de l'existence de Dieu, avant même celle de l'existence du monde. Dieu, dit Descartes, fait partie des idées claires et distinctes, c'est à dire de ce dont on ne peut pas douter. Dieu, peut être considéré comme pilier fondamental, rendant logique et unifiant l'idée de monde.


Transition : Comme nous venons de le voir, parce que le terme concevoir, désigne au sens premier, l'acte de faire exister dans son esprit une chose et la rendre réelle, l'homme, parce qu'il arrive dans un monde déjà là, ne peut pas être à l'origine de sa création, il ne conçoit pas le monde, et son entendement ne le lui permet pas, c'est pourquoi nous avons évoqué la nécessité d'un être supérieur pour accomplir cette action transcendante. Mais en écartant l'hypothèse d'un Dieu créant le monde, et en prenant le terme concevoir sous son second sens, l'homme devient nécessaire. Car en effet, concevoir, c'est aussi se représenter par une opération spirituelle, plus précisément, percevoir. Or, l'acte de percevoir, nécessite non-seulement une opération spirituelle, mais aussi la présence dans le monde pour l'expérimenter. Or, le Dieu créant le monde ne se rend pas dans le monde qu'il crée,  puisqu'il est par essence, immatériel et qu'il s'élève au-dessus. L'homme, parce qu'il est le seul dans le monde à posséder l'intelligence, est le seul à pouvoir concevoir le monde. C'est ce que nous allons désormais montrer.


II. Concevoir, c'est aussi percevoir et comprendre, et cet acte réclame la présence d'un être doué de sensibilité et d'intelligence, or l'homme seul possède l'intelligence nécessaire




1. L'homme, le seul de tous les vivants à posséder une âme « intellective »



Les animaux disposent d'une conscience, mais celle-ci n'est pas de la même nature que celle de l'homme. Les animaux disposent d'une conscience spatiale, c'est à dire qui leur permet de se repérer dans l'espace uniquement. Tandis que l'homme, lui, possède une conscience plus complexe et plus profonde dans la mesure où celle-ci lui permet d'être en rapport avec ce qui l'entoure, et en rapport avec lui-même. Mais quelle est plus précisément cette différence ? Aristote fut le premier philosophe de l'histoire à mettre en évidence cette distinction. Il montre qu'un « vivant » est un être de la nature possédant une âme. Or, selon Aristote, il y a trois types d'âme : L’âme végétative, propre aux végétaux qui leur permet de se développer, l'âme sensitive, propres aux animaux qui les dote de sens. Enfin, le dernier type d'âme, l'âme humaine, ou « âme intellective », qui se distingue des autres en ce sens qu'elle s'accompagne d'intellection, c'est à dire de capacité à s'interroger. Il est insensé d'attendre d'un animal qu'il s'interroge sur sa propre condition par exemple. C'est d'ailleurs pourquoi Pascal, disait de l'homme qu'il était un « roseau pensant », voulant par là montrer que l'homme, malgré sa faiblesse face à l'univers, s'élevait au-dessus de ce dernier car sa pensée le rendait conscient de sa propre faiblesse. Mais une conséquence découle de la spécificité de l'âme humaine ; elle est seule à permettre de prendre conscience du monde. Si un chien se brûle, il aura mal, mais n'en sera pas conscient, tandis que si un homme se brûle, il en sera conscient. Ainsi, si on retire l'homme du monde, le monde est là, mais il n'y a plus aucun être pour en prendre conscience, donc, ce monde n'a aucun sens, car il n'est expérimenté intelligemment par aucun être.


2. « Supprimer le sujet, c'est supprimer le monde » : postulat de l'immatérialisme


L'existence d'une chose, dit Berkeley, est absolument dépendante de la perception que nous en avons, parce qu' « exister, c'est être perçu ». Autrement dit, selon George Berkeley, tous les éléments qui composent l'univers, la couleur, la saveur, le son, en somme, le monde, n'existent pas en dehors de la perception que nous en avons. Et ce, parce que selon Berkeley, quand les hommes conçoivent la matière ( qu'ils se la représentent ), ils lui attribuent en même temps, une étendue, une figure et un mouvement, or, Berkeley constate que ces attributs sont inconcevables si on ne les associe pas à des choses que les sens ont appréhendées. En sorte qu'il est littéralement impossible de dissocier une « idée », des sensations que nous éprouvons. L'idée de table, par exemple, est indissociable de la perception de la table que nous avons déjà expérimenté. En outre, selon Berkeley, dans la mesure où l'étendue et le mouvement n'existent pas en dehors de l'esprit, il est difficile de penser la matière comme une « substance » extérieure, indépendante, qui constituerait le support de tout ce qui existe. L'idée de matière est donc, intrinsèquement liée à l'esprit. Ainsi, pouvons-nous dire, que supprimer le

sujet, revient à supprimer le monde puisque seul l'esprit portant l'idée de matière est apte à percevoir. 




3. La pensée de l'homme comme dévoilement du monde


Pour mieux saisir l'idée que le monde sans l'homme n'a aucun sens , il faut parvenir, sans être aussi radical que Berkeley, à comprendre que le monde, même s'il est présent avant l'apparition de la pensée de l'homme, nécessite, pour être perçu ou pour être reconnu, la présence d'une conscience. Le monde, avant l'apparition de l'homme,est un monde réel, mais caché. Et l'homme, par sa conscience, fait de ce monde caché, un monde dévoilé, à travers les phénomènes, car finalement, on peut dire que le monde, n'est que le fruit de l'image que l'esprit se forge lui-même. C'est ainsi que dans son analyse phénoménologique effectuée dans Sens et non sens, Merleau-Ponty, constate qu'une chose n'existe qu'à la condition que mon regard se pose sur elle, et qu'on ne peut rien concevoir en dehors de ce que mon regard peut viser, en sorte qu'on peut affirmer que c'est le regard accompagné de la pensée de l'homme qui font « être » le monde. On peut donc également dire en chœur avec Schopenhauer, qu'il n'y a de monde que pour un sujet, dans la mesure où le monde n'est rien d'autre que la perception que le sujet en a, c'est à dire sous forme d'espace, temps et causalité. Il faut donc, et on l'a compris, pour « dévoiler » ce monde bien présent, mais caché car privé de conscience pour le percevoir, l'homme.


Transition : Nous venons de le voir, l'homme parce qu'il est au cœur de l'expérience du monde grâce à sa conscience lui permettant d'entretenir une relation spécifique avec celui-ci, est l'être nécessaire pour « dé-voiler » un monde certainement présent mais dont personne ne peut soupçonner la présence. Ainsi, nous avons vu que par la perception que l'homme en a, le monde esseulé au départ, entre dans la catégorie de « l'Etre ». Ainsi, concevoir, c'est également percevoir. Mais concevoir, c'est également définir, et réaliser, or, bien que nous ayons montré en première partie que l'homme n'était pas assez puissant pour créer le monde, il reste possible d'affirmer que l'homme, par sa présence dans le monde, et son travail, transforme ce dernier et en fait un monde humain.


III. Le monde comme expression de l'intériorité de l'homme, devient le monde de l'esprit


1. La transcendance du « pour-soi »

Dans son oeuvre, l'Etre et le Néant , Sartre, pour distinguer l'objet, du sujet, utilise deux termes ; « en-soi » pour l'objet et « pour-soi » pour l'esprit, ou plutôt la conscience. Cette distinction permet de décrire le mode d'être bien spécifique de l'homme. Le « pour-soi » qu'est l'homme se distingue de l'objet car il est l'être par qui les objets sont présents. L'objet est ce qu'il est et le pour-soi est une projection vers l'objet qu'il vise. Mais que le « pour-soi » soit l'être par qui et pour qui les objets sont présents, cela signifie, comme l'affirme Sartre que l'homme est l'être dont l'apparition fait qu'un monde existe. Dès lors que l'homme surgit dans le monde, qui est jusque là, pur néant, c'est à dire non-sens, une possibilité de sens apparaît également. Quand l'homme prend conscience d'avoir un arbre en face de lui, cet arbre n'est plus simplement un grand morceau de matière érigé vers le haut, il est cet « arbre » et pas un autre, il n'est rien d'autre que la signification que lui donne la conscience. A prendre cette analyse pour tout ce qui existe, nous pouvons aller jusqu'à affirmer qu'il n'y a pas d'autre univers qu'un univers humain. Mais le pour-soi, du fait qu'il fait apparaître les objets, est transcendance, car sa structure même, est une visée. En effet, le pour-soi n'est pas objet dans le sens où il pourrait se prendre lui même pour objet visé. Le pour-soi est un néant, une pure présence à lui-même. Il est une conscience qui a conscience d'avoir conscience de ce qu'il n'est pas. C'est comme si en visant cet arbre avec sa conscience, l'homme devenait cet arbre. La transcendance du pour-soi s'explique en ce qu'il est ce qu'il n'est pas. Le pour-soi n'est rien d'autre que l'objet qu'il vise, il est transcendance, car il est toujours hors de lui-même. Il est son propre dépassement. Ainsi, l'essence du pour-soi, est de viser des objets. C'est pourquoi le pour-soi a besoin du monde, pour pouvoir exercer son rôle. Mais ce n'est pas tout, car sans le pour-soi pour viser l'objet et donner du sens à l'être, le monde est dénué de sens. Ainsi, un monde sans l'homme est inconcevable, car le sens ne s'y trouverait pas. Et, puisque la conscience et le monde sont interdépendants, on ne peut concevoir un monde sans conscience intentionnelle. L'«intentionnalité », c'est la faculté qu'a la conscience à viser des objets qu'elle n'est pas, la conscience n'est donc rien d'autre que le dehors d'elle-même, elle est le monde.


2.L'intersubjectivité 

Mais le monde ne désigne pas seulement ce qui entoure la conscience, c'est à dire la matière. Le
monde est également le monde humain, en ce qu'il constitue l'ensemble des relations entre les hommes. L'homme, individuellement n'est pas seul, mais entouré d'autres êtres conscients. Je peux viser un objet et l'absorber, me l'approprier par ma conscience, mais il n'en est pas de même pour autrui, car en visant autrui, j'ai conscience de viser mon alter-ego, un autre-moi, de même que le seul fait qu'autrui puisse me viser, constitue quelque chose de spécifique. Etre au monde ne signifie pas pour l'homme être clos et enfermé sur lui-même, mais avoir une culture, une éducation, une expérience, et surtout être jugé par les autres. L'une des spécificités du pour-soi, c'est de n'exister que relativement à autrui. Sans autrui, je ne puis prendre conscience de moi-même. le pour-soi ne peut pas se prendre pour objet car il n'est pas double, il est un « individu », c'est pourquoi il faut la médiation d'autrui pour qu'il prenne conscience de son existence et de sa présence. Et cette prise de conscience n'est possible que parce que chaque homme est lié à un langage qui le met en relation avec l'autre. En effet, le simple fait de parler une langue, c'est à dire un ensemble de signe permettant la communication d'un sens, révèle mon appartenance à une communauté intersubjective. L'intersubjectivité désigne la relation réciproque et constitutive des consciences comme sujets. Mais l'intersubjectivité n'est pas autre chose que l'élargissement du monde, elle place l'homme dans un monde lui étant propre et dans lequel il peut se reconnaître. C'est pourquoi la pensée de l'homme transcende le monde. Elle le transcende en ce qu'elle le fait dépasser son stade habituel par le simple langage. Appeler un amas de matière érigé vers le haut, « arbre », c'est en faire tout autre chose que ce qu'il est, en faire un arbre humain. Le langage permet également de se faire une idée d'un objet absent, je peux, en effet, parler de l'arbre avec autrui, et puisque autrui sait de quoi je parle par mon langage, je rend en même temps l'arbre présent à sa conscience. On le voit bien désormais, le monde ne se limite pas à la matière physique qui entoure l'homme, mais  devient tout autre que ce qu'il est par le sens que lui impose la conscience. Le langage permet en ce sens de créer un monde commun, d'en avoir une conscience globale et de réunir les homme au sein d'une communauté. On comprend mieux cette pensée de Dufrenne affirmant que ; « le monde sans l'homme n'est point encore le monde ; non que le monde attende l'homme pour être réel, mais il l'attend pour recevoir son sens de monde ».


3.L'humanisation du monde par le travail 

Dans la première partie, nous avons vu que concevoir signifiait élaborer une chose par l'esprit et la faire se réaliser, la rendre concrète. Un tel pouvoir, avons nous dit, nécessitait d'être un Dieu tout-puissant, dans la mesure où Dieu crée à partir de rien, par la simple volonté. L'homme, lui a besoin de ce qui est déjà là pour fabriquer, mais est-ce à dire pour autant que l'homme ne peut pas créer un monde lui étant propre et conforme à sa pensée à partir de ce qui lui est disponible ? Absolument pas, dans la mesure où c'est en cela même qu'il se différencie de Dieu. Dieu crée, mais n'expérimente ce qu'il crée que par le biais de l'homme. Observer le monde, c'est observer l'humanité, non en parlant du monde en tant que relation entre les hommes, mais en tant que monde transformé par la conscience. Hegel, dans la phénoménologie de l'Esprit, met en évidence cette idée. Selon lui, le monde, ou plutôt ce qu'il appelle « le donné », sans l'Esprit qu'est l'homme, est un monde où règne la mort, l'immobilité, car la matière est vide, totalement neutre. Par son travail, l'homme façonne le monde à son image, il lui donne forme humaine. L'Esprit pour Hegel, est une négation du donné, c'est à dire refus de laisser la matière sans forme. Ce qui distingue la matière de l'esprit, c'est son absence de détermination, elle est sans forme particulière, ce n'est qu'une fois mise en forme qu'elle devient délimitée et déterminée, et ce n'est que par la présence de l'Esprit que cela devient possible. Le travail de transformation de la matière dit Hegel, n'est possible que parce que l'homme est « esprit ». Parce qu'il est esprit, l'homme peut sortir de lui-même, aller vers le monde pour le ramener à lui et se l'approprier. C'est sur la base de cette capacité de sortie de soi et de retour à soi que se base la distinction entre l'être « en-soi », qui désigne la matière, et l'être « pour-soi » qu'est l'homme, qui se l'approprie. La matière est incapable de sortir hors d'elle-même. Mais selon Hegel, cela va encore plus loin, car puisque le pour-soi s'approprie la matière et y imprime sa marque, devient dès lors, « esprit », tout ce qui porte la marque de l'homme. Il y a donc une reconnaissance de l'Esprit dans ce qu'il réalise, l'Esprit se reconnaît dans le monde qu'il façonne, il y a une conformité entre l'idée que l'homme se fait du monde, et le monde lui-même. Il n'y a en ce sens pas d'autre monde qu'un monde humain.  


Conclusion :

Concevoir un monde, comme nous l'avons vu, comporte plusieurs sens que sont ; le créer, l'expérimenter et en avoir conscience.  Pour le premier sens, nous nous trouvions face à un problème de taille, puisque la conscience ne crée pas le monde, le monde existe déjà avant elle. C'est en passant par le second sens que nous avons offert à l'homme une place de choix, car lui seul possédant une conscience, pouvait expérimenter le monde, être en relation avec celui-ci. Le problème résidait donc dans cette impossibilité d'expérimentation sans esprit. Nous avons dépassé cette difficulté en montrant dans un dernier temps que, non seulement la conscience constituait à rapport constant au monde, mais qu'elle le transcendait en ce qu'elle lui donnait un sens proprement humain. Nous avons même dépassé la difficulté du sens premier du terme « concevoir », qui renvoyait à l'idée de création, l'homme parce qu'il est esprit, extériorise et installe son esprit dans le monde, il transcende le donné.  C'est pourquoi nous en arrivons à la conclusion que concevoir un monde sans l'homme est impossible, en ce sens que, premièrement, la question ne pourrait pas être posée, le terme concevoir faisant partie du langage humain, et également parce que la conception suppose l'esprit d'elle-même, en l'absence de certitude de l'existence de Dieu, il reste nécessaire de pose l'esprit comme seul principe expérimentant le monde. 

Johan

jeudi 18 septembre 2014

Liberté et Temps

« Je ne puis désirer la liberté de tous, sans mettre en même temps de côté ma liberté individuelle. De même que je ne puis choisir de faire ceci, sans nier en même temps cela. C'est pourquoi je ne puis aimer une femme, sans refuser en même temps d'en aimer une autre. Toute action, comme on le voit, est donc, en soi, une limitation nécessaire de ma liberté future. C'est là l'un des caractères paradoxales de la liberté. Elle est une réalité concrète, qui se limite sans s'épuiser pour autant. 

Sartre définit la liberté comme le mouvement par lequel chaque homme se réalise lui-même, mais la définit d'une manière bien spécifique, puisque avec lui, notre conception si positive de la liberté disparaît. « L'homme est condamné à être libre », c'est à dire que la liberté n'est plus une quête, un but que l'on suit, mais la condition même de notre vie. Que la liberté ne soit plus une quête, mais une condition, cela signifie que chacun de nos actes est une réalisation de notre liberté individuelle. Mais un problème se pose qui est celui de savoir si « condition » signifie « absoluité ». En effet, être condamné à la liberté suppose que l'on ne puisse y échapper par aucun moyen que ce soit. Or, si nous ne pouvons y échapper, c'est que la liberté n'a aucune limite. Pourtant, paradoxalement, et chacun peut en faire l'expérience, nous savons, que faire un choix ( donc réaliser sa liberté ), c'est en refuser un autre, donc finalement, éliminer le possible qui rendait justement possible la liberté antérieure, qui n'existe plus dès lors que nous choisissons. En fait, tout se passe comme si la liberté s'anéantissait à chacun de nos choix, puis se régénérait tout de suite après. 

Avant que Sartre ne développe sa théorie, la liberté était conçue comme absence de contrainte, c'est à dire, absence d'obstacle à la réalisation de nos actions. Si je veux foncer vers cet arbre, pour que ma liberté se réalise comme je le veux, il faut que rien ne puisse m'empêcher de l'atteindre, la contrainte étant ce qui m'en empêche. Etre libre consisterait donc à faire ce que l'on veut. Or Sartre a ceci d'original qu'il affirme que la contrainte est une condition nécessaire à l'accomplissement de la liberté. C'est comme si, sans contrainte, la liberté n'avait pas de sens. Il n'y a de liberté, dit Sartre, que pour un être en situation dans le monde. Autrement dit, c'est dans le monde que nos actions peuvent se réaliser, et c'est relativement à l'existence du monde que la liberté est effective. On ne peut concevoir une conscience sans monde, car elle n'aurait aucun sens, et on ne peut non plus concevoir un monde sans conscience, car tout se passerait comme s'il n'existait pas. Mais en réalité, dire que la contrainte est une condition nécessaire à la liberté, c'est peut-être même faire une erreur. Avec Sartre, on pourrait dire que la contrainte n'existe pas. Pourquoi ? Parce que c'est la conscience, donc l'homme qui décide qu'une contrainte en est une. Evidemment, on ne choisit pas de venir au monde, et on ne choisit pas l'ordre du monde établit, mais pourtant, notre situation dans le monde reste révélatrice de notre liberté, et affirmer qu'une contrainte nous empêche d'être libre, c'est choisir encore librement qu'une contrainte nous bloque. Pour expliquer sa théorie, Sartre prend l'exemple d'un rocher. En effet, si un rocher m'empêche d'observer un paysage et que je suis dans l'incapacité de le déplacer par ma condition de simple homme, il m'empêche en quelque sorte d'être libre puisque ma volonté ( regarder le paysage ) se trouve dans l'incapacité de s'accomplir librement. Pourtant, Sartre dit que ce rocher, ne constitue en aucun cas une contrainte absolue, puisque c'est relativement à ma volonté qu'il devient une contrainte, et que, ce rocher, plutôt que de m'empêcher d'observer un paysage, peut me servir à grimper de l'autre côté de l'endroit où je me trouve. Ainsi, la contrainte naît d'une incompatibilité entre l'ordre du monde et ma volonté. Etre libre n'est donc pas,  comme le dit Sartre, faire ce que l'on veut, mais plutôt « vouloir ce que l'on peut ». C'est à l'homme d'adapter sa volonté à la situation concrète dans laquelle il se trouve, mais c'est toujours librement qu'il le fait. On pense à cette citation culte du stoïcien Épictète ; « ne veuilles pas que les choses arrivent comme tu le désires, mais veuilles qu'elles arrivent comme elles sont ». 

Nous pouvons désormais revenir sur ce paradoxe. En escaladant le rocher, je refuse de le déplacer, tout se passe comme si ma liberté était atténuée, réduite à néant. Nous pouvons le constater pour énormément d'autres situations. Si je choisis d'aller dans telle école, je refuse en même temps d'aller dans l'autre. Mais ma liberté s'éteint dès lors que j’efface le possible pour le faire être. Choisir un possible, c'est le faire être, et réduire à néant l'autre. Or, la liberté n'existe que par l'existence de plusieurs possibles, et si je néantise l'autre possible, je réduis en même temps les possibles futurs, puisque je suis un être temporel. Etre un être temporel, signifie pour moi, qu'en me réalisant à travers mes actions, je limite ma capacité future à faire ceci ou cela. Il y a en ce sens,un lien étroit entre liberté et temps, car c'est dans le temps que la liberté se réalise et également dans le temps qu'elle se dissout. La liberté ne peut en ce sens, pas être absolue dans la mesure où pour qu'elle le fut, il eut fallut que le temps n'existe pas, et il eut fallut également, que l'homme puisse en prendre conscience, sans exister temporellement, ce qui est impossible puisque ce n'est que dans la perspective de la mort ( donc du temps ) que nos actions prennent leur sens. La liberté suppose donc la temporalité. C'est pourquoi l'on ne peut prétendre qu'un animal ou un objet quel qu'il soit puisse être libre, leur existence ne s'inscrivant pas dans le temps. La liberté est donc relative et spécifiquement humaine. »

Liberté et Temps

Johan

mardi 2 septembre 2014

Le Jugement Dernier d'un point de vue existentialiste



« On meurt toujours trop tôt ou trop tard. Et cependant, la vie est là, terminée : le trait est tiré, il faut faire la somme. Tu n'es rien d'autre que ta vie. »

Jean-Paul Sartre, Huis Clos 


Le jugement dernier, d'après l'opinion religieuse, est ce jour où se manifestera aux humains, le jugement transcendant de Dieu sur leur pensées et sur leurs actes. Le fameux jour où « tout se paye », et où il faut assumer les conséquences de sa propre existence sur Terre. D'un point de vue purement religieux, ce jour est à craindre, et c'est par rapport à la crainte de ce jour que notre existence se forme. Comme le réclame la religion, il faut accomplir la morale divine, afin d'être récompensé lors du jugement. Ne pas le faire, se paye de la punition suprême ; l'ouverture des portes de l'enfer.  L'idée de notre réflexion actuelle, est de se livrer à une interprétation purement existentialiste du jugement dernier. On se demandera donc de la même manière que Jean-Paul Sartre dans toute son oeuvre, ce qui se passe
si Dieu n'existe pas. Peut-il toujours y avoir un jugement dernier si Dieu n'existe pas?

Il faut rappeler en premier lieu le point de départ de l'existentialisme Sartrien ; « l'existence précède l'essence ». Que signifient ici ces trois mots ? Tout simplement que l'homme existe d'abord avant d'avoir une définition concrète. L'essence, c'est ce qui est immuable au plus profond d'une chose, ce qui constitue le noyau de son être, ce qui permet de dire avec certitude ce qu'elle est. L'essence d'un triangle, par exemple, c'est ses trois côtés et ses angles droits, car lui amputer ne serait-ce qu'un seul côté, c'est en faire autre chose. Pour fabriquer un triangle, il faut donc connaître son essence, savoir qu'il se constitue des éléments que nous venons de citer. Pour le triangle, l'essence, donc la définition, précède l'existence. Or, pour Sartre, on ne peut pas déterminer l'essence d'un homme tant qu'il ne s'est pas lancé dans l'existence. S'il était possible de définir un homme avant qu'il existe, il faudrait  que l'on puisse en même temps connaître ce qu'il deviendra et ce qu'il fera tout au long de sa vie, ce qui est impossible puisque l'homme est totalement libre. Pour définir un homme, il faut qu'il existe d'abord, qu'il se plonge dans le monde, qu'il se réalise lui-même, puis, lorsqu'il est mort, à partir de l'ensemble de ses actes, c'est à dire, la trace de lui qu'il aura laissé dans le monde, on pourra constituer son essence, on pourra dire ce qu'il est puisqu'il deviendra un objet immuable. Avec la religion, comme l'a montré Sartre, l'essence de l'homme est établie avant sa venue au monde, c'est à dire la moralité et l'expiation du pêché originel. L'homme serait donc, par essence, l'élu de Dieu, son seul représentant dans la Nature. Et le but du jugement dernier est donc de contrôler pour chaque homme, si le pêché originel a été correctement expié à travers l'existence.

Mais si l'on part de l'idée selon laquelle Dieu n'existe pas, on peut faire du jugement dernier le moment durant lequel l'homme prend conscience du chemin qu'il a parcouru, de ce qu'il a accompli dans sa vie, et de l'impossibilité de revenir en arrière. Finalement, peut-être que le jugement dernier a lieu bien plus tôt que le prétend la religion, c'est à dire, lorsqu'un homme devient trop vieux pour accomplir de grandes choses et lorsque la mort approche. En effet, nombreux sont les croyants, qui, après une vie paisible et morale, devenus vieux et sentant leur mémoire disparaître, regrettent de ne pas avoir osé « se jeter dans le monde» comme dirait Simone de Beauvoir, de ne pas avoir osé désobéir. Car quand la foi religieuse est assez fragile pour douter de la vie après la mort, le regret de ne pas avoir vécu « à fond » peut torturer un homme. De plus, on le sait bien, le jugement dernier est ce moment durant lequel on ne peut plus reculer, et durant lequel on voudrait effacer toutes nos erreurs. Et bien, on peut faire le lien avec la situation de l'homme face à la vieillesse ; il ne peut plus rajeunir, et ne peut plus se permettre de faire ce qu'il n'a pas osé faire lorsque cela était encore possible. C'est le moment où il fait ses comptes, où tout se paye puisque les autres deviennent aptes à le juger sur l'existence qu'il a mené.

Quand dans sa pièce, Huis Clos, Sartre fait prononcer à l'un de ses personnages, Garcin, l'une des ses citations les plus cultes ; « l'enfer c'est les autres »,  l'idée implicite n'est pas différente de celle que nous venons de proposer. Puisque affirmer qu'autrui représente l'enfer, c'est mettre en évidence l'importance de son jugement sur nos actes. Ainsi, le jugement dernier, censé nous révéler où la suite de notre vie terrestre se déroulera, l'enfer ou le paradis, peut être considéré comme le moment où autrui peut nous juger de manière quasi-définitive, à la seule différence que la sentence est déjà donnée et irrévocable, c'est l'enfer du sentiment d'observation, et le regret de ne plus pouvoir y faire quoique ce soit. Lorsque nous sommes encore capables d'accomplir des choses, les autres ne sont pas encore aptes à nous juger de manière définitive, puisqu'il est encore en notre pouvoir de modifier le jugement qu'ils ont de nous par nos actes ( un homme lâche, peut décider de se conduire en héros ), puisque « l'engagement total » est encore possible. Mais quand nous sommes vieux dans notre fauteuil, avec assez de mémoire pour nous rappeler le temps perdu, et le peu de choses que nous avons réalisé, nous sommes comme condamnés. Tout se passe comme si les autres pouvaient faire ce qu'ils veulent de nous en nous jugeant sur ce que nous ne pouvons désormais plus modifier. D'un point de vue purement existentialiste, c'est ce qu'on pourrait appeler, « le jugement dernier ».


Jusque ici, nous en sommes à laisser l'homme impuissant et simplement observateur de sa propre existence. Or, s'il est vrai que pour le vieil homme, il n'y a plus d'espoir, il n'en est pas de même pour l'homme qui est encore en pleine possession de ses facultés. En prenant assez tôt conscience de sa liberté, l'homme peut vivre une existence authentique, et devenir ce qu'il veut réellement être en s'assumant sans regret face aux autres une fois vieux. C'est d'ailleurs le but de toute l'oeuvre de Sartre, rendre à l'homme une possibilité de choix, et lui permettre en ce sens, de vivre une vie authentique, c'est à dire éloignée de la mauvaise foi causée par la tentation déterministe. Vivre libre et être responsable de ce qu'on est, tel est le but principal de l'existentialisme. La mort étant inévitable, il convient de laisser du mieux qu'on le peut, une marque de soi dans le monde, de se réaliser afin de ne rien regretter à la fin. Dans l'Etre et le Néant, Sartre l'a montré à travers son analyse phénoménologique de l'être ; l'essence d'une chose, réside dans son apparition. Il prend l'exemple de Proust, et affirme que, le « génie de Proust », ce n'est pas lui, c'est à dire son être, mais c'est l'ensemble des apparitions qui le manifeste, c'est à dire, l'expression de sa personne à travers ses réalisations. Il résulte de cette analyse qu'exister ne signifie rien d'autre que se réaliser et être jugé par les autres à la fin. Libre à nous de laisser une marque positive ou négative de nous dans le monde. L'homme paresseux, sera jugé paresseux et responsable de sa paresse en fin de vie, tout comme l'homme héroïque, sera jugé comme un héro responsable de son héroïsme à la fin de sa vie.

 Nous sommes donc responsables du jugement final, c'est à dire de la critique de notre existence par autrui  à la fin de notre vie. Et ce jugement, comme celui de Dieu, est irrévocable, nous devrons nous mettre face à nous-même, et face aux autres même quand nous ne serons plus aptes à agir, nous ne serons donc rien d'autre que la série de nos actes.

« L'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise, il n'est donc rien d'autre que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que sa vie. »

Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme

La souffrance étouffée des hommes de la classe moyenne

Le sujet de cet article me tient à cœur car j'en rumine le contenu et les idées depuis assez longtemps. Cette réflexion parle de moi et...